I.K CAHTKSIA.MSMK
lie se moiivoii' d'elles iiienies en diverses l'a- ('ons [i\ » D oïl il siiil qne notre corps, formé de la mnin de Dieu, peut opéi*er lonl ce que nous voyons en lui, quoiqu'il ne sort non plus qu'une stalue ou niachine de terre (2). Les horloges niarquenl les heures; les fontaines arliliciellcs dispensent 1 eau. selon la volonté de leur auteur; les moulins iiansforment les gi-ains en poudre : donc, avec des pièces plus ailificieusemenl arrangées et des mouvemenls plus fins et plus compliqués, le corps digère, respire, forme le sang, sécrète les humeurs, se reproduit. Nos niécanisles s'appuient encore du phénomène de la flamme. «On voit, dit Leihnitz, quelque chose danal<:>gue à la végétation dans le corps le plus sultlil et cependinl le moins vivant, la flamme, qui se nouirit et se propage, et qui, lorsque l'aliment commenee h lui manquer, se répand en mouvements singuliers, dans un but de conservation (3). » Eh bien! qu'ils nous montrent une machine et la flamme fabriquant le plus simple produit de l'organisme, par
(1) De Vhomme, art. 3.
(2) Ibid., art. 2; Pass. de l'dnie, part, i, art. 6. — Discours st/r la méthode, part. V.
(3) Videnuis alifpiid vogptalioiii annioguiii iii corpnrn maxiiiip fluxili, spd mininio vho, nempe flamnia, qnœ sose milrit propagatiirqiK^, et alimciiio «leficprc incipiento , iiiiris motibus disciirrit , id agpii.s ut se liioatui-. { Lribnitz, t U, pari, ii, p. 138.)
178 m: cautksiamsmk.
exemple de la salive, alors on ponna les enlendre.
Mais on les en défie.
Descaries assimile le corps à une sialue. Plus lard, et probablement à son imitation, Condillac y assimile l'âme (1) ; l'un n'est guère moins absurde que l'autre. Si le corps présente un organisme qui n'est point dans l'àme, et qui le rapproche d'une mécanique, la vie qui l'anime et la force par laquelle il se meut, sont aussi différenles du jeu d'une machine que la pensée. On admire les machines arilhméliques de Pascal et de Leilnitz; mais que dirait-on deux, s" ils avaient pr-étendu les donner comme le cerveau du nialhématicien! Que Descaries et ses adhér-enls cessent de nous dii'e, que s'ils ne ramenaient pas les causes de la vie corporelle à la grandeur, h la figure el aux mouvements, ils ne sauraient l'expliquer; ils ne l'expliquent que telle qu'ils se la forgent dans la tête, et non telle qu'elle subsiste réellement, parce qu'en effet elle est inexplicable dans ses causes premières.
Puisque l'étendue se refuse aux fonctions nutritives, h plus forte raison aux fonctions sensîtives, Mais où donc ont-ils trouvé l'étendue? Je vois dans l'univers des animaux étendus, des plantes étendues, des minéraux étendus, des planètes el des
(1) TraUé dts sensattons.
LE CARTK5IAN1SMK. 179
étoiles éleiulues; pour retendue, je ne l'aperçois luille part. (]onune l'une des propriétés fondanienlales des corps, rien de [)lus léel ; comme substance, comme être à part, ou, ce qui revient au même, comme les constituant seule, elle n'est qu'une chimère, qu'une invention de l'esprii. Essayez de l'isoler, même dans le règne inorganique, vous n'y parviendrez jamais : l'affinilé, la cohésion, l'allraction , une foule de propriétés l'accompagnent sans cesse, lui sont inhérentes, tout connue l'étendue est inhérente à ces propriétés. Anéantissez l'étendue , s'écrie Malebranche, vous anéantissez les corps; donc les corps ne sont que l'étendue (1). Quoique cette conclusion favorise l'opinion de Leibnilz touchant la nature des phénomènes, il ne peut s'empêcher d'en relever le vice, et de répondre : « Je le nie ; cela prouve seulement que l'étendue entre dans l'essence ou la nature des corps, mais non pas qu'elle soit toute leur essence (2). »
Tant qu'on supposa que l'àme exerçait les fonctions du corps, on ne put douter qu'elle n'agît sur lui, puisqu'elle lui communiquait la vie et le mouvement. On croyait aussi que le corps agissait sur l'àme, parce qu'alors on le considérait, non plus
(1) Entret. jtur la inélaphys. i
(2) Op .t. Il, paii. 1. p. 202.
