CIV LA RÉFORMATION
(luire avec fruit, dans la mesure de ces efïels, la considération du lem[)s et de l'espace. La théoiie de la substance ;ippoite encore ici son tribut de lumière.
M. Bordas-Demoulin a lait l'bisloiie de ces discussions intéressantes depuis Descartes jusqu'à d'Alembert elCarnol, et jusqu'à nos jouis. Il prépare l'intelligence des matières en jugeant les débats auxquels donne lieu chaque question. Cependant les exigences de la narration ei la nécessité d'employer la langue des d i vers antagonistes, ne permettaient pas de mettre dans tout leur jour les principes de la science. H restait donc à compléter, sous le point de vue de la ihéorie, celte parlie du travail de M. Bordas-Demoulin. Cest un soin qu'a bien voulu prendre mon savant collègue, M. Lamarle, ancien élève de l'École Polyiechnique , professeur à la Faculté des Sciences de l'Université de Gand On reconnaîtra, dans lerhapilrequ'il a fourni au Cartésianisme, un esprit né pour les hautes spéculations des sciences. Les vues si nettes et si précises qu'il y expose, nous dispensent de plus amples détails.
Tant de découvertes capitales, qui firent tomber devant l'intelligence les voiles de la nature^ eussent été impossibles sans un progrès correspondant en mathématiques : l'école cartésienne ne faillit point à elle-même; par la puissance de ses méthodes.
DR I.A PHM.OSOPHIK. CV
elle arma res[)rit hiiiiiaiii <lu levier piopie h sonlever le inonde.
On n'a guère contesté à Descartes ses lili'es niaihématiques : ils son!, en effet, assez éclalanls pour enlever l'admiration et faire taire l'envie. Mais loin d'y reconnaître l'influence heureuse de la métaphysique, c'est en général aux dépens du philosophe que l'on exalte en lui le géomètre. Combien l'on est éloigné de cette pensée, qnand on contemple de haut la marche du génie créateur! Soit que Descaries renouvelle la philosophie ou quil invente la géométrie analytique et pour ainsi (lire l'algèbre, qu'il crée les touibillons ou qu'il démontre la réfraction simple et les lois du mouvement, la cause de ses succès est la même : c'esl toujours cette habitude philosophique de s'élever au-dessus des sens, et d'embrasser d'un seul regard l'ensemble des êtres et la multitude des faits particuliers.
En mathémaliques, la faiblesse de l'esprit humain lecoit un merveilleux soulagement des svmboles, dont le propre est de représenter exactement les idées de quanlité. C'est pourquoi les perfectionnements de foi'me y ont tant d'importance. Rien peut-être rt'en a plus en ce genre que l'introduction des exposants numériques due h Descaries. D'une part, elle affranchit l'algèbre de cette espèce de dépendance par laquelle les
CVI I.V KKIOKMATIO.N
anciens symboles rencliaînaient encore aux consiclérations géomëlriques, et par là elle permit de l'envisager dans sa généralité pnre ; dantrepaii, en substituant des signes simples et calculables, les nombres, à des signes, qui ne pouvaient être combinés par le calcul, elle ouvrait le cliamp à la découverte de relations jusqu'alors inaperçues enti'e les quantités. Avec la notation ancienne, Newton eût-il trouvé sa célèbre formule du binôme? Descailes porta si loin la ihéoi'ie générale des équations, que, pendant deux siècles elle ne reçut des plus profonds analystes daulres perfeclionnemenls véritables, que ceux qui furent inli'oduits par Newton. Mais la véritable révolution opérée par lui dans les mathématiques, c'est d'avoir souniis au calcul la quantité continue , jusqu'alors insaisissable et longtemps même privée de tout syml)ole. La géométrie analyliipie donna le inoyen de résoudre sans peine des problèmes qui avaient résisté aux efforts des Apollonius et des Archimède. Poui- la créer, il fallait Tespril [)liilosophique qui montie dans la quantité continue plus de généralité, et par conséquent plus de simplicité (pie dans la quantité discontinue; il fallait en outre cet esprit mathématique , qui réalise une conception par les voies les plus faciles. L'un et l autre brillent dans la découverte de Descaites: il exprime la conlinuih' dan^ les courbes, par la dé-
1)K LA IMIILOSOI'IIIK. CVIl
penclaiice qui lie entre elles les deux quantités variables propres à les déterminer. Descaries devait laissera Leibnilz et à Newton la gloire d'inventer le calcul différentiel; mais on ne peut lui rel'user celle d'avoir préparé celte admirable découverte, qui est en germe dans lagéomélrie analytique. La recherche des langenles y avait presque conduit Fermai et Barrow.
