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XII LA RÉFORMATION

dans ce retour intérieur" à Dieu, qui rendrait l\ rame sa vigueur et sa dignité première, s'il pouvait être complet ici-l)as. Mais l'esprit chrétien, quelque faible que soit d'abord son action, a du moins un théâtre où i) [)eut se déployer sans obstacle. Dans ce monde de la théocratie et de la féodalité, je salue le berceau du monde moderne. Il est pauvre et nu comme celui du Christ; mais il faudrait y apporter aussi les symboliques présents de myrrhe, d'encens et d'or, si l'on voula^t représenter en figure ses glorieuses destinées.

Qui n'admirerait ici la profondeur des conseils de la Providence, en la voyant marcher infailliblement à ses fins par des moyens qui semblent en opposition avec le but qu'elle poursuit? L'oppression, l'abstinence, les privations de l'esprit et de la chair, conduisent à l'affranchissement de la pensée, à la conquête des biens terrestres; et voilà qu'à la lueur des derniers bûchers qui s'éteignent apparaît tout à coup la liberté de conscience. Quel merveilleux et imprévu dénouement! Ainsi a été formé l'esprit nouveau, qui n'est que l'esprit chrétien: c'est là en réalité son vrai nom. Il n'est pas (Vhier, cet esprit, quoique nouveau, quoique principe universel de rénovation; l'avenir lui appailient, et déjà nous louchons à son avènement délinilif. 11 a j)Our bul de ses elïorts la réparation

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do lanalLiieenlière, pour terme, la lin des siècles. Omnia insUmrare in Christo, renouveler loules choses par le Christ et dans le Christ, voilà son suhlime programme, tracé, il y a dix-huit siècles, par Tapôtre saint Paul

Le premier usage que l'humanité devait faire de ses forces restituées, c'était de briser l'instrumeni terrible de sa régénération, de renverser la théocratie, la féodalité et la scolastique. Du sein de la société placée sous ce régime oppresseur, s'échappent des cris répétés d'indépendance. Le travail eimobli commence d'élever la bourgeoisie à la richesse et à la liberté. Le pouvoir civil s'affranchit de la domination du sacerdoce, et le niveau du despotisme royal prépare l'égalité politique. Heureuse l'Église, si ses princes eussent déposé à temps une dictature désormais odieuse, et compris que, sans altérer le dogme, ils pouvaient satisfaire aux nécessités nouvelles de leur position, par de profondes réformes dans la discipline et le gouvernement!

Pour nous lenfermer dans notre sujet et ne parler que de la révolution intellectuelle, on en découvre le premier germe dans Roger Bacon , le moine physicien et alchimiste. Au quinzième et au seizième siècle, la renaissance des lettres agite les esprits, qu'elle dispute h la scolaslique, et seconde les progrès naissants de la raison: on dirait que

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raiiliquilésorl puriliée du lomlieaii. où l'f^glise l'avait tenue comme en réserve pour les besoins fuinrs de l'hunianilé. Les sciences elles ans peuvent maintenant ëlaler leurs merveilles : les penples, que l'orlifie sans cesse l'influence du christianisme, n'ont rien à craindre de leurs pi'Ogrès, qui vont servir à la splendenret à la prospérité des empires. Ainsi la léparation chrétienne ne donnait pas seulemenl au inonde une nouvellecivilisation, elle l'enrichissait aussitôt des débris de l'ancienne, fécondés, après tant de siècles, [)ar son action toutepuissante.

On voit de toules parts écloie des tentatives philosophiques que rcconnnandent à l'observateur les noms de Télésio, de Campanella, de Bruno, de Ranius et du chancelier Bacon. Toutefois, nul d'entie eux ne mérita le titre de rénovateur, et il y a plus de ridicule encore que d'injustice dans la prétention de les opposer à Descartes. De l'enthousiasme pour les sciences, un pressentiment d'un avenir meilleur, et le mépris de la scolaslique, voilà ce qu'ils offrent; mais nulle idée vaste, créatrice, nulle découverte capitale dans les sciences. Ils ne soupçonnent pas les principes de la philosophie : comment auraient-ils renouvelé l'esprit humain?