180 LK CAKTÉSIAXIS.Mt:.
comme composé seiilemenl d'élendue, e( parconséqiienl inerle , mais comme ayanl en propre l'aclivilé qu'il einpriiiilait de 1 àme. Aussi n'étaitce point réellement le corps qui agissait sur l'îime, c'étaient les puissances inférieures de l'âme qui agissaient sur ses puissances supérieures. Jusciu'où étendait-on l'action de l'un ii l'égard de laulre? 11 serait tiop long de l'exposer, et quelquefois dilficile de le découvrir. Qu'il suffise de remarqueique Démocrite , Épicure , les Stoïciens . Aristote . soumettaient l'àme à l'iiilhuMice du coips beaucoup plus que Platon, Plolin et saint Augustin, puisque les premiers dérivaient en totalité ou en partie la connaissance des sensations , tandis que les autres n'y voyaient qu'un simple accident par lequel l'àme était aveiiie. et qui lui indiquait les objets corporels.
Du moment que l'on a commencé de retirer ii l'âme les fonctions du corps et de les restituer à celui-ci, leur mutuelle inlluence a diminué. Voici à quoi Descaries la réduit : « Concevons que l'âme a son siège dans la petite glande (pinéale) qui est au milieu du cerveau, d'oii elle rayonne dans toui le reste du corps par l'entremise des esprits, des nerfs et même du sang, qui, participant aux impressions des esprits, les peut porter par les artères en tous les meud^res; et nous souvenant de ce qui a été dit ci-dessus de la machine de notie
corps, à savoir <jue ies petits filets de nos nerfs sont tellement dislrilmës en tontes ses parties, qu'il roccasion des mouvements qui y sont excités par les objets sensibles, ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce qui fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les mend^res en toutes les diverses façons qu'ils sont capables d'être mus, et aussi que loutes les autres causes qui peuvent mouvoir diversement les esprits suffisent pour les conduire en divers muscles, ajoutons ici que la petite glande (pinéale), qui est le principal siège de Tame, est tellement suspendue entre les cavilés qui contiennent ces esprils, qu'elle peut ètie nuie par eux en autant de diverses façons qu'il y a de diversités sensibles dans les objets; mais qu'elle peut aussi être diversement mue par fâme, laquelle est de telle nature, qu'elle reçoit autant de diverses impressions en elle , c'est-à-dire , quelle a auUuit de cliver fies perceptions qu'il arrive de divers mouvements en cette glande ; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée, que de cela seul que cette glande est diversement mue par l'âme ou pai- telle autre cause que ce puisse être, elle pousse les esprits qui l'environnent vers les pores du cerveau, qui
Jes conduisent par les neris dans les muscles, au moyen de quoi elle leur l'ail mou\oir les membres (1). »
Mais comment l'àme a-i-elle aulantde diverses per-ceptions qu'il arrive de divers monuments en la glande pinéale? C'est parce que ces mouvements sont institués de la nature pour les lui faire avoir (2); c'est qu'ils lui donnent occasion de sentir (3), c'est-à-dire encore de les avoir.
Comment cette glande peut-elle être mue par rame? « Toute l'action de lame consiste en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande , à qui elle est étroitement jointe, se meut en la façon qui est requise pour produire l'effet qui se rapporte à celte volonté (4). »
Ainsi, d'après Descartes, les mouvements de la glande pinéale sont Voccasion des perceptions correspondantes de l'àme; et la volonté de rame fait que la glande a les mouvements qui corresj^ondent à celte volonté. Celte dernière assertion est ambiguë. La volonté est elle cause ou seulement occasion des mouvements de la glande? Cler-
(1) T. IV, p. 06. Pass.. |)art. i, ail. Si.
(2) T. V. p. ô!i. Diopt. dise. 0.
(3) Ibid.. p. ÛO, dise. û.
(/i) Ibid , p. 72. Pass., part. i. arl /il.
LK CARTKSIAXISME. 183
selier, ami inliiue de Descaries et éditeur de ses œuvres postluiiues, dit, sans doute comme le tenanlde lui, que Dieu seul «esl capable d'impriuier le premier mouvement au corps, que lame peut seulement être capable de déterminer celui qui est déjà imprimé (1), » ce qui s'accorde avec les paroles suivantes de Descartes, et les explique. « Les mouvements mêmes qu'on appelle rolonf aires procèdent principidemenl de la disposition convenable des organes, puis qu'ils ne peuvent être excités sans elle, quelque volonté que nous en ayons, bien que ce soit l'aune qui les délerinine (2). »
Otez donc cette circonstance, et Cordemoi fut le premier à la supprimer (3), ôtez cette circonstance que l'âme change la direction des mouvements a[)pelés volontaires, et elle sera seulement l'occasion de ces mouvements, de même que le corps est l'occasion des pensées de lame. Voilà le système des causes occasionnelles de Malebianclie, qui^ par conséquent, ne l'a point inventé, systènie vei'S lequel Descartes incline tout entier et dont il ne se sauve que pnr cette action secondaire qu'il laisse à l'âme dans la volonté. Régis et Lalorge, deux de ses plus fidèles disciples, ainsi
(2) T. IV, p. Z|3i Fonn. du fœlus^ ait. 'i^.