L'histoire des S( iences présente peu de phénomènes plus curieux que la naissance et les progrès du calcul diflerentiel. Tandis que ce calcul voit agrandir chaque jour la sphère de ses applications, et dévoile avec une inconqiarable puissance les rapporls les plus cachés de la quantité inlelligible, son fondement métaphysique reste ignoré , et semble un problème insoluble. Les partisans de Leibnilz, qui admettent de prétendus infiniment petits, quantités qui ne seraient pas nulles et qui ne pourraient plus décroître, ceux de Newton, qui égalent les différentielles h des zéros, se renvoient mutuellement des objections accablantes, et laissent, après leurs débals, la question plus obscure el plus incejlaine que jamais. Cest en vain que l'on veut bannir l'idée de l'infini iuhérenle h ce calcul : les ditTicullés ne fout que s'accroître. Exemple bien frappant de linfirmilé de la raison humaineet tout ensemble de sa force et de sa grandeur, puis<]u'elh' a pu vvôov des instruments (pii la sou-
CVIIl LA RÉfORMATIOX
lieniieiu et la dirigent encore, lorsqu'elle ne sait plus où elle est transportée! Mais, quoique le défaut d'une explication satisfaisante n'ait point paralysé la découverte, on ne saurait dire qu'il soit indifférent de la posséder. Je veux que l'exactitude des calculs n'en souffre pas : est ce donc la seule chose qui i nporte? L'objet piincipal des mathénialiques, ainsi que des autres sciences, c'est sans doute la culture de l'esprit. Or, qu"a-l-il à gagner dans ces notions confuses et presque toujours contradictoires, qui déparent les meilleurs traités de calcul différentiel, loisqu'il s'agit de la nature de l'infini et des piincipes les plus généraux de la méthode? Un des points les plus remarquables du travail de M. Bordas-Demoulin. c'est l'explication d'une difficulté qui a si longtemps étonné legénie mathématique. On y admire une nouvelle preuve de l'inépuisable richesse de la théorie des idées. Essayons d'en indiquer du moins le principe fondamental.
Les idées de quantité, de quelque ordre qu'elles soient, sont infinies comme toutes les autres idées : elles renferment donc unité et pluralité, universel et individuel. Une fonction, par exemple, une quantité que l'on considère dans sa relation de dépendance d'une auli'e (juantilé, est susceptible de prendre une infinité de valeurs particulières différentes, selon les changements qu'éprouve la va-
l»l-: I.A PHILOSOPHIE. cix
l'iablo cioiil elle dépend ; mais, dans tous ces étals divers, il y a quelque chose de fixe et d'immuable qui en fait l'unité : c'est la loi de dc'pendance de la fonction et de la variable, le rapport intime qui les associe, pour ainsi dire, dans tous leurs changemenls possibles. Cette loi est l'universel de la fonction ; elle en détei-mine toutes les valeurs particulières, qui trouvent en elle leur raison d'être. Or, si l'on considère combien il importe en mathématiques de s'airéter aux rapports les plus simples et les plus étendus, on comprendra de quel prix serait une méthode qui permettrait d'abstraire l'élément général des fonctions et d'opérer sur lui seul. C'est le but qui est atteint parle calcul différentiel : il a pour objet de dégager l'universel et d'y adapter un symi)ole.
A la lumière de ce principe ;, la base du calcul différentiel est en quelque sorte mise à nu. Chercher le rapport des accroissements de la l'onction à ceux de la variable, c'est en chercher l'universel, et s'élever de l'équation algébrique, où il est confondu avec le particulier, à l'équation différentielle qui le présente dans sa généralité pure. Mais comment celte généralité peut-elle être saisie? Tant que l'on considère un accroissement particulier, quelque petit qu'il soit, on ne voit point la loi de la l'onction en elle-même , on ne la voit que dans tel ou tel cas déterminé. Pour
ex LA HKKOUMATIO.V
qu'elle appaiaisse seiil<,', al)sliail(^ et sans inéhuige , il faul supposeï- rigoureusement nuls les accroissements particuliers des variables , et dans cet anéantissement de toute valeur particulière, assister en quelque sorte au dégagement de l'universel, et le recueillir dans le symbole si convenable inventé par Leibnilz. Les différentielles sont donc substituées à des zéros, et non pas à de prélendus infiniment petits; mais elles ne sont point pour cela des choses nulles. Ce qui pourrait égarer l'esprit, c'est qu'il y chercherait en vain quelque valeur particulière assignable de la fonction. Toute valeur de ce genre doit leur manquer, car elles n'expriment des fonctions que l'universel ou l'unité de l'infini. Une différentielle n'est plus une fonction complète, il lui manque l'un des éléments de la réalité, l'individuel , ou du moins elle ne l'a plus qu'implicitement; elle ne se soutient que par une abstraction de l'esprit; mais ce qu'elle exprime n'en est pas moins un élément effectif et nécessaire de la fonction complète, et il est beau à l'intelligence humaine, non-seulement d'être parvenue à isoler cet élément, mais encore d'avoir trouvé un symbole qui permet de le calculer. En effet, les différentielles sont susceptibles delre multipliées, divisées, enfin de subii* les mêmes opérations que les quantités ordinaires. Lorsque , dans un autre ordre de conceptions, l'esprit.