Ils ne sont pas même les vrais précuiseurs de Descartes. L'époque préparatoire qui précéda la

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rënovalion toiiiplèle des sciences a des noms plus imposants;, pins dignes de l'admiration et de la reconnaissance de la poslérité. On n'a besoin qne de nonnner, pour l'étude de la nature, Copernic, Kepler, Galilée; Harvey, en médecine; Viète, en mathématiques. L'antiquité se trouve déjà dépassée, et dans de si nombreuses et si belles découvertes, on sent la vigueur que le cliiistianjsme a communiquée à rinlelligence humaine. Mais c'est en vain que l'on chercherait parmi ces grands hommes le fondateur d'une époque scientifique. Kepler même et Galilée ne sont pas faits pour ce rôle ; le génie métaphysique leur manque; ils ne s'élèvent point . aux principes. Les grandes vérités qu'ils découvrent, faute de cet appui, restent en quelque sorte sans usage, et n'ont porté leurs fruits qu'après la révolution cartésienne. Avec Galilée et Kepler, l'esprit humain n'est point encore renouvelé, et Ton ne peut pas dire qu'il règne sur l'univers. Enfin, un homme se rencontre en qui respire l'invincible ardeur du progrès chrétien; il rappelle la pensée à elle-même et à Dieu, il la rend capable de tout : c'est comme un signal de résurrection, les ombres du passé disparaissent : Descartes a introduit l'humanité dans le monde nouveau des sciences.

C'est ainsi que M. Bordas-Demoulin comprend l'origine de la civilisation modeine, et par conséquent du cartésiaîîisme, (jui en est le premier

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Iruit. S'il se borne, dans le présent ouvrage, à quelques brèves indications sur cet objet , il a, dans un travail d'un autre genre, commencé à produire ses idées si neuves et si importantes. J'emprunte à son Éloge de Pascal, que vient de couronner l'Académie Française (1), les pages suivantes, où sa théorie se trouve éloquemment résumée :

« Sur la chute et sur la réparation roulent tous les événements du monde. Avec elles ils s'expliquent d'une manière aussi certaine, quoique moins détaillée, que les mouvements des astres avec l'attraction et les lois de Kepler. La chute produit l'ignorance de Dieu, de nous-mêmes, de l'univers, et, avec elle, le polythéisme, l'idolâtrie et la des- Iruclion de l'individu dans la société antique, qui ne lui reconnaît rien de naturellement propre. La réparation ramène l'adoration d'un Dieu spirituel, unique, la connaissance de ce que nous sommes, et à l'aide de la théocratie monacale du Moyen-Age, <lémolissant les institutions des anciens États, elle rétablit l'individu, et en même temps suscite la connaissance de l'univers. Par les idées générales qui consliluent son essence pensante, l'homme doit

(1) L'Éloge de Pascal a été imprimé, selon l'usage, par les soins et sous l'auiorilé de l'Académie. M Bordas-Denioulin se propose de le revoir el (le le doniipp incessamment au public, avec quelques autres morceaux sur la philosophie, la politique et la religion.

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ùli«'iiilérieureiiienl el immédiatement uni aux idées supérieures el éternelles qui consliUient l'essenec divine. Cette union est elle pleine, comme h l'origine, Ihomme est dans sa puissance. Vient-elle à se rompre par la chute, l'homiie est dégradé. Se renoue-t-elle par la réparation, F homme se relève; et à mesure qu elle se ressei-re, il est sans cesse en progrès. De ces révolutions intérieures qui précipitent ou qui rétablissent, viennent les révolutions analogues des choses humaines.

« Dans l'homme et hors de Thomme, dit Pascal, « partout est la marque d'un Dieu perdu. » Partout aussi est la marque, non pas sans doute d'un Dieu retrouvé, mais d'un Dieu qui se retrouve. Non-seulement il se retrouve dans l'homme, depuis l'établissement du christianisme, qui, en le réconciliant avec Dieu, le réconcilie avec lui-même; il se retrouve encore dans la société, depuis la formation des communes, qui, en se développant, ont restitué ta r homme la possession de lui-même, et enfanté les peuples aujourd'hui libres ou impatients de l'être; il se retrouve aussi dans l'univers depuis le renouvellement ou la naissance des sciences physiques, qui font connaître à l'homme la terre, les cieux, les éléments, son propre corps et celui des autres êtres organisés, et il va bienlôl se retrouver pour toutes les nations. Déjà la civilisation moderne, qui le rend, emporte l'Europe, l'Anié-

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rique, presse l'Afrique et l'Asie, dont elle mine les empires vieillis, qui n'attendent qu'un grand ébranlement pour tomber. S'il fallut le régime de compression et de mort du Moyen-Age pour détruire la civilisation de la chute, lui enlever l'homme, afin qu'il pût se rattacher à Dieu et pro duire la civilisation de la délivrance, celte civilisation suffit pour déiruire, dans les autres parties de la terre, la civilisation de la chute. Rien ne saurait résister à son esprit d'indépendance dissolvante et d'activité rénovatrice.