(3; Le Discernement du coriis et de ii/mc, p. 133, an. HOGfi,
18V Li: CARTÉSIAMSMK.
que Geuliiix d'Anvers, y loinbenl coinpléleinenl, quoique le piemier proscrive le nom. « Les mouvemeiils du corps, dit Régis, n'agissent sur l'àme que par la voioiilë de Dieu, en tant qu'il a résolu de produire certaines pensées dans Tàme, toutes les ibis que les objets externes causeront certains mouvements dans les corps. Ce- que je dis des nionvements du corps à l'égard des pensées de l'ànje, se doit entendre léciproquenient des pensées de l'àme à l'égard des mouvements du corps, C|+ii leur coriespondenl (1). » «Dieu, dit La l'orge, donne à l'esprit les pensées que nous remarquons (jui lui viennent à l'occasion des mouvements de son corps, et détermine les mouvements de son corps de la manièie qu'ils doivent ètie pour éti'e soumis h la volonté de l'esprit (2). » 11 suit de là que Dieu, comme l'enseigne Malebranche, tait tout dans le corps et dans l'àme, ou que tous les deux sont privés d'activité: et [)our K" < onlesser, il suflirail à Régis et Lal'orge de s'entendre eux-mêmes.
Spinosa nie pareillement que l'àme inllue sur le corps et le corps sur l'àrne, et soivtient « que l'àme reçoit ses idées de Dieu, en tant (ju'il est une chose pensante, et le corps ses mouvements,
^1) Syst. de phiK A/eiap/i(/.v. . Ii\. I, |)ait. jj, clia]). v. (•J) Traite de l'Ei^pril de i'/cmi/ie, p. 259, an 1006.
l.K CARTKSIANISME. 185
en leii)[>s qu'il est une cliose éleudue (1). » D'a- [)rès lui ce^jendanl, Dieu n'agil point avec inlelligence et liberté, ii ne pioduit les mouvements et les idées que par une nécessité aveugle. Comment donc l'àme et le corps s'accordenl-ils? C'est « qu'ils ne sont qu'une seule elmèaie chose conçue, tantôt connue pensante et tantôt comme étendue. D'où il résulte que l'ordre, l'enchaînement des choses, est le même, qu'on l'envisage sous le rapport de la pensée ou sous le rapport de l'étendue; par conséquent, que l'ordre des actions et des passions du corps va toujours avec l'ordre des actions et des passions de l'esprit (1). » Ici Spinosa semble se moquer de ses lecteurs. Quoi ! rame et le corps ne sont que la même chose, et il n'y a rien de commun entre ce qui se passe dans l'un et ce qui se passe dans l'autre ! Dites plutôtqu'il ne s'y peut rien passer de différent, que les pensées appartiennent au corjjs comme à l'àme, et les mouvements à l'àme comme au corps; dites
(1) « Ouines cogilandi modi Deum, quatcnus est res cogitans, pio causa hal)ent. Quiccjuid in coipore oritur, id a Deo, oriri debuit, quatemis aliquu cMeiisioiiis modo an'eclus consideraUir. » Elh. , part, m, prop. 2.
{'2j McÈis et corpus uiia, eadeinque rcsest,quacjani sub cogitationis, jam Mib cxteiilioiiis attril)ulo concipilur. Unde lit, ut ordo, sive reiuin concali;uatio uua sit, .^ive iialuia sul) h(jc, sive sub illo attiibuto coacipiatur, roiiscquiiiLer ut oido actiouuni i:t passionuui corporis iiostri sluiul sit iialura cuiii ordine actiouuni et passiouiun mentis. » Ibid.,corol.
180 I.K CAUTÊSIAMSME,
que celle chose unique que vous nous Tailes, que celle éleiidue, celle m.ilière animée à laquelle, en définitif, vous nous réduisez, pense' et se meul. Ainsi parlent, plus francs, ou plus conséquents , les malérialisles modernes, qui presque tous vous reconnaissent pour un de leurs maîtres, et qui vous doivent peut-èlie plus encore qu'à Slahl.