DK I.A l'HILOSOPlIlt:. CXJ
considérant à pari l'universel ou l'uniléde lidëe d'houïnie, exprime celle abslraclion par le terme d'humanilë, celui-ci devient de ii.ême susceptible déjouer dans le discours le même rôle que tous les autres subslanlils.
Au reste, en malbémaliques comme partout ailleuis, les ahslractioiis ne sont jamais complètes; puisque les deux éléments de l'idée, l'universel et l'individuel, sont inséparables, il nous est impossible de voir l'un absolument et entièrement isolé de l'autre; ce que nous faisons, c'est d'écarter la considération expresse et distincte de l'un d'eux, pour concentrer toutes nos forces sur l'autre , qui devient l'objet prédominant de la pensée; mais en réalité l'élément même qui semble exclu, reste implicitement renfermé dans celui que l'on envisage seul. Ainsi, dans la différentielle, il subsiste toujours quelque trace de l'élément particulier dont on a fait abstraction, et c'est ce qui ])ermet de redescendre de l'universel à l'individuel : celte opération, inverse de la première, s'appelle intégration.
Pour comprendre et apprécier à sa valeur la métaphysique du calcul différentiel, il faut s'élever aux principes, dominer les détails du calcul , et aller des symboles aux idées; il faut encore faire un exact discernement des vérités malhémati(pies qui demeurent inébranlables, et de certaines er-
CXU LA RKFOHMATION
reiirs philosophiques qiion y a nièlées, el quOii peut forl l)ieu déliuire sans porter atteinte aux premières.
C'est le propre des idées grandes et vraies den susciter d'autres, et de donner l'éveil aux intelligences. La nouvelle théorie, adoptée par M. Lamarle, lui restera redevable de plusieurs aperçus aussi rigoureux que profonds, qui deviennent pour elle une confirmation précieuse^ par l'importance des questions mathématiques sur lesquelles elle a servi à répandre une lumière nouvelle. Ils ont été insérés, sous forme de Supplément, à la fin de l'ouvrage. On les croit propres à frapper les malhématicienscurieuxd'ap|>4ofondirles principes de leur science. Aprèsavoir nionlrécomment l'universel conslilueressencedesfonctions,etcomment on le dégage par l'annulation des différences finies, M, Lamarle saisil et caractérise, avec beaucoup de précision, la nature du lien qui lattache la fonction dérivée à la fonction primitive. Celle-ci représentant une grandeur quelconque , est soumise à un mode de génération tel que deux éléments y concourent sans cesse : lun est Taccroissementdela variable, l'autre, l'élément générateui' proprement dit. Or, si pour chaque valeur de la variable la fonction donne l'état de la grandeur, la fonction dérivée exprime en même temps l'étal de l'élément générateur. Lorsqu'il s'agit de vo-
IIK I.\ IMllI.OSOl'Hilv CXIII
liiiiR'S, on poiil loiijours les concevoir engendrés par le mouvement d'une figure plane qui se déplace parallèlement à elle-même , en subissant d'ailleurs cerlaines modifications; celte figure est l'élément générateur. La vaiiable est la normale , suivant laquelle le déplacement se mesure. La grandeur engendrée a pour expression l'intégrale de la fonclion, qui exprime en général, et pour une position quelconque, la surface de l'élément générateur. Cette conception s'applique avec une extrême simplicité à tout ce qui concerne les rectifications , les quadratures et cubatures : on la généralise par voie d'analogie.
M. Lamarle passe ensuite l\ un aperçu non moins remarquable, et qui est susceptible d'une généralisation immédiate et complète; il est tiré de la nature de la continuité. Chaque valeur particulière d'une quantité continûment variable [veut être considérée sous deux points de vue différents : ou bien l'on y voit sim[)lement une valeur isolée et distincte de toute autre, et c'est le point de vue de l'analyse géométrique; ou bien l'on y découvre l'expression universelle d'une suite infinie de valeurs non distinctes, et c'est le point de vue du calcul différentiel. M. Lamarle éclaircit cette idée, et en montre la fécondité par les heureuses applications qu'il en fait à diverses ques-
iions, et spécialement à celle des maxima et mi- I. n
CXIV I-A KKKOUMATION
nima. Nous soulmilons vivement (jue.M. I.amaile poursuive le cours de ses savantes investigations; (le seiiiblahles travaux nous senibleni éniinemnienl propres à doniiei' aux nialliénialicpies une rigueur philosophique plus grande , et par conséquent une inlluence encore plus décisive sur le développement de linlcdligence.
