‹ Le CartésianismeChapitre 40 sur 46 · Li; CAKTKSIAMSME · texte numérisé non relu

Li; CAKTKSIAMSME

elles subsistent respectivement, ne seconeoit-elle pas plutôt que leur réunion dans un sujet unique? Il répugne moins de voir unies, même de la façon la plus intime, deux choses essentiellement dilTérenteS;, que de voir ces deux choses ne former qu'un seul être.

Descartes croit que sentir et imaginer appartiennent à l'âme (1), parce qu'ils se rencontrent en elle comme entendre et vouloir (2). Ils s y rencontrent en effet, de même que tout le reste, en tant qu'elle en prend connaissance; mais la preuve qu'ils n'ont point leur siège dans l'àme, c'est qu'ils se montrent hors d'elle, dans les songes, pendant que sa puissance de comprendre et de vouloir est suspendue. Peu imi)orte l'inaction des organes de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, de goût, du tact; ce n'est [)oint dans les yeux, les oreilles, la bouche, le nez, la peau, que la sensation a lieu, c'est au cerveau. Yoilà pourquoi dans les rêves nous n'imaginons pas seulement les objets corporels, mais nous les voyons, les entendons, les odorons, les goûtons, les touchons, et souvent nous en sonunes affectés de plaisir et de douleur. Dans cet état, l'imaginer et le sentir, s'isolent du penser et du vouloir, la vie animale

(1) Formation du fœlus, art. 3.

(•J) CEia-., l. I, p 563.

Li: CAKTKSIAMSMK. \~')

(le la vie iiUcllecluoll(3. Le sommeil [nolond el sans lève isole à son tour clans le coips la nutrition de l'imagination el de la sensation, la vie végélalivo de la vie animale, et offre ce qui nous est commun avec les plantes, de même que les rêves, le somnambulisme, ce qui nous est commun avec les animaux, de même que la veille ce qui nous est commun avec les purs esprits.

Descai'les confond la sensation avec la perception que lame en a ; c'est une erreur de tous les animistes. « Dans la langue conmiune aux métaphysiciens et aux physiologistes, dit Biran , le terme général sensation exprime tout mode simple de plaisir ou de douleur, soit que la conscience ou le moi prenne actuellement une pari expresseàraffection,ouaurésullatimmédiatd'une impression reçue, soit qu'il n'y ait rien de pareil, et que l'animal seulement pâtisse plaisir ou douleur. De Là une équivoque de mots, dont Condillac et son école ont tant et si étrangement abusé ; de là aussi bien des illusions systématiques qui accusent la langue et un défaut essentiel d'analyse.. Otez la conscience ou le moi d'une sensation ou représentation, que reste-l-il? Rien, ou un pur abstrait, diront presque tous nos mélaphysiciens, physiologistes et autres. Je prétends, moi, que ce qui reste est encore un fait, un mode positif de l'existence animale , qui constitue la vie même

tout entière d'une multitude d'êtres auxquels nous attribuons avec raison une sensibilité et tout ce qui en dépend, sans être nullement fondés à leur accorder une âme, une pensée, un moi comme le noire... L'être purement sensiiit ignore sa vie ou son existence comme les fondions et les diverses impressions dont elle se compose : Vivit, et est v'itœ nescius ipse suce... L'homme, être intelligent, aperçoit ou sent ce qui se passe en lui... non-seulement il vit et sent comme l'animal, il a de plus l'aperception interne de sa vie fondamentale et des sensations qui la modifient (1). »

Les cartésiens et leur chef argumentent aussi de la nature du corps, pour lui refuser la vie sensible. Est-il possible, disent-ils, qu'uncomposé d'étendue, quels que soient la figure, la disposition, le mouvement de ses parties, sente, imagine? Non, vraiment, et Ton plaint Malebianche de la peine qu'il se donne à le démontrer en forme (2). Remarquons qu'ils jugent tous fort bien ce composé ou le corps capable de la vie nutritive, et leur grande raison est celle de Descaries que «nous voyons des horloges, des fontaines artificielles, des moulins et autres semblables machines, qui, n'étant faites que par la main des hommes, ne laissent pas d" avoir la force

(1) Rap. duphy, p. 83, 87, 88.

(2) Rech. de la Ver., liv I, ch. x. — Entret . sur la métaphy., i.

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