Enfin, Leibniiz prononce la séparation complète de lame et du corps; et leur allribuanl l'aclivilé, il veut que Dieu ail coordonné les pensées (le lame el les mouvemenls du corps de manière que, sans se communi(|uer, « ils se rencontrenl et se répondent , comme deux pendules parfaitement bien réglées sur le même pied, quoique peut-être d'une construction loule différente (1). » Cette harmonie préétablie est un contre-coup des causes occasionnelles. L'auleur l'avoue. Le passage des causes occasionnelles à 1" harmonie [)réélablie ne lui paraît pas fort difficile (2). Non. car après l'hypothèse que l'âme et le corps étaient passifs, que reslait-il, si Ion voulait innover , que de reconnaître leur activité? S'ils sont actifs, Dieu n'opère plus seul en eux, il se borne à concourir. Si actifs et ne s'influençant point, ils sont indépendants, et Dieu a du ré- 1er leurs opéia
(1) Op., 1. n, pari. I, p. Zio ■:2) Ihid., i. V, p. 13.
lions solitaires, afin qu'ils pusseiU inarchei" d'acc'orcl.
Au cfKjpili-edes substances, on a vu combien peu r harmonie préétablie est admissible. Il est clair que 1 influence devait reparaître avec l'activité ; mais comme raclivilé du coips lui est propre , qu'il ne l'emprunte point de l'àme, l'àme, en agissant sur lui, ne lui donne point de force, elle ne lait qu'exciter, développer celle qu'il possède essentiellement, et qui opère dans ses fonctions animales et sensitives. De son côté^ le corps ne donne aucune force à l'âme , qui d'elle-même a pleine puissance de penser, seulement il concourt à exciter cette puissance, et quelquefois l'entrave, s'il est mal organisé ou développé. Il nous serait facile d'appuyer ce genre d'influence sur des considérations et des faits puisés dans la médecine; mais les auteurs que nous examinons s'étant renfermés dans les raisonnements philosophiques , il convient de les imiter. Quant à l'action des corps les uns sur les autres, elle est toujours conçue d'une façon analogue h celle de l'àme et du corps qui lui est uni ; c'est, ou une influence principale, comme avant Descartes, ou une influence conditionnelle, une haimonie j>réétablie, comme dans l'école cartésienne, ou une influence elfeclive , mais secondaiiv . tomme à pif'scnt. Nous [»assons sous silence le
médiateur plastique de Cudworlh (Ti , d'abord parce que ce système est étranger à l'école cartésienne, et ensuite parce qu'il est trop peu philosophique.
(t) Bibliothèque choisie de Leclerc, t. II, III. V.
l.K CARTÉSIAMS^IK 1 8Î)
CHAI>ITHK IV
l»<»cli«' (irl^ln^l. — <;râee. — Amour île D(^m-
Descaries ne menlionne d'aiilre cause d'ignorance que la liniilation de rentendenient, ni d'antre cause d'erreur et de vice que l'abus de la liberté (1). Il paraît qu'à ses yeux la chute primitive n'y entre pour rien, quelle n'a point affecté notre nature, qu'elle nous a seulement enlevé des dons surnaturels et ne nous est connue que par la révélation. S'il croyait qu'elle donnât prise à la raison et qu'elle eût gâté notre nature, il n'aurait pu se dispenser de la faire intervenir, puisqu'il entreprenait d'expliquer en nous tout ce qu'il est possible d'expliquer philosophiquement.
(1) Prirc. delafhil., pari, i, arl. 3j, 33. — OEuv., t. X, p. 02, t. VI, p. 310,
190 LK CAIMKSIAMS.ME.
Il n'est pas permis d allrilmor une pareille omission à la crainte crentrei" en querelle avec les théologiens pointilleux et brouillons, puisqn'au cotUraire elle pouvait lui attii-er, même de la par1 de ceux qui ne le sont pas, l'accusation de pélagianisnte. C'est ce qui est arrivé. Selon Baillet, « des personnes qui d'ailleurs n'étaient pas de ses ennen)is, ont cru entendre un langage confoime à celui des pélagiens dans les termes de son discours de la méthode, où il s exprime ainsi sur le pouvoir que nous avons de l'aire le bien que nous connaissons et que nous voulons: «Notre volonté, « dil-il (1), ne se portant à suivre ou à fuir au- « cune chose que selon que notre entendement, « la lui représente bonne ou mauvaise, // suffit « de bien juger pour bien faire , et de juger le « mieux qu'on puisse , pour faire tout de son «mieux, c'est-à-dire pour acquérir toutes les « vertus et enseml le tons les biens que l'on « puisse acquérir (2). » Que répond Descaries? que l'expression de &/>« faire, qu'il emploie, « ne peut s'entendre en terme de théologie . où il est parlé de la grâce, mais seulement de philosophie morale et naturelle, où cette grâce n'est point considérée (3); » c'est-h-diî'e, comme il le déclare
(2) Vie de Descarlex, part ii. p. 51.3.
