‹ Le CartésianismeChapitre 38 sur 46 · I.K r.AKTÉSIANISaïK · texte numérisé non relu

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combien peu de raison il est accusé d'idéalisme. Mais ce qui a donné lieu à cette accusation singu lière, c'est qu'il ne cesse de répéter que la malière ou étendue corporelle, et en général tout ce qui tombe sous les sens, n'est que phénomènes, et que la réalité ne subsiste que dans les monades, doni la nature est immalérielle et accessible seulement à l'intelligence. Or ce n'est point là l'idéalisme proprement dit, qui s'attaque aux substances, puisque les monades non pensantes, qui par leurs agrégations forment les corps, ont une existence substantielle. Je ne parle point de Spinosa. Dans son opinion, les idées ou l'âme, les corps, Dieu, n'étant que la même chose prise sous divers aspects, il est trop clair que la preuve de l'existence du corps égale celle de l'existence de Dieu et de r<àme.

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CHAPITHE III.

Union Ile rame et du corps.

Les anciens philosophes el les scohisiiques, leur écho, attribuaient à l'âme la sensation et la nutrition aussi bien que la raison. Voyez Platon dans le Tiniée (I), dans le Cralyle (2) et dans une grande partie du dixième livre des Lois (3). Entre les puissances de l'âme , Aristote met la sensation et la nutrition (4). Il en est ainsi de Plolin (5). Écoutons saint Augustin : « C'est par mon âme elle-même que je m'élèverai jusqu'à Dieu. Je passerai au delà de cette puissance par laquelle je suis attaché à mon corps, el qui ré-

(1) Trad. de M. Cousin , t. XII, p. 197.

(2) T. XI, p. Û9.

(3) T. VIII, p. 211.

(U) DeVdme, liv. II, cli. m

(5) Enn. t\. liv. III, rii. x\ii et xxiii.

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paiid la vie Jaiis tous ses menibies. Ce n'esl poini l)ar nue telle puissance que je trouverai mon Dieu: car s'il en était ainsi, le cheval et le mulet, qui n'ont point rinielligence , pourraient le trouver aussi, puisqu'ils ont comme moi celle même puissance qui donne la vie h leur corps. Il en est une autre par laquelle je communique non-seulement la vie, mais encore le sentiment à ce corps que mon Dieu ma donné , puissance (pii commande à mon œil, non pas denlendre. mais de voir; h mon oreille, non pas de voir, mais d'entendre, et de même à chacun de mes autres sens, ce qui est propre à la place qu'il occupe et aux fonctions qui lui sont réservées; fonctions diverses dans lesquelles mon esprit, qui est un, qui est moi-même, agit par eux. Je passeiai encore au delà de cette seconde puiss.mce. car le cheval et le nuilet la possèdent aussi bien que moi, et connue moi, ils ont des sens, corporels (1). » Les

(1)« Per ipsaiii animam ineain ascendam adDeiini.Transibo vini meani, qua hœreo corpori , et vitaliter compagem ejus repleo. Non ea vi repeiio Deum nieuni : nam reperiret et equus et iniilus, quibus non est intellectns (Ps. 31, 9) ; quia est eadem vis qua vivunt etiam eorum corpora. Est alla vis non soiuui qua vlvilico, sed etiam qua sensifico carnem meam quam milii fabricavit Doniiinis ; jubens oculo ut non audiat , et auri ut non videat ; sed illi per queui videani, huic per quani aiidiam , rt propria singillatini cœleris sensibus sedii)us suis et officiis suis; quae diversa per eos ago inius ego animus. Transibo et isiam vim meani : nam et liauc iiabrt equus et niulus,sculiunl euini ipsi eliani per corpus. " C'on/., liv. X, cil. vil

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matérialistes mêmes, Démocrite, Epicure, les stoïciens (1), rapporlenl la sensation et la vie à une âme, qu'ils supposent dans le corps . mais d'une nature plus épurée que lui. C'est ordinairement ou le feu des astres ou l'éther. Si d'un côté, Dicéarque paraît rejeter lame, en la réduisant à n'être qu'une harmonie des quatre éléments (2), de l'autre, il l'admet, puisqu'il pense, qu'à la vérité, elle est mortelle, mais cependant qu'elle participe d'une certaine nature divine (3).

Telle est l'opinion jusqu'à Descartes, qui enlève à l'âme les fonctions nutritives ou organiques (4), pour les transporter au corps; mais il les y réduit aux mouvements d'un pur mécanisme. Le corps par lui-même ne renferme, comme auparavant, que de l'étendue; il n'a point en soi le principe de ses mouvements, qui viennent de celui que Dieu imprima à l'étendue totale en la créant. « La digestion des viandes , le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, la respiration, la veille, le sommeil, la réception de la lumière, des sons,

(1) Lacrc, liv. VU, cli. ix et x.

(2) « Exisliniavit aniinain esse liarmoni ;m ()ualuor eleinentonim. » Plat. Plicita vet. pkil., lib. IV, cap. ii.

