‹ Le CartésianismeChapitre 30 sur 46 · DES IDÉES ET DES SUBSTANCES · texte numérisé non relu

DES IDÉES ET DES SUBSTANCES

Pour s'être borné à rappeler la pensée à ellemême et à Dieu et n'avoir point approfondi la nature des idées et des substances, Descartes tend à tous les systèmes , et fournit des armes à toutes les écoles. Et comme jamais rénovateur ne fut aussi énergique , jamais aucun ne provoqua de si puissantes luttes, et ne suscita, pour l'instruction <lu genre humain , d'aussi savantes et d'aussi so~ lennelles discussions.

§ I. — Première tendance de Descark's.

a L'idée d'un être souverainement parfait ou de pei'fection infinie est née et produite avec moi dès

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lors que j'ai été créé, ainsi que lest l'idée de moi même. Et de vrai, on ne doit pas trouver étrange que Dieu, en me créant, ait mis en moi celle idée pour être comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage; et il n'est pas aussi nécessaire que cette marque soit quelque chose de différent de cet ouvrage même; mais de cela seul que Dieu m'a créé, il est fort croyable qu'il m'a en quelque façon produit à son image et semblance, et que je conçois cette ressemblance dans laquelle l'idée de Dieu se trouve contenue , par la même faculté par laquelle je me conçois moi-même, c'est-à-dire que lorsque je fais réflexion sur moi , non-seulement je connais que je suis une chose imparfaite, incomplète et dépendante d' autrui , qui tend et qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis, mais je connais aussi en même temps que celui duquel je dépends possède en soi toutes ces grandes choses auxquelles j'aspire et dont je trouve en moi les idées , non pas indéfiniment et seulement en puissance, mais qu'il en jouit en effet actuellement et infiniment , et ainsi qu'il est Dieu (1). »

Ainsi l'idée relative et créée de perfection, qui est en nous et qui fait le fond de notre esprit , est l'image et la ressemblance de la perfection infinie,

(1} OEuv. deDesc, t. I, p. 290, troisième Méditation.

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qui est en Dieu, < esl-h-dire de l'idée absolue ei inoréëe de perfection, qui fait le fond de l'esprit divin, et cette idée relative et créée, qui est en nous, dépend de l'idée absolue et éternelle, qui est en Dieu et ne peut exister sans elle. Lorsque nous concevons l'une, nous concevons aussi l'autre, de sorte que pour Descartes, «l'idée que nous avons de notre propre entendement, ne lui semble point différer de celle que nous avons de l'entendement divin, sinon seulement comme l'idée du nombre binaire ou ternaire diffère de l'idée d'un nombre infini (1). Il est très-évident que cette vertu admirable et très-parfaite de penser que nous concevons être en Dieu , est représentée par celle qui est en nous, quoique beaucoup moins parfaite (2). » D'où il suit que les idées sont h la fois en Dieu et en nous, mais en Dieu dans leur source première et dans leur plénitude , et en nous seulement dans une certaine mesure et dans leur source seconde.

Cette vraie manière de concevoir les idées, qui est celle de Platon et de saint Augustin , a été suivie, dans l'école cartésienne, par Bossuet et Leibnilz, et défendue principalement par celui-ci. Mais elle n'est point assez explicite dans Descartes, pour prévenir les méprises . surtout si l'on con-

(1) Ibid., p. /i-21.

(2) T. If, p. 277.

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