Lh CARTÉSIAMSMi:. 11) !•
nilleui's de la connaissance (1), que ce bien faire " lie sanrail par Ini-mènie mériter la \ie éternelle, mais qu'il n'en est pas moins effectif quanta la vie présente. Or, affirmer que sans la grâce ou la réparation chrétienne, nous pouvons acquéiir la perfection que notre êlre comporte , n est-ce pas enseigner qu'il na souffert aucune dégi-adation ; (|ue s'il a changé de condition, il n'a perdu que des qualités étrangères; qu'il est maintenant tel qu'il fut créé , par conséquent qu'il fut créé ignorant, sujet h l'erreur, enclin au mal, conmie il est aujourd'hui? Ainsi Descailes tombe dans l'opinion ihéologique qu'on appelle l'étal de nature, opinion d'après laquelle Dieu forma d'abord l'homme avec les défauts que nous voyons dans l'enfant, puis le tira de cet état natuiel d'imperfection, pour l'élever à un état surnaturel de perfection, d'où l'a précipité la chute oiiginelle. Une semblable erreur s'est produite de nos jouis sous le nom de révélation primitive, et menace de ravager la théologie; elle est protégée comme tant d'autres par le nom de M. de Bonald. Chez Descaries, cette opinion, ou plutôt celle tendance, car elle n'est pas rigoureusement déterminée ^ vient de la tendance à concentrer les idées générales en nous , et surtout de la tendance h en faire de pures
(i) T. Vm, |) 011.
192 LI-: CARTÉSiANISMi:.
abslradions; elle vient encore de ce qu'il regarde le vrai comme l'œuvre de la volonté de Dieu.
Admet-on que les idées qui sont en nous dépendent intérieurement et directement des idées ([ui sont en Dieu? il est clair que nous sommes fîiits pour nous tenir unis par nos idées aux idées divines, et que la science est notre état naturel. Au contraire, se figure-t-on que nos idées ne dépendent que d'elles-mêmes? Il nous les faut (ourmenter afin d'en tirer une lumière quelles ne contiennent point toutes seules: la science, ou ce qu(^ nous prenons pour elle, devient une acquisition laborieuse, et notre élat naturel se trouve Tignol'ance et la faiHibililé. Privés de l'appui intérieur de l'esprit suprême, nous permettons aux sens d'exagérer leur empire; et la lutte qu'il nous l'aul soutenir avec eux nous païaît aussi avoir son fondement dans la constitution de l'esprit Im main. A plus forte raison ce tf iple effet et les soulfrances qui en sont inséparables, doivent passer pour naturels , dès qu'on ne voit dans nos idées que des ajjstractions formées avec les impressions des sens. Ils le doivent encore dans l'hypollièse si chère h Descailes, que Dieu ciée la vérité avec les êtres, ou que sa volonté n'a daniie règle qu'elle-même. « Saint Augustin, dit Mairbranchc , a prouvé invinciblement le péché originel pai' les désordres que nous éj)rouvons en
LE cahïésianismh;. 193
nous. Llionime souftVe; donc il n'esl point innocent, f/esprit dépend du ooips; donc Ihomnie est coiionipu, il n'esl point tel que Dieu le fait. Dieu ne |)ent soumellre le plus noble au moins noble, cai' l'ordre ne le permet pas. Quelles conséquences pour ceux qui ne craignent point de dire que la voionlé de Dieu est la seule règle de ses aciions! Ils n'ont qu'à répondre que Dieu l'a ainsi voulu; que c'est noire amour-propre qui nous fail irouver injuste la douleur que nous souffi'ons ; (]ue c'est notre orgueil qui s'oiïense que l'f-sprit soit soumis au corps ; que Dieu ayant voulu ces désordres prétendus, cest une impiété que d'en ajtpeler à la raison, puisque Dieu ne la reconnaît point pour règle de sa conduite (1). »
Arnauld , qui considère les idées exclusivement en nous, ne juge les effets de la chute primitive qu'en qualité de théologien. Il en est ainsi de Régis, lorsqu'il dit que «la raison humaine fut tellement affaiblie par le péché d'Adam , qu'à mesure qu'on s'éloignait de l'origine des choses,' la plupart des hommes tombaient dans l'aveuglement (2). «Ailleurs (3), faisant l'histoire de l'Église, il regarde le péché originel comme un dogme entièrement de foi et étranger à la philosophie Aux
(1) Entret.-mél. ]X, 13.
(2) Sy^.dephil. Morale, liv. III, ch. i.
{i: Z'sâye di- la llair.onet dclaFoi, li\. HT, cli xix.
194 LE CARTKSIAMSMK.
yeux (lu sensualisle Locke, la cliule primilive n a causé que la morl du corps, el point du loul la corruption de la nature humaine (1).