Les abstractions sublimes auxquelles on s'élève dans le calciU de linfmi. montrent la quantité absolument indépendante de lélendue matérielle, (pii même ne présente plus rien qui corresponde aux rapports exprimés pai* les équations, quand celles-ci lenrermenl im certain nombre de variables. Quelle explication philosophique pourrait suppléer cette vue directe delétendue intelligible, sans laquelle on ne comprendra jamais à (ond la ihé'oi ie de la substance ? Le métaphysicien ne saul'ait donc rester étranger :i ces nobles secrets de la science du calcul; il y puisera des trésors, et ii son toui- il pourra y porter des clartés nouvelles. Les deux sciences sont laites pour se fortifier mutuellement : la vérité et le besoin les rap[)rochent. Un moment brisée par détroits préjugés, laïui- <pie alliance de la philosophie et des malhémalitjues doit se l'enoner sous les auspices d un système j>lus vaste et plus puissant.
Jamais, avant Descartes. <»n uavail donm'' lexemple de tiaiter h'S xiences avec une telle
ni: I A l'iiiLosoi'iiiK. cxv
sii|t('M'iorilë clo vues. Au lieu de se perdre daus les expliealions parliculières. on de se consumer à la l'echerche de problèmes qui n'offi-enl de prix qne la diflûeulté vaincue, lespril [)oiie son ardeur vers les lois générales de la naluie et les méthodes générales en mathématiques. Les connaissances acquises servent de degrés pour monter à des connaissances plus sublimes. Après avoir scruté la pensée et toutes les [)arlies de l'univers , on aspire à embrasser du même regard le monde des esprits et celui des corps ^ et à saisir les rapports qui les unissent, selon les desseins de l'éternel géomètre. Une généreuse ambition de tout pénétrer a envahi lésâmes; enhardi par le succès et comme enivré de ses triomphes, l'esprit de l'homme ne sent plus ses bornes; il va s'asseoir au conseil de Dieu, se flatte de percer les mystères de l'ordre surnaturel, comme tous les secrets de la nature, se perd dans des abîmes sans fond, mais au milieu même de ses égarements , donne les marques d'une force extraordinaire. Parfois pourtant, à cette aveugle contlance succède un extrême découragement; l'esprit humain sabatsansretenue comme il s'était exalté sans mesure; on dirait qu'il n'est pas assez grand pour joindie ensemble la sagesse et la force, la puissance et la modération. Entre Spinoza, pour qui rien n'est caché, qui vous fait assister à la généra-
CXVI lA RKIOHMATION
lion (le l'èlre divin , et Locke , à qui loul esl ténèbres, et qui (jeniande qu'on lui explique ce que c'est que penser, on ne voit personne qui ait su marcher constamment dans la voie simple du vrai, loin de tous les excès. Écoutez Descartes, Malel)ranche , Leibnitz; avec plus de génie que Spinoza, ils n'ont guère moins d'ambition : la nature intellectuelle et physique, la création, les rapports de l'âme et du corps, le gouvernement de la Providence, l'action surnaturelle de Dieu dans le christianisme, tant de mystérieuses questions semblent pour eux sans diffîcullés et sans voiles. Ils dominent tout, ils savent tout. Usurpant en quelque sorte la place de Dieu , ils sortent d'eux-mêmes pour se perdre dans la sagesse incréée, comme Locke et ses iuiilaleurs en sortent pour se perdre dans les sens. Les uns, aigles égarés dans leur vol, sont éblouis des clartés trop voisines qu'affrontent leurs regards; les autres, rampant vers d'obscures retraites , semblent y chercher un asile contre la lumière du jour; tons s'écartent du droit chemin; mais leur sort est aussi différent que l'intervalle qui les sépare est immense. Foudroyés et punis de leur audace, mais non sans avoir ravi au ciel, comme Prométhée, quelque étincelle de la tlamme de vie, les mâles génies, que tentent les secrets divins, offrent de grandes vérités comme de grandes erreurs ; voyez.
I)K LA IMllLOSOPllIE. CXVll
au conlraiic, ceux qui dëserlenl la pensée poulies sens, loul en eux est faible el petit, excepté reneur fondanientale.
Il faut suivre, dans la troisième partie du iivi'e de iM. Bordas-Demoulin , le spectacle saisissant de ces lenlatives et de ces résullals divers : il en sort de solennels enseignemenls. A la vue des eft'oils impuissants du génie, on comprend que le myslèi'e a sa place dans la science humaine, et que ce n'est pas un des moindres progrès de la philosophie, de marquer en chaque sujet les problèmes inaccessibles et pour ainsi dire réservés. Il appartient à la raison de se poser des bornes à ellemême , sans soustraire aucune question h l'examen, âme de la philosophie. Tout esprit créé n'a-t-il pas ses lénèbi'es nécessaires? Arrivée aux infianchissables limites , lintelligence la plus haute n'a qu'à se prosterner, et à laisser monter vers le ciel l'acte de la viaie adoration , l'aveu de sa propre impuissance, comme un hommage à la raison infinie.