(3) <i Animam nempe non iniinortalem quiileni, di\ini tanicn cujusd;nn numinis participem, pulans » Ibid.^ lib. V, cap. i.

(ti) Pass. de lame, part, i, art. !i.

des odeurs, des goûls, de la chaleur el de telles autres qualités dans les organes des sens extérieurs, leur impression dans l'organe du sens commun, de l'imagination et de la mémoire; les mouvements intérieurs des appétits et des passions; et enfin les mouvements extérieurs de tous les membres, qui suivent si à propos tant des actions des objets qui se présentent aux sens que des passions et des impressions qui se rencontrent dans la mémoire, toutes ces fonctions ^uivent naturellement de la seule disposition des organes , ni plus ni moins que font les mouvements d'une horloge de ses contre-poids el de ses roues; en sorte qu'il ne faut point concevoir à leur occasion aucun autre principe de mouvement et de vie que le sang et les esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans le cœur, et qui n'est point d'autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés (1). Ce que Descartes dit là des fonctions des sens ne regarde que ce qu'elles ont de commun avec les fonctions de la vie organique, ou le jeu de l'organe lorsque nous sentons. Quant à la sensation même, c'est-à-dire à la représentation des objets et au sentiment de plaisir el de douleur, il les attribue à l'àme (2).

(1) Traite de l'homme , art. dernier.

(2) OE(U\, t. I, p. Mfi: I. IV, Pa<;sinn': de l'âme, part, i, depuis Tort 17 jiis(iirà Tan. 2^».

Malcljraïuhe (1), Régis (2), lîossuel (3) , Si>iiiosn (pour qui le corps n'est qu'un mode de l'élendue universelle), adoptent cette doctrine de Descaries sur riiomme Mais tandis que Malehranche (4) et Régis (5) ne voient, comme. Descartes luimême (6) , dans les animaux qu'un mécanisme , Spinosa y voit une âme, dans les plantes aussi, et peut-être dans les corps inorganiques ; car il regarde comme animé tout ce dont l'idée est en Dieu, ainsi qu'y est l'idée du corps humain (7). Or, selon lui, l'idée de notre corps est notre esprit (8). D'où il suit que l'idée de chaque chose est également son esprit ou son àme. Rossuel (9) incline aussi à donner une ame aux bêtes. Locke dit qu'elles ne sont pas de puies machines (10\ mais

(1) Rech. de la Vérilé, liv. 1, cli. x, liv. II, i)art. i.

(2) Sjst. de phii. — l'hy., liv. VUI, part, ii, cli. i.

(3) Connaissance de Dieu et de soi même, cli. ii, art. 1^. (û) Rech. de la Vérilé, liv. VI, part, ii, cli. vu.

(5) Syst. de phil. — Phy., liv. VII, part. Ji, cli. xvii.

(fi) OEuv., t. I, p. 189; t. VII. p. 39G ; t. VIII, p. 299, 336.

(7) <i Ea qiia; hucusque ostcndinuis, admoduni communia suiit, iicc magis nd liomines quam ad rcliqua individua pertinent, qua; omnia , ([uamvi.s diversis gradibus, aniniala tamon snnt. Nani cnjnsrnmqne rci (latiir iiecessario in Deo idca, cnjus Dcus est cau.sa, oodem modo ac liiimani corporis idea; atque ideo, quidqiiid de idea linniani corporis diximiis, id de cnjuscumque roi idea iieccssario dicendum est. » Eth. pars. 2. prop. 13. scliol.

(8) «Mens IniniaMa est ipsa idca corporis humani. » Ibid, prop 19

(9) Conn. di Di'u et de soi-même, eh. v, art. 13.

(10) Essai sur JVnf., liv. II, eh xi. art. 11.

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que les |>lank's le soni 1 . Admet il une ànje dans les binles, on snppose-l-ii que leur corps est de lui-même vivant? On ne sait. Leibniiz adopte également la doctrine de Descartes : « Dieu a cré(' rame d'abord de telle façon, qu'eUe doit se produire et se représenter par ordre ce qui se passe dans le corps, et le corps aussi de telle façon qu'il doit faire de soi-niènie ce que l'ame ordonne. De sorte que les lois qui lient les pensées de l'âme dans l'ordre des causes finales et suivant révolution des perceptions, doivent pioduire des images qui se rencontrent et saccordenl avec les inq>ressions des corps sur nos organes; et que les lois des mouvements dans le corps, qui s'entre -suivent dans l'ordre des causes efficientes, se rencontrent aussi et s'accordent tellement avec les pensées de rame , que le corps est porté h agir dans le temps que rame le veut (2). » On voit que Leibnitz compte les images parmi les pensées de l'âme, et (\u"\\ ne fait du corps qu'une machine. 11 place aussi dans l'âme le siège, la source des sensations déplaisir et de douleur (3). Ailleurs il dit que « les images «dont l'âme est immédiatement affectée, sont en

(1) Ibid., ch. IX, art. 11.

{■!) Theod., an. GO.

(3) Oj>., t H, part. i. p. 7.') ri 7(>, Nouv. csxais sur Toit., I. I\', cli. m, a:t. 1.

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