Malebranche, principal promoteur du système opposé sur les idées^ croit que la chute primitive nous a corrompus, el il emploie cette corruption à expliquer les désordres qui ^ont en nous. En voici un exemple touchant la difficulté de chercher le vrai : «L'homme, pour ainsi dire, n'est que chair el que sang depuis le péché. La moindre impression de ses sens et de ses passions rompt la plus forte allenlion de son esprit; el le cours des esprits et du sang l'emporte avec soi, et le pousse continuellement vers les objets sensibles. C'est souvent en vain qu'il se roidit contre ce torrent qui l'entraîne ; et c'est rarement qu'il s'avise d'y résister , car il y a trop de douceur à le suivre et trop de fatigue à s* y opposer. L'esprit donc se l'ebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quehjue effoi'l pour se prendre et pour s'arrêter h quelque vérité (2). » Mais Malebranche va beaucoup plus loin, et pense que cette corruption était nécessaire pour embellir la cité future des esprits : «Ce qui fait la beauté d'un temple, c'est l'ordre el la variété des ornements qui s'y rencontrent. Ainsi, pour
(1) Chrisl.ianinwe raisonnable, v\i. i.
(2) Rech. deJa Vérité, liv. III, |)ait ii, rii. ix, ail. 2.
LE CARTÉSIAxMSME. 195
rendre le leniple vivant de la majesté de Dieu digne de celui qui doit Tliabiter, et proportionné à la sagesse et à l'amour infini de son auteur, il n'y a point de beautés qui ne doivent s'y trouver. Mais il n'en est pas de inème de la gloire et de la magnificence de ce temple spirituel , comme des ornements grossiers et sensibles des temples matériels. Ce qui fait la beauté de l'édifice spirituel de l'Église , c'est la diveisité infinie des grâces que celui qui en est le chef répand sur toutes les parties qui la composent; c'est l'ordre et les rapports admirables quil met entre elles; ce sont les divers degrés de gloire qui éclatent de tous côtés. Il suit de ce priiici{)e que, pour établir cette variété de récompenses qui fait la beauté de la céleste Jérusalem, il fallait que les honnnes fussent sujets sur la terre, non-seulement aux afflictions qui les purifient, mais encore aux mouvements de la concupiscence, qui leur font remporter tant de victoires, en leur livrant un si grand nombre de divers combats. Les bienheureux, dans le ciel, auront sans doute une sainteté et une variété de dons, qui répondront parfaitement à la diversité de leurs bonnes œuvres. Ces sacrifices continuels, par lesquels le vieil homme se détruit et s'anéantit, couvriront de grâces et de beautésla substance spirituelle de l'homme nouveau. Et s'il a fallu que .lésus-Christ souffrît toutes soiles dafflic-
lions avant que d'entrer en possession de sa gloire, le péché du premier honnne , qui a fait entrer dans le monde les maux qui accompagnent la vie, et la mort qui la suit, était nécessaire, afin que les hommes, après avoir été éprouvés sur la terre, fussent légitimement comblés de celte gloire dont la variété et Tordre feront la beauté du monde futur (1). » Sur celle raison, et sur celle que les créatures ne méritaient point d'elles-mêmes que l'être infini leur communiquât l'existence (2), Tauleur établit la nécessité de rincarnalion, qui répare le péché originel et rend lunivers digne de Dieu. Cette prétendue nécessité sera examinée lorsque nous parlerons de l'optimisme.
Aucune dépravation ne peut exister dans nous, suivant Spinosa, qui n'admet ni vérité ni - erreur, ni bien ni mal, et pour qui chaque chose est toujours nécessairement ce qu'elle doit être. Malebranche ne penserait [>as autrement, s'il était fidèle à son principe, que nous voyons tout en Dieu, qui fait tout dans les créai ures. Alors lame n'ayant point de liberté, point de mouvement propre, il lui serait impossible de se séparer de Dieu ou de se corrompre. Adepte de la vraie théorie des idées, Leibnitz serait trop inconséquent de méconnaître
(1) Traité de la Kat. et de la Gri'iee. (iisr. i, art. 30.
(2) Ihid., art, 2'i.
LE CAHTÉSIAMSMK. 197
le désordre originel qui nous travaille. Cependant il ne s'occupe point de le piouver, il cherche seulement h expliquer comment il s'est propagé (1), et surtout à justifier la bonté de Dieu, à quoi est employée la majeure partie de la Théodicée. Bossuet s'arrête souvent à le démontrer; il en considère les suites, par exemple, dans le Sermon siw la mort el sur f immortalité^ dans le Discours sur la profession de foi de madame La Val Hère, dans les Elévations sur les mystères, el le Discours sur r histoire universelle.