Seule, la philo.-ophie des idées nous préserve h la fois, et des langueurs mortelles du scepticisme, et d'un fol orgueil fécond en cataslrophes. Quand la raison se sent appuyée sur le fondement même de rélernelle vérité, comment n'auiail-elle pas une confiance légilime darriver à la cerlilude? Mais, sans parler de ialfaiblisscment causé par la
r.XVIlI LA KKiOUAJAUO.N
chule, coniinenl ne seul irait-elle pas la distance infiniment infinie que ses idées lui nionlrent entre la créature et le Créateur? Dites à l'esprit humain qu'il ne peut rien connaître : Timinense besoin de vérité qui le dévore se soulève, et atteste éloquemment le droit que vous lui refusez; dites-lui qu'il peut tout connaître, et étalez devant lui les prétendus secrets de cette science universelle et sans bornes : des explications mensongères, et presque toujours [)uériles, auront-elles fait qu'il soit devenu ce qu'il n'est pas, la raison premièie et dernière, le commencement et la fin de toutes choses? Or, voilà ce qu'il faudrait être pour tout comprendre. Au sortir de ces abîmes sans fond où vous l'avez entraîné, il se retrouve l'ace à face avec sa faiblesse naturelle, et il ne lui reste plus, avec des forces épuisées, que le sentiment dune amère déception.
La puissance delà laison n'est point énervée pour être restreinte, et elle en sait toujours assez pour réfuter victorieusement l'erreur. Après tout, ce que la métaphysique a d'inaccessible n'est point ce qui importe essentiellement au but sérieux de la vie humaine; en fait de véiité, ce n'est janiais le nécessaire qui «lanque. L'homme doit savoir (pi'il a une àme distincte du cor[)s, supérieure par nature, et réservée à des destinées immortelles : voilà ce (pie l'intérêt de la morale exige, voilà
m; lA iMiii.osoi iiii:. cruw
aussi (»' (|ii(' la raison (iémoiilre. Maisde coinpien- <li(.' i)ai' (4uel lien inyslérieLix les deux substances sont unies, c'est un point que l'on peut ignorer sans [)éiil, et (pii semble, en effet, se jouer de nos efforts. L'boninie doit savoir (pie Dieu a exercé le pouvoir ciéaleur, que le monde n'est point une partie de sa substance, ni nécessaire ii sa perl'ection, que l'existence des créatures est un don libre et gratuit de sa bonté, un résultat <le sa volonté toute-puissante et un chef d'œuvre de son inlinie sagesse. Ces vérités, qu il nous est donné d'atteindi'e , sont le fondement de la religion et de tous les devoirs. Voulons nous pénéti-er au-delà, interroger Dieu sur ses motifs, voii' sortir l'être du néant, et le temps commencer dans l'éternité sans commenceuKMil et sans lin , notre vue se trouble, notre raison s'égare, et à nous débattre dans le vide de ces (jueslions insondables, nous avançons tout juste autant (jue si , au moyen de nos faibles bras, nous aspirions k saisir l'immensité des cieux. On sent bien que toute la force de l'bomme n'est ici que faiblesse et impuissance. Les plus illustres cartésiens sont venus se bi'iser contre ces écueils de la plii!osoi)iiie : témoin les causes occasionnelles et Ibaiinonie préétablie, témoin l'optimisine. c<'l(e grande err-eurde Leibnitz et de Maie brancbc. où !<' panduMsine (rouv<' \\\\ deiiiiei- asile cl où nous le vovons aujourd bui se forliliei' cl se
r.XX LA KÉFORMATION
défendre : erreur spécieuse, mais déjà démasquée parFénelonelBossuet, el qu'une connaissance plus distincle de l'infini, comme le prouve si bien l'auteur, doit enfin abattre sans ressource.
Cependant cette ardeur de connaître et de tout approfondir, même Tincompréhensible, devait enfanter des miracles, lorsqu'elle se concentrait sur des sujets accessibles à l'espiit humain. De cette même source, d'où parfois s'échappait l'erreur, ont découlé, dans le cartésianisme, de puissantes et innombrables vérités. M. Bordas- Demoulin, après avoir exposé en détail les conquêtes de l'école caitésienne, les rassenii)le comme en faisceau en les rattachant à leur cause, les apprécie, les compare entre elles, met h leur [»lace les découvertes comme les inventeurs, et lire de ces beaux rapprochements une véritahle philosophie de l'histoire des sciences.
Je ne m'étendrai pas davantage sur cette dei'nière partie de l'ouvrage, quelque intérêt que l'auteur ait su y répandre ; elle est le digne couronnement des deux autres: elle n'exige point de discussion nouvelle.