H Par l'effet de la chute, le genre humain, en se multipliant, s'est divisé en une multitude innombrable de peuples différents de cultes, de lois, de mœurs, d'intérêts, ayant chacun ses erreurs, ses préjugés, ses folies. Par l'effet de la réparation, ils vont tous, sous le règne de la vérité et de la raison, retourner h l'unité, vers laquelle les nations maintenant chrétiennes convergent avec l'indomptable énergie de lanaturequi se restaure. Le sacerdoce ouvrant les yeux aux lumières du siècle, se convertissant à la liberté civile, religieuse, politique, secondera cet universel mouvement avec l'énergie plus indomptable encore de son pouvoir surnaturel.

« Ici j'entends les clameurs de l'ignorance et de l'irrétlexion :1e sacerdoce a fait son temps, l'homme n'a plus besoin de son secours. Nul doute, si l'homme est complètement régénéré. Mais alors

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plus de penchant au mal, pins d'erreur, plus d'ignorance en lui. Si trop visiblemeni il n'en est point ainsi, la réparation n'est point consommée, et le pouvoir par lequel elle a commencé est indispensable, et pour qu'elle ne rétrograde pas, et pour qu'elle se continue. Comme l'union intérieure à Dieu ne peut être rétablie dans sa perfection, tant que l'âme est attachée au corps actuel , il s'ensuit que la réparation ne s'accomplira point ici-bas, et que la nécessité du sacerdoce n'y cessera jamais. La civilisation présente a beau accroître les forces de l'homme, dès que parla même elle multiplie les moyens et les occasions d'en abuser; elle l'éclairé, elle le moralise, mais elle le décharné, mais elle lui prodigue les jouissances, et le laisse ainsi dans r impuissance relative de se conduire par lui-même. « Aujourd'hui s'accomplisseni les promesses temporelles de l'Ancien Testament, mais autrement que les juifs croient qu'elles doivent le faire. Ils attendent un roi qui leur soumette les nations et qui les enrichisse de leurs dépouilles. Le Christ les leur soumet en effet, mais c'est en faisant régner sur elles sa loi que les juifs annoncent , et qu'ils portent en figure. Il les enrichira aussi de leurs dépouilles, mais ce sera en les rendant participants des biens de la civilisation moderne, fruit de cette loi. Avant, néanmoins, qu'ils se fondeni ainsi dans l'ordre nouveau avec les aulres peuples, il faut

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(|ue les autres peuples ysoieiU eux-mêmes réunis. Jusque-là, l'aneienne loi nayanl poiiil atteint son but, qui est le règne religieux et social de lÉvangile, il est nécessaire que ses sectateurs lui de meurent attachés, sans quoi elle serait vicieuse , tombant avant le terme. Mais aussi alors le Juil. reconnaissant dan> Tordre actuel l'empire de ce . roi qu'il attend d'en haut, sortira des ombres et des figures pour entrer dans la lumière et la réalité. On le verra donc incessamment venir à la suite des nations humaines dans celte vaste cité de Dieu, fermant la marche qu'il ouvrit il y a dix-huit siècles. Ainsi se vérifie la sentence de Pascal, que « ceux « qui savent les principes de la religion peuvent « rendre raison, et de toute la nature de T boni me rt en particulier, et de toute la conduite du monde « en général. »

« il ne lui lut point donné de conlemplei- ces merveilles de la réparation, qui ne pouvaient être aperçues que des hauteurs du dix-neuvième siècle Par la même raison, elles échappèrent à Bossuet,

« Pour eux, Dieu perdu ne devait point se retrouver dans les peuples, mais seulement dansl'homme, et en ce qui concerne le salut éternel. Comme de leur temps les effets de la réparation, par rapport à la vie présente, n'étaient pas encore assez manifestes pour être reconnus, ils ne l'ont conçue que dans ses effets pai- raj)port à la vie future. Pascal

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ne se doute senleiiiei)l pas qu'elle soil dans eetle perfeelibiiité indéfinie des sciences naturelles, sur laquelle il a composé un si beau discours. Il ne remarque point que chez les anciens l'esprit humain étail arrivé, dans tons les sens, au terme de ce qu'il pouvait sous la chute. C'est pourquoi il ne cherche les preuves de la religion que dans l'existence du peuple juil. <lans la naissance du ()euple chrétien, et dans le rapport de l'un h l'autre, et ne songe point à la civilisation moderne, qui, si j'ose ainsi parler, fulmine de toutes parts lu divinité du christianisme. »

Lorsque du haut de ces contemplations (]ui embrassent la marche entière des afïitires humaines, l'on a découvert la cause profonde du cartésianisme et pénétré l'esprit qui le vivifie, c'est avec une sorte d'intérêt religieux et de curiosité sainte, que l'on suit, dans leur rapide essor. Descartes et ses contemporains, sublimes conquérants de la pensée. Les lumières qu'ils versent sur le monde, sont les prémisses glorieuses de la civilisation de la délivrance. Relevé de lantique anathème , l'esprit humain, par sa force, rend témoignage au Chiist libérateur. Quelle fécondité ! quelle ardeuri quelle victorieuse audace ! que de systèmes et de découvertes ! que de sciences, ou créées pour la premièie lois, ou renouvelées de fond en condjle !

