‹ Le CartésianismeChapitre 20 sur 46 · DE LA PHILOSOPHIE. LXXXV · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE. LXXXV

Et voilà comment lu loi est athée; (jiiand elle . oiisacre la liberté des cultes ! Les gouvernements athées, ce sont ceux qui s'interposent insolemment entre Dieu et Ihomme régénéré, et qui, à vrai dire, par la prétention d'agir immédiatement sur lame, usurpent la place de Dieu, le détrôneni et le nient; ce sont ceux qui, voulant imposer la vérité par la loi, supposent qu'elle peut être saisie par la loi, dès lors qu'elle tombe sous les sens ou (|u"elle est matérielle, puisque la loi ne saurait atteindre que ce qui tombe sous les sens; ce sont ceux qui font de lame une machine, et de la religion u n moyen de police ; les gouvernements athées et matérialistes, ce sont les gouvernements intolérants. Je n'oublie pas qu'avant la réparation sociale de l'homme, l'intolérance fut le régi nie forcé du juif et du païen, comme du chrétien au Moyen-Age. Mais autre chose est une nécessite terrible qui s'impose h tous, et que le catholicisme n'a subie un moment que pour la détruire, autre chose une intolérance systématique, qui se prétend, non une nécessité passagèi'e, mais un principe et un droit éternel. Il reste toujours vrai que l'intolérance en soi est essentiellement matérialiste et athée. Sous ce régime de mort, le juif ne forma jamais qu'un peuple charnel, grossier, esclave de la lettre; les nations chrétiennes offrirent le même spectacle pendant plusieurs siècles, et roflVenl

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encore dans les pays qui conservent la ihéocralie. L'intolérance fut le principe de la civilisation ancienne; le principe immortel de la civilisation moderne est la tolérance. Pour l'arracher du sein des peuples qui la possèdent, il faudrait une guerre atroce et sans nom contre toute vérité; il faudrait luer l'esprit, la liberté, la i)hilosophie, le christianisme, il faudrait luer tout ce qui est impérissable. Comme on l'a vu, l'institution d'un sacerdoce spécial et d'une religion positive est une nécessité née de la chute. Dans l'étal naturel ou primitif, s'il se fût juaintenu, le sacerdoce aurait été le partage de tous, et chacun 1 eût exercé pour soi, à cause de la parfaite union des intelligences avec Dieu. De même aussi, l'homme, en parfaite union avec ses semblables, aurait accompli tous les devoirs de justice et de bienfaisance, sans le secours des gouvernements et des lois. La corruption seule de la nature a rendu insuflisantes et inefficaces la religion nalurelle et la société naturelle. Mais s'il a fallu que Dieu rétablît lui-même l'union ou la religion de l'âme avec lui, il n'était point nécessaire de révéler les principes de la société civile. La raison humaine restaurée suffisait à les découvrir et à les appliquer, dès qu'elle renaissait au sentiment de sa dignité et de ses droits naturels. C'est une distinction que le bon sens des peuples semble avoir parfai temenf saisie.. fairiaisreliiiion positive ne s'est

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piéisenlëo comme une iiislitulioii purement humaine; les imposleurs mêmes ont senti le besoin (le l'aire parler le ciel. Qui niera, au contraire, que, dans l'antiquité même, plusieurs gouvernements n'aient été établis et détruits, sans le secours d'aucune intervention surnaturelle, vraie ou supposée? Et nous, hommes de cette génération, n' avonsnous pas de nos mains élevé et renversé des trônes? Nous avons assisté aussi à d'impuissantes lenlalives dans l'ordre religieux. Eh bien! dans ce siècle de dôme et d'examen, a-t-il paru un seul fondateur ou réformateur de culte qui ne prétendît à linspiralion divine? Si quelqu'un eût tenu un autre langage, on ne l'eût pas écouté un instant. Lorsqu'il s'agit de réconcilier la terre avec le ciel, les peuples comprennent que l'initiative n'appartient pas à l'homme, mais à Dieu.