El maintenant on [leul prendre une idée d'ensemble de la vaste et imposante composition qui vient de se déroulei' aux r<'i»ai'ds du lecteur Ce n'est pas seulement I histoire conqtièlc. dans ses rauses. dans ses progrès ei «lansses résidlats. d nn<'
I)K LA l'IlILOSOl'llir:. CWI
révolulion iiilellecluelle mémorable cnlrc louUs les autres, c'est la marche vivante de l'esprit hiiinaiii, la philosophie el l'histoire expliquées rime par l'autre, les sciences les plus diverses éclairées dans leurs principes, et quelques unes dans leuis ai)îmes.
Le dix-huitième siècle, ingrat envers Descartes, nous avait légué une grande injustice à réparer. Reniant leur origine, les sciences physiques et mathématiques affectaient alors de se séparer de la métaphysique, dont le nom même avait été proscrit. On méconnaissait, dans l'entraînement du triomphe, le premier auteur de la révolution ; la l)hilosophie dégénérée, complice de son jfropie abaissement, se laissait arracher le sceptre des mains, et n'ambitionnait plus que d'être tolérée comme branche de la physique. M. Bordas-Demoulin a dignement vengé la métaphysique et Descartes. On s'étonne, après l'avoii' lu, que des litres si magnifiques aient pu un seul inslani disparaître de la mémoire des hommes. Quelle science n'a pas ressenti les effets de la régénéralion opérée par la philosophie cartésienne? et a (pielle autre cause rappoiter ce qui se fit de giand, même au dix-huitième siècle? L'ouvrage de M. lîordas-Demoulin rendra désormais inqiossible le retour de ringialitu<l(> : il a fait parler lu |usli<'e de riiistoiie.
CXXII LA HKIOIOIATION
Quauil des lioimiit's <»nl cuiisumé U.'Ui vif a ir fléchir, on comprend (jn ils aient des convicllons fortes et arrêtées, et lorsqu'ils jugent avec une libellé familière les auteurs et les systèmes, on ne peut leurcoulester un droit qu'ils ont conquis à la sueur de leur front. M. lîordas-Demoulin use largement de ce droil. A la mâle franchise de son langage, à la vigoureuse impartialité de ses jugements, on recomiaîl le lihie |)enseur dont la véiité est le seul intéièt. Il ne compte pour rien l'opinion, et si l'équité l'exige, il a le courage de protester, même contre les renouunées devant qui des siècles ont plié; son expression nhésile pas plus (pie sa pensée. 11 dit nettement ([uAristole a ('té le tléau de la philosophie, que Kant peut être mis sur la même ligne, que Bacon ne vaulguèr(; mieux, et que Locke, ce Pascal des Anylais, comme l'appelle Voltaire, débite assez souvent des puéi'ilités; il trouve qu'on a trop exalté Newton . et qu'il n'est pas comparable, pour la force du génie, à Descartes, h Kepler, on à Leibnitz. Làdessus, on a crié au scandale, à l'irrévérence. Peu s'en faut que l'on n'ait accusé lauleur d'impiété (1).
Tout a son excès; nous avons aujourd'hui celui de la iiiodéialion. Il s'inlroduil une espèce^ de
;l) lînpporl cl r)i>-(oiii s (Icj,! r\U's.
IIK J,A l'HILOSOI'lllK. CXMII
sceplicisiiie, sous prétexte de supéi'iorilé et (K? bon goût. On dirait que l'étendue de l'esprit consiste à savoir allier des choses contradictoiies. On veut tout admiier, tout jusliliei-; et Ion (inil par ne croii'e à rien, et presque toujours par n<' rien comprendre. On dit : Personne n'est inlaillible , il ne faut lien proscrire. La maxime est juste, voyons l'application. En résulle-t-il (pie l'on doive le même amour et le même respect aux ciéateurs de la |)hi!osophie et à ceux qui l'ont luinée, ou qu'il n'yaitplusde distance d'Aiistote à Platon, de Bacon à Descartes et de Kant h Leihnitz? Les plus grands ont leurs défauts, chaipie page du Cartésianisme le prouve : faut- il pour pour cela les abaisser devant la médiocrité? Le })bilosoplie, sans doute, ne proscrit point aibitrairement, mais il n"a pas l'enthousiasme complaisant d'un rhéteur. Lui, habitué à vivre avec les penseurs de tous les âges connue avec sa vi'aie famille et sur le pied de légalité, voulez-vous qu'il aille se pioslerner au hasard devant tout ce (pii a fait du bruit dans le monde? Rien de plus compréhensif que la vérité, mais aussi rien d(; plus déterminé, et sous ce rapport rien de plus exclusif. Or, les fortes convictions sont comme la vérité.