L'espril res(e comme accablé <le tanl de puis-

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sance et de grandeur. Comment s'élever assez haut pour dominer cette imposante révolution? Comment saisir, dans toutes les formes qu'elle prend, les principes, les tendances, les vérités, les erreurs? M. Bordas-Demoulin a choisi la seule position qui pût le rendre maître d'un aussi vaste sujet : il s'est placé au cœur de la métaphysique, et c'est de là qu'il étend sur les systèmes une règle inflexible et toujours sûre. Il remet au jour cette grande Théorie des Idées, dont Platon est le père, et qui, jusqu'à Descartes et à Leibnilz, n'a ( essé d'inspirer les plus illustres penseurs. Ce n'est pas stérilement qu'il la reproduit , elle se montre ici avec les perfeclionnemenis de vingt siècles, et affermie par les débals fameux des écoles cartésiennes. Mais surtout, pour la première fois, elle trouve, dans les Théories de la Substance et de l'Infini, une base fixe et inébranlable qui lui manquait jusqu'alors. C'est une résurrection de la métaphysique. Là est la véritable originalité du livre de M. Bordas-Demoulin, et toute la force de la nouvelle réforma-

lion.

On sent les doctrines de fauteur circuler, coumie une sève puissante, dans toutes les parties de l'ouvrage ; elles donnent au cartésianisme la vie el l'unité, mais elles ne sont pas séparées de l'exposition historique, quelles soutiennent et quelles animent. L'on a devant les yeux un vaste ensenddp

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«le conceptions, mêlées avec des faits nombreux el inléressants, qui se déroulent avec une abondance el une richesse merveilleuses. J'essaie ici de les rassembler en faisceau, et de concentrer la lumière des principes.

Rien n'est étranger à la théorie des idées ; sans elle on ne comprendra jamais ce qui s'opéra de i»rand et de salutaire dans les ténèbres du Moyen- Âge, lorsque l'homme fut rattaché intérieurement à Dieu. Le sujet que nous quittons et celui dans lequel nous allons entrer, se touchent, et ne veulent pas être considérés isolément. L'un et l'autre méritent qu'on s'y arrête; ce sont, pour les sciences philosophiques, deux fondements nouveaux et capables de porter une infinité de travaux futurs»

Je pense; au delà des sens et de l'imagination et de leurs fugitives apparences, me repliant sur moimême, je découvre les raisons et les causes de ce qui est, les réalités, les substances. Tout ce qu'embrasse la pensée offre quelque chose de géiiéral, qui convient à une infinité d'objets existants ou possibles; les sens, bornés aux objets présents, ne sauraient atteindre que des qualités particulières, les seules aussi dont l'imagination conserve la trace. Par la rétlexion, l'être intelligent revient sur lui-même; il se rend compte de tout ce qu'il éprouve; il est capable de vérité et <le certitude. Pour l'être réduit à la capacité de sen-

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tir, chacune de ses impressions 1 aljsorbe lout entier; il ne petit les juger, parce qu'il ne s'en distingue pas; il n'existe ix)ur lui ni vérité, ni erreur, mais seulement de la douleur et du plaisir. La i-ai son, le droit, la vertu, l'honneur, voilà des objets que rien ne représente dans la sensibilité animale: et quant aux objets qui impressionnent les sens, quelle dilïérence entre celte empreinte d'eux-mêmes, qu'ils déposent dans les organes, et la véritable connaissance des propriétés et des lois de la nature! L'animal qu'aiîeclenl les impressions de la lumière, du son, de l'électricité, de la chaleur, soupçonne-t-il les théories physiques par lesquelles on s'efforce de substituer à la pure sensation la représenlalion intelligible de ce que sont en elles-mêmes les qualités des corps? Ainsi la pensée a ses objets et son domaine à part. Ces objets intelligibles, que les sens ne sauraient atteindre, ce sont les idées, fondement nécessaire et unique de nos connaissances de lout ordre. La sensation a sa place dans l'économie de la science humaine ; mais quels que soient les secours que rintelligence en tire pour le langage et pour l'étude de l'univers, la sensation en elle-même, soit affective, soit représentative, n'est point un degré, aussi infime que l'on veuille, de la pensée; elle n'eu est ni le commencement, ni l'ébauche. Elle peut servir à exciter certaines idées, toutes, si l'on veut : elle

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