En général, les adversaires du christianisme, renonçant à la tâche trop rude de le remplacei', lui font l'honneui' de croire qu'il sera la dernière des religions positives. Au lieu de lui chercher un successeur, ils proclament que la raison seule, sans révélation, est dorénavant en état de satisfaire les besoins religieux de l'humanité, en d'autres termes, ils professent le principe delà religion et du sacerdoce naturels, comme si l'homme n'était jamais tombé ou qu'il fût entièrement rétabli. Los autours do < ( tto opinion prennent ordinaire-

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ment le nom, équivoque en lui-même, de îrttionalistes. Mais leur prétendu eulie philosophique, sans organisation, sans résultats pratiques, équivaut au pur déisme, et celle stérilité est la meilleure réfutation de leur doctrine. Plus on considère l'imporlance des devoirs religieux, et Texlrême difficulté de les remplir au milieu des distractions de la vie, plus on demeure convaincu qu'une religion positive est encore plus indispensable à l'humanité, qu un gouvernement et une autorité publique. On se demande, à cette occasion, pourquoi les rationalistes, qui livrent l'homme à lui-même dans l'ordre religieux, ne le livrent pas aussi à lui-même d a i^ s l'ordre politique; pourquoi, en supprimant le sacerdoce, ils laissent subsister un gouvernement. N'est-ce pas là une contradiction flagrante? Si la raison suffit, sans l'autorité, pour connaître et prati |uer les devoirs religieux, comment ne suffirait-elle pas, et mieux encore, pour accomplir les devoirs sociaux, qui sont assurément moins pénibles et moins relevés? Aj)rès avoir proclamé l'abolition des religions positives, ou la destruction de tout culte, il fallait oser proclamer la destruction de toute puissance publique, c'est-à-dire l'anarchie. A t-on reculé devant ces conséquences ou les a-:t-on ignorées?

Ce qu'on appelle le rationalisme n'est point la philosophie. Ni Pin ton. qui a soupçonné le péché

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originel el désiré la révélation, ni Descaries et Leibnilz, qui ont reconnu l'un et l'autre, n'étaieni rationalistes. Ceux qui se disent tels aujourd'hui, ne menacent pas moins la philosophie que le christianisme, car ils sont en général panthéistes, et ne peuvent être autre chose s'ils sont d'accord avec eux-mêmes. La philosophie est l'usage de la raison, le rationalisme en est l'abus et la ruine. Qu'y a-t-il de philosophique à méconnaître la faiblesse et Pinlirmilé de la raison? Qu'y a-t-il de raisonnable à nier l'évidence et la nécessité? El pourtant, celte protestation inouïe contre les religions positives est encore un hommage rendu au christianisme. C'est lui qui a communiqué à la raison cette force dont le sentiment l'enivre et lui fait croire qu'elle n'a plus besoin de secours surnaturels; tant il est vrai que le christianisme est au fond de tous les phénomènes de la vie sociale de notre époque !

Voilà ce que contient la doctrine du péché originel, dédaignée de nos beaux esprits, philosophes et hommes d'État Qu ils traitent sans elle la philosophie de l'histoire; qu'ils expliquent sans elle l'existence des institutions positives, politiques et religieuses; qu'ils consacrent les droits de l'Église et de l'Etat, en maintenant leur indépendance mu luelle el l'harmonie de leur concours dans des fonctions dislincles. Conducteurs aveugles! à la

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place de l'homme réel, ils subsliliieiU une absuaclioii chimérique. Ne le comprenant \Aus, comment pourraient-ils l'instruire et le gouverner? Ils ont enlevé les fondements de la moiale ei de la politique, et ils prétendent régir les peuples et présider h leurs destinées î

Si le péché originel explique la vie humaine, la constitution de la société et le prodigieux contraste de nos misères et de nos grajideurs, il n'explique pas avec moins de succès la philosophie elle-même, et le spectacle non moins prodigieux de ses vicissitudes, de ses progrès et de sa décadence, de ses lumières et de ses ténèbres. Des systèmes contradictoires s'élèvent en foule. Celui-ci fait de 1 homme un Dieu, celui-là en fait une brute. Zenon donne la théorie de l'orgueil, Épicure celle de la dégradation. 0 esprit! s'écrient les uns; ô chair! répondent les autres. El ces cris se répètent sans lin h travers les siècles, comme des échos du bien et du mal qui se disputent l'humanité

Je n'ai pas épuisé les applications que l'on peut faire du principe de la chute à la science de l'homme et des sociétés, et je n'ai rien dit de celles que comporte l'étude de la nature. L'avenir, j'en ai la confiance, les développera; qu'il nous suffise (favoir vengé une vérité méconnue (1).