Si la mollesse d'ojtinion a son inloléiance, (pie dirons-nous de celle d<'s |>arlis? C-e nom (pie V(His
CXXIV LA RÉFOR.MAÏION
allaqiiez, cesl leiii' drapeau. Les préjugés, la ()assion, rinlérèt, le prolégenl; que venez- vous parler de raison el de justice? Vous napparlenez à aucune école existante, vous restez IVanchenient en dehors; sachez que celle altitude seule est un acte d hostilité. Vous portez à la liberté un dévouement sincère ; votre amour du progrès, j)uisé aux sources les plus pures, est aussi fervent (ju'il est éclairé. Mais quoi ! vous laites profession du catholicisme, vous croyez aux piomesses immortelles de son fondateur : vous n'êtes pas des noires, s'écrieront les nouveaux apôtres de l'humanité, qui, confondant le catholicisme avec une forme tiansitoire de son existence, ne cessent de nous répéter quil est mort, alors au contraire que, dégagé de tout alliage et de toute solidarité avec les pouvoirs de la terre , il retourne à lindépendance et h la majesté de 1" Église primitive, et touche au moment d'étendre, par la civilisation moderne, son règne sur tous les peuples. Du moins, pouvez- vous compter sur l'appui des hommes religieux? Ah! sans doute, ils ne méconnaîtront pas la loyauté de vos intentions; ils scnliront qu'ils n'ont point affaire à un ennemi déguisé. Mais le temps n'est plus où la théologie de saint Augustin et de Bossuel s'inspirait de la philoso[>hie de Platon et de Descartes. L'esprit du calliolicisme ne semble nuère mieux <onnu de
UE LA PIIII.OSOl'lilK. r.XXV
ses apologisics que de ses tiéiraelem s. Les anciennes lumières s'éleignenl, lorsque le progrès des siècles exigerait des lumières nouvelles. Aujourd'hui l'école ihéocralique (1) , qui révèle retour d'un passé à jamais évanoui, a seule la parole dans les débals religieux : vous pardonnera-l-elle la vigueur de vos attaques contre le Moyen-Age et ses défenseurs? Vous pardonnei'a-l-elle de prouver que M. de Bonald, son oracle, empi'unle à Malebranche, en les exagérant, des principes gros de panthéisme, el que du niême coup qui atteint la raison humaine el la philosophie, cet étrange el subtil adversaire des idées innées anéantit sans le savoir, mais inlailliblement, Faulorilé el la religion (2)?
(1) Cette école se décore elle-même du litre ue catholique, nom tiop beau pour le laisser usurper à un jiarli polilifiue autant que religieux. Ses adversaires la désignent sous le nom , visiblement impropre, de théologique.
(2) Les amis de la cause religieuse ne jieu vent que déplorer l'influence exercée par les écrits île -MM. de Boiiuld el de Lauicnnais, et en pariie par ceux de J. de Maislre. En faisant du calliolicisme un système de tiiéocralie, ils ont contribué à éloigner de lui les générations nouvelles, et les piéjugés qu'ils onl répandus fiiiincnt un ol)siacle à l'alliance de la philosophie et de la religion , qui est dans les besoins connue dans les vœux de notre époque. On aime à voir un mend)re éminent du clergé. M. l'abbé Séxac, comprendr£ pour le christianisme le danger de pareils auxiliaires, et les répudier au nom de l'Évangile comme de la raison; Il les combat en s'appuyant sur les mêmes i)rincipes philosophiques que M. Bordas-Demoulin. Cette réfutation, aussi neuve que profonde, n'est pas le seul titre qui recommande son bel ouvrage, le Christianisme conside'ié dans sefi i-'ifpoits avec la civilisation moderne (Paris , 1837, chez Gossclin,.
(XWl LA IJKIOn.M.M ION
Que (les r;uii;s de (cl o'.i Ici [)aili s ('lèv(? li; roprot'he l)anal de i'éa( lion, on [loiurail dédaigner d'y répondre. Où la réaction nesl-elle pas? Le monde, depuis son origine, n olîre que réaelion du bien au mal et du mal au hien. S'il est des réaclions déplorables, qui fonl rétrograder le génie humain, il en est de saintes, il en est d héroïques, sans lesquelles il resleiail éleinellemenl courbé sons le joug du mensonge et de l'iniquité. D après celle prétention insolente, que toute position con- (juise est légitime, lût-elK.' la plus honteuse, (juel espoir lesterai t-il à la vérité et à la vertu contre l'erreur et le vice triom})hants, à l'opprimé contre la tyrannie? Ah ! leur esi)oir est dans la réaction. Quand le ( hristianisme arracha le monde au paganisme et à l'esclavage, il avait à lutter contre (piairc mille ans de dépravation, et Jésus l'ut le plus sublime des l'éactem-s. Le cartésianisme après la scolastique, n est-ce pas dans les sciences une réaction de la vie conlie la mort? et en théologie qu'ont fait autre chose les Gerson, les Bossuct, les Fleury, qu'une réaction de la science et de la piété catholique contre les abus et l'ignorance du Moven-Age ?