Mais celui qui en a (ait son affaire, celui qui relève ierreur ou supplée l'oubli de Descartes , c'est Pascal. Dans ses Pensées^ il adopte une nmrche paleille à celle que suit l'auteur des Médilaiious, et il est vraisemblable que cette dernière a insinué l'autre. Il met tout dans un doute absolu, non pas, il est vrai, en considérant , comme Descartes, les puissances de l'âme, mais les vérités religieuses el morales, mais la vie huujaine, où les opinions, les coutumes, les usages, les mœurs, les lois, les cultes, sont dans un tlux el reflux perpétuel; oîi « l'on ne voit presque rien de juste ou d'injuste, qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Vn méridien décide de la vérité,
(1; Théod., ail. S(î otsiiiv.
198 LK CARTÉSIAMSAir:.
ou peu ci années de possession. Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice, qu'une rivière ou une montagne borne! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà : le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a sa place entre les actions vertueuses (1). Celte maîlresse d'erreur, qu'on appelle fantaisie et opinion, est d'autant plus fourbe, qu'elle ne l'est pas toujours; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infaillible du mensonge. Maisétant le plus sou vent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant de même caractère le vrai et le ùm\. Cette superbe puissance, ennemie de la l'aison, qui se plaîl à la contrôler et h la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses , a établi dans 1" homme une seconde nature. Elle a ses heureux et ses malheureux; ses sains, ses malades; ses riches, ses pauvres; ses fous et ses sages. Elle dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde (2). » Pascal sonde l'homme dans ses rapports avec les diverses parties de soi-même, avec ses semblables, avec l'univers, avec son auteur: il le montre à lui-même enveloppé d'incertitudes et de misères, ne sachant ni d'où il vient, ni où il va, ni ce qu'il
(1) Pensées , pari, i, arl. 5, n" R-
(2) Ibid., n. 3.
LE CAUTESIANISME. 199
doit l'aire, ni ce qu'il est. «En voyant, dit-il, l'aveuglement et la misère de l'homme, et ces contrariétés étonnantes qui se découvrent dans sa nature, et regardant l'univers muet , et Ihomme sans lumière, abandonné à lui-même , comme égaré dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce quilest venu y faire, cequ'ii deviendra enmourant, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endoimi dans une île déserte et effroyable , et qui s'éveillerait sans connaître où il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre pas en désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi de semblable nature; je leur demande s'ils sont mieux instruits que moi, et ils me disent que non; et sur cela, ces misérables égarés ayant regardé autour d'eux, et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont donnés et s'y sont attachés. Pour moi, je n'ai pu m'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces personnes semblables à moi, misérables comme moi, impuissantes comme moi. Je vois qu''ils ne m'aideraient pas à mourir : je mourrai seul; il faut donc faire comme si j'étais seul. Or, si j'étais seul, je ne bâtirais point de maisons, je ne m'embarrasserais point dans les occupations tumulluaiies, je ne chercherais l'estime de personne , mais je tâcherais seulement de découviir la vérité.
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« Ainsi, coiisidéranl coniljien il y a d ap[>arence qu'il y a autre chose que ce que je vois, jai recherché si ce Dieu, doul lout le monde parle, n'aurait pas laissé quelques marques de lui. Je regarde de toutes parts, et ne vois partout qu'obscurité, la nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d inquiélude. Si je n'y voyais rien qui marquât une divinité, je me déterminerais à n'en rien croire. Si je voyais partout les marques d'un Créateur, je reposerais en paix dans la foi. Mais voyant tiop pour nier, et trop peu pour nj'assurer, je suis dans un état à plaindre , et où j'ai souhaité cent fois que si un Dieu soutient la nature, elle le iuar(|uàt sans équivoque; et que si les marques qu'elle en donne sont trompeuses, elle les supprimât tout à fait; qu'elle dît tout, ou rien, afin que je visse quel parti je dois suivre. Au lien qu'en l'état ou je suis, ignoiant ce que je suis et ce que je dois faire, je ne connais ni ma condition, ni mon devoir. Mon cœur tend tout entier à connaître où est le vrai bien, pour le suivre. Rien ne me serait trop cher pour cela.
« Je vois des multitudes de religions en plusieurs endroiis du monde, et dans tous les temps. Mais elles n'ont, ni morale, qui puisse me plaire, ni preuves capables de m'arrèter. Et ainsi j'aurais refusé également la religion de Mahomet, et celle de la Chine, et celle des anciens Homains. ei celle
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des Égyptiens, par celle seule raison que Inné n'ayant pas pins de marques de vérité que l'antre, ni rien qui détermine , la raison ne peut pencher plutôt vers l'une que vers l'autre. » Cependant, après s'être plongé, roulé dans les doutes et les incertitudes, Pascal découvre un point fixe et inébranlable, qui devient pour lui ce qu'est pour Descartes la conviction de l'existence de la pensée : c'est l'existence prodigieuse du peuple juif, dépositaire de la vérité, par son institution.