(I) Ce que nous annonçons comme une espérance, est déjà réalisé en parlic. l^noapîilicalioii aussi importanlo ((iroricilnriic Mo la iloctriim <!<■

DK LA l'IilLOSOPlili:. XCl

Dauiies matières, qui louchent ëgalemenl h !a religion et à la philosophie, ont été débattues au dix-septième siècle, et sous l'influence du cartésianisme; les controverses de la grâce et de l'amour de Dieu sont surtout célèbres. L'ardeur qu'elles ont excitée est aujourd'hui éteinte; mais l'histoire des idées a un intérêt éternel. Ces questions d'ail-

la chute, a été faite à l'organisme vivant par M. le docteur Pidoux, dans la partie du travail déjà cité, où il donne une pathologie générale dont les principes correspondent exactement aux principes de physiologie générale exposés plus haut.

Nous croyons devoir en extraire encore les passages suivants, qui montrent les résultats heureux que l'on peut attendre de l'alliance de la philosophie et de la médecine:

« Après les effets de la dégradation originelle sur l'âme de l'homme , viennent immédiatement, pour l'importance, les effets de celte dégra dation sur le corps.

« De tous ceux qu'offre la nature physique, ce sont les plus irrécusables, les plus vivement sentis, parce qu'ils nous sont toujours présents et qu'ils pénètrent intimement toutes nos actions organiques.

« C'est par eux que nous sommes mis en rapport avec le mal extérieur à nous, et que nous sympathisons, que nous sommes en union de souffrance avec les autres êtres.

« Sans ce mal interne et spontané comme la vie, parce qu'il prend naissance dans notre substance organique aussi essentiellement affaiblie qu'essentiellement vivante, les causes extérieures de mal,' les influences nuisibles et délétères, ne pourraient qu'affecter superficiellement notre corps, ou plutôt, il n'y aurait ni douleur ni maladie, ni perturbation d'aucune sorte, car tous les êtres vivants et inanimés étant dans l'ordre comme l'homme lui-même, leurs rapports mutuels ne tendraient jamais qu'à leur conservation et à leur bien-être.

«Si les moralistes et les politiques qui ont négligé cette vérité fondamentale, ont eu une abstraction chimérique à la place de l'homnie réel, que n'ayant pu comprendre, ils n'ont dès lors pas su gouverner, il est

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leurs sont loin d'avoir perdu leur importance : elle durera autant que la théologie et la méta[)hysique. Ai. Bordas-Demoulin expose vivement les débats, les agrandit et les élève pour les juger de plus haut ; sa règle toujours sûre est la théorie des idées : elle condanime le jansénisme, malgré les vertus et

aussi vrai de dire que, dépourvus du même flambeau, les médecins se sont égarés dans des ténèbres non nioins épaisses.

<i L'iiomnie en santé parfaite, que le physiologiste fait poser devant lui, n'exista jamais; mais ce qui est encore plus impossible à concevoir, en suivant les errements de l'École, c'est la transition de cet état de santé pure à l'état de maladie.

« Tracer la limite rigoureuse entre la santé et la maladie, a été jusqu'ici recueil de tous les palhologistes qui ont tenté une définition de ce dernier état. Il est certain que la difficulté est invincible. Mais cet aveu est le premier pas fait vers la solution du problème nosologique.

« Cette fausse manière de poser la question , ainsi que le scepticistne inévitable où elle a jeté les esprits découragés, vient évidemment de ce iju'ou n'a jamais professé le fait flagrant de la corruption et du désordre originels de notre nature, et de ce qu'on regarde le mal physique comme complètement accidentel, au lieu d'en chercher la racine et la cause efficace dans la substance même de notre organisme, mortellement empoisonnée.

« Une des erreurs les plus chères aux médecins systématiques, fut toujours de considérer les maladies comme des modifications eu plus ou en moins des actes vitaux. Ils ont imaginé un type d'intensité au delà et en deçà duquel devait naître la maladie. L'histoire de la médecine apprend aussi que ces systèmes ont invariablement nécessité une théorie de l'action des causes morbifiqucs toute physiologique, c'est-à-dire, exclusivement tirée de l'influence ou trop faible ou trop forte des agents hygiéniques.

« Le sens commun objectait constamment en vain, que tel ou tel symptôme, la douleur. If spasme, l'irritation, par exemple, éiaient bien plutôt des phoncnioncs viiaux autrex, qno des phénomènes vitaux qui, tout :i

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le génie de Port-Royal, ei donne gain de cause à Bossuel contre le quiétisme de Fënelon.