"i vol.). Les (luestioiis k's plii.s viialos poiii' co siècle y soiU déballues et t'claiirie.s avec une rare (^.U-valioii de pen.<iéc. M. Sénac (it^niomie que le (•alliolifi.sme, quoi qu'en aient dit de maladioils défenseurs ou des aiilagonislcs aljusés, n'a rien li'liosliie à la lil)er(é et à resjuil d'examen.
i)K I.A l'IlllOSOI'llli:. CXXVII
L'opinion [xildiquc ne [trcndia pas le cliang*'. Elle sait (jiie Ion penl provoquei' la même réaction appareille an nom d'intéièls fort diveis. Dans nos Inlles politiques, tons ceux (|ui tendent au renversement de 1" autorité établie outils donc les mêmes desseins et les mêmes espérances? Quand J. de Maisti'e, avec ses colères de grand seigneur et sa pnissance d'écrivain élo- (pieni et spijitnel, pouisnit dans Bacon renuemi de la scolasliqiie, et léduit en poussière sa réputation usurpée, on sent au profil de quelles idées il excite cette réaction sans mesure. Au contraire, protester contre Bacon, le renier pour chef, parce quil manque de génie créatenr, lonl eu applaudissant ses invectives conli'e la scolasli(pie; tourner ses regards de Bacon, non sur Ai'islote, mais sni- Descartes, représentant de res[>ril moderne, c'est encore une réaction, si 1 on veut, mais c'est de plus un acte de justice et nn progrès. Attaquer de Bonald parce qu'il est religieux et chrétien, c'est une réaction dans le sens du dix-huitième siècle, dans le sens du passé, mais cen est une dans le sens de l'avenir, que de lattaquei" parce qu'il dénature et com|)i'omet le christianisme.
Que l'auteur donc marche à son Inil, sans se laisser détourner par des obstacles prévus et méprisés d avance. Quicouipie aspire à la conquête de r(»pinion par la vcjité doit savoir attendre et se tenir
CXXVin LA HKKJRMATIO.V
pi'èt h comballre. Plusieurs déjà sont ralliés aux itlées philosophiques el religieuses de M. Bordas- Denioulin. Ils savent quel rôle sa science et son caractère lui permettent de prendre dans le mouvement intellectuel et social de Tépoque. Ils espèrent que la présente juiblicalion recevra bientôt une lumière et une autorité plus grandes de celles qui doivent la suivre el la compléter.
La rélormalion de la ()hilosophieest un des premiers besoins du dix-neuvième siècle. Nous avons descendu tous les degrés d'une longue décadence, el malgré quelques louables efforts, nous ne sommes point jusqu'à présent parvenus h les remonter. Qu'est devenue cette école carlésieniie qui appiil à TEurope entière à penser, et qui, profondément platonicienne dans sa véritable inspiration, présente une des phases les plus illustres de la grande et éternelle philosophie du genre humain ? Par une étrange des.inée, tandis que la partie vraie et élevée du cartésianisme a disparu sans presque laisser de traces, les tendances erl'onées de Descartes se sont continuées jusqu à nous, el égarent encore aujourd'hui roi)inion. Que sont en effet toutes ces écoles, dont on a fait grand ijrt.it dansées derniers temps, qu'une continuation, et si l'on veut, un dévelo|)pement des fausses écoles cartésiennes? Arnauld et Régis sont, parmi les modernes, les vrais fondateurs de l'école
DK LA l'IlILOSOPHIK. CXXIX
à lîKjiielle ai)partiennenl égalomenl, malgré la difl'érence des formes , Reitl el Kaiit, el qu'on pourrait appeler écossaise-alleuiaiide, ou bien arislolélicienne, si l'on a égard h sa première origine dans lanliquilé. Reid Ini-mème reconnaît dans Arnauld un de ses ancêtres. Pour Kant, il estexlrêniemenl curieux de trouver déjà dans Régis, non-seulement le iond de sa doctrine, mais jusqu'aux expressions favorites qu'il emploie, el que l'un el laulre ont prises de la phdosophie d'Aristote. Si Kant va plus loin qu' Arnauld , Régis et Reid, il niai'che évidemtnenl dans la même direclion , dont le terme falal est le bizarie panthéisme de Fichle. Il est plus facile encore d'apercevoir la filiation qui rattache h une blanche cartésienne MM. deSchelling, Hegel et les autres panthéistes conlemporains : tous glorifient Spinoza et prennent son nom pour signe de ralliement. C'est avec la même unanimité que les sensualisles se reconnaissent issus de Locke, qui vient aussi de Descartes.
Dispersés dans toute l'Europe, les membres mutilés du cartésianisme ont retrouvé comme une seconde vie en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne, et, par suite, en France, où le mouvement fut en général connuuniqué du dehors (1). Mais
(1) La vérito, a dii saint Augustin, n'est ni grecque ni latine. Aiipareninirnt elle n'est non plus ni allemande, ni anglaise, ni française. Il faut l'actiu'iliir sans s'inloirnir d'où clic vient. 11 ne s'agit donc pas en pliilosojjliif; I. 1