« Mais en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de croyances dans les divers temps, je trouve en une petite partie du monde un peuple pariiculiei", séparé de tous les auti'es [peuples de la terre, et dont les hisloiies précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peuple grand et nombreux, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu ; qu'ils sont abandonnés à leurs sens et à leur propre esprit; et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de religion, et de coutumes; au lieu qu'eux demeurent inébranlables dans leur conduite; mais queDiiMi ne laissera pas éternellement
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les autres peuples dans ces lénëbres; qu'il viendra un libéraleur pour tous; qu'ils sont au monde pour l'annoncer; qu'ils sont formes exprès pour être les hérauts de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente de ce libérateur (1). »
« J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait, dit Dieu par la bouche de ce peuple. Je l'ai rempli de lumière et d'inlelligence. Je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L'œil de 1 homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n'était pas dans les ténèbres qui l'aveuglent, ni dans la mortalité et les misères qui l'affligent. Mais il n'a pu soutenir tant de gloire, sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-même, et indépendant de mon secours. Il s'est soustrait à ma domination; et s'égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même , je l'ai abandonné à lui; et révoltant toutes les créatures qui lui étaient soumises, je les lui ai rendues ennemies : en sorte qu'aujourd'hui l'homme est devenu semblable aux bêtes , et dans un tel éloignement de moi , qu'à peine lui reste-t-il quelque lumière confuse de son auteur : tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées! Les sens indépendants de la raison, et souvent maîtres de
(1) Fenf., pari, ii, art. 7, n. 1
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la raison, loiil emporlé à la recherche des [)hiisirs. Toiïles les créaUires, ou l'aflligent, ou le tentent et dominent sur lui;, ou en le soumettant par leur force, ou en le charmant par leurs douceurs; ce qui est encore une domination phis terrible et plus impérieuse. (1)» «Pour moi, reprend Pascal, j'avoue qu'aussitôt que la religion chrétienne découvre ce principe, que la nature des hommes est corrompue et déchue de Dieu, cela ouvre les yeux à voir partout le caractère de cette vérité. Caria i nature, est telle qu'elle marque partout un Dieu perdu, et dans l'homme, et hors de l'honune (2). » Saisir donc l'existence du peuple jgif, et du même coup l'existence de Dieu, est pour Pascal la double vérité fondamentale, comme l'est pour Descartes saisir sa propre existence, et du même coup aussi l'existence de Dieu. La manière de philosopher de l'un, nécessaire pour compléter la manière de philosopher de l'autre, n'est bonne non plus que comme en étant le complément. Le fondement premier du vrai ne se rencontre que dans la perception intérieure des idées générales; et ce fondement ne peut être ébranlé que parce que les idées générales en nous ont perdu une partie de leur énergie naturelle, c'est-
(1) Ibid., art. 5, n. 1.
(2) Ihid., Il 5.
'lOÏ LE CAI5ÏÉSIAMS.ME.
à-dire que lespril qu'elles coiisliliieiil esl eoirompu. De là les ignorances, les ei-reurs , les niisères dont Pascal recherche la cause. Le peuple juir, en la lui apprenant, le conduit par là même à Dieu, puisipie la corruption de noire esprit vient de ce qu'il sest éloigné de l'esprit souverain. Mais où Pascal Irouve-t-il la connaissance nette de Dieu, celle de la corruplion de noire nature, celle de sa perfection oi'iginelle? Ce n'est pas sans doute dans la lettre de la Bible, car les signes ne peuvent éclairer l'esprit. S'ils l'aident à tourner sou allenlion sur les idées qui font sa nature et sur celles qui, font la nature île l'entendement divin , et à les percevoir, ils ne font ni les idées ni la perception des idées , unique source de la connaissance. Lois même qu'il s'agit de vérités surnaturelles, qui nous passent, comme l'incarnation, et les sacrements, qu'il faut croire sans les comprend le, nous ne les acceptons sur l'autorité de Dieu, que par l'idée que nous avons de lui, qu'étant la vérité essentielle, il ne saurait nous tromper.
Ainsi, au fond, Pascal ne soi't de son scepticisme qu'en se saisissant et en saisissant Dieu dans les idées générales, comme Descaries. C'est pourquoi il faut se garder de le confondre avec Montaigne, Huet, évêque d'Avranches, M. de Lamennais, et de s'iniaginei- ipiil uie la raison humaine, et tente de la renq)larer par la foi et l'autorilé sacerdo-