C'est ainsi que la pliilosophie, dans l'école cartésienne, portait partout la lumière de ses principes. Elle se montrait avec ce caractère d'universalité qu'elle eut à toutes les époques do

riieure physiologiques, n'auraient fait, en devenant morbides, que croître

ou diminuer d'intensitd ; les systématiques, forts de théories où tout

s'enchaînait, méprisaient ou ne comprenaient pas des objections que le bon sens seul des grands praticiens ne pouvait rattacher à aucune idée générale ; et une remarque vraie, mais isolée, succombait devant une erreur liée à d'autres par la force d'un print;ipe.

«Pour que cette observation ne reste plus désormais stérile, il faut admettre comme une vérité fondamentale en pathologie, comme un fait éminemment pratique en médecine, ta spontanéité des affections simples, prniiitives ou essentielles, c'est-à-dire la spontanéité de ce que l'école de Barthcz appelle éléments des maladies^ maladies élémentaires.

n Cette spontanéité suppose l'innéité des propriétés morbides coriespondantes, ou, si l'on veut, l'innéité des causes efficientes des maladies.

«On n'a jamais parfaitement compris ce que les anciens entendaient, et ce qu.'il faut encore entendre de nos jours, par affections essentielles , essentialité des maladies.

«Ces dénominations très-justes, n'ont plus de sens, si elles ne signifient maladies spontanées ou existant en vertu de la seule innéité de leurs principes ou causes efficientes, lesquels sont aussi inséparablement attachés à notre nature en tant qu'elle est altérée par la chute, que lui sont essentielles SCS propriétés physiologiques, soit représentatives, soit affectives, en tant qu'elle a conservé des vestiges plus ou moins marqués de sa perfection première.

« Qu'on s'étonne maintenant si le chef illustre de la dernière école physiologiqxtc , s'irritait au nom seul de maladie essentielle! La simjjlo définition de ce mot est toute une réfutation de son système....

«De même qu'en physiologie, l'organisme donne spontanément la représentation des couleurs et des sons, des odeurs, des saveurs, des con

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splendeur. Si elle ne fait presque rien pour le progrès des sciences sociales, c'est que la passion de la liberté n'avait pas encore enflammé les peuples chrétiens. Mais elle préside à la grande rénovation des sciences physiques et mathématiques : c'est au foyer de la philosophie que Descartes ahuma le

riguralions,des consistances, des températures, etc. ..ainsi que les sen.sations affectives du plaisir, de la crainte, de la force et de la faiblesse, de tous les appétits et de toutes les satiétés... en l'absence même des causes excitatrices externes de ces impressions et de ces sensations qui naissent ainsi immédiatement de nos propriétés sensibles; de même, en pathologie, l'Organisme produit spontanément la douleur et toutes ses variétés, le spasme, la convulsion, la fièvre, la fluxion, l'irritation, l'iiémorrliagie, l'hydropisie, etc., etc.. en l'absence de toute cause externe, ot par l'activité seule de ses propriétés morbides innées.

i( Ces affections simples et essentielles ou ces éléments morbides, ne sont autre chose que les symptômes dont la coordination particidière forme telle ou telle maladie déterminée, sous l'influence de telle ou telle cause spécifique, spéciale ou simplement excitatrice.

« Les propriétés morbides ou causes efficientes des maladies, quoique inhérentes à tous les organismes, se manifestent dans chacun d'eux avec une facilité et une intensité très-variablos; chez l'un, sans cause appréciable ou sous l'influence des causes les plus diverses et les plus insignifiantes; chez l'autre, avec la plus opiniâtre difficulté, etc.. Cela parait dû à ce que ce principe de mal n'a pas complètement changé les lois de notre nature première, et à ce qu'il n'a fait que les modifier plus ou moins profondément. Ce qui semble le prouver encore, c'est que certaines maladies engendrées par des causes spéciales, et surtout par des causes spécifiques ou des germes morbifiques vivants, sont soumises, dans leur développement et leurs terminaisons, à une marche régulière et au rhythme des fonctions les plus normales ; qu'enfin, toute maladie a ses lois générales qui ne sont autres que celles de l'organisme lui-même, et que ce désordre suit toujours, plus ou moins, un certain ordre.

Il Si le philosophe doit expliquer notre condition actuelle, notre pe»i-

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