DK LA PHILOSOPHIE. XXVII
coiiipréhensiou des idées peut èlre ci lé pour exemple. Observons, en passant, que dans l'usage le mot idée désigne également l'idée en soi et la perception, et qu'au lieu de ce terme qui suffît seul, les auteurs mettent quelquefois idée générale, idée intellectuelle, et même idée abstraite; cette dernière expression, néanmoins, est à éviter dans ce sens, h cause de Tabus qu'en ont lait les mots, sensualistes. Mais, au reste, peu importent les pourvu que l'on saisisse bien la distinction des choses, et qu'on l'exprime clairement quand les questions rexigenl.
Survivant aux pensées particulières qu'elles contribuent à former", les idées sont les matériaux primitifs et les éléments indestructibles de nos diverses connaissances ; elles se retrouvent partout et sous toutes les formes. On pourrait les comparer au2f lettres de l'alphabet. Avec un petit nombre de caractères, on a le moyen d'exprimer les mots, les phrases, les discours, et d'entasser volumes sur volumes. Les combinaisons effectuées de ces caractères, aussi nombreusesqu'on les suppose, nempèchenl point l'existence de combinaisons nouvelles. Ainsi, avec une bien autre plénitude, les idées portent en elles-mêmes des connaissances infinies.
Toutes les idées se tiennent, se mêlent, se supposent mutuellement. Nulle n'existe sans les autres. Toutes se voient en chacune. L'idée d'unité, par
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«'xeniple, existe l-clle sans liJée de pluralilë? M y a-l-il pas un rapport essentiel de l'une à l'autre? Que d'idées secondaires se rattachent à celles-là ! et toutes ensemble ne tiennent-elles pas à la grande idée de l'être? C'est un tout indivisible. Chaque idée peut être plus ou moins appioCondie, et il y en a toujours, dans un moment donné, un grand nombie qui ne sont pas distinctement aperçues, et qui subsistent, comme nous l'avons dit. dans une sorte d'état latent. Mais veut-on la preuve (prau fond toutes les idées sont incessanmierU présentes à l'esprit, et que la pensée toute entière entre dans chacun de ses actes? Que l'on considère le jugement le plus simple: l'on y trouvera nécessairement lidée générale de l'être, et celle du rapport de Têlre aux qualités ou manières d'être, c'est-à-dire, en germe, toutes les idées et tous les raj)porls possi blés Kst-ilune seule connaissance, une seule opération inlellecluelle, (pii se puisse concevoii", si Ton ne suppose l'exislence de ces idées l'ondauienlales qui impliquent toutes les autres? Otez à un être pensant les idées, la raison s'en va, la volonté est déracinée avec elle, et l'être tout entier s'an('anlit. Les idées sont donc des pro[>riétés essentielles de l'esprit ; et le caractère des propriétés <'ssentielles, ('est de ik- pouvoii- s'acquérii' que par la naissance et se perdre que par la destruction de Irlre. Encore nue fois, ce «pii admel un dévelop-
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peiiieul. ce qui cliang*', et' qui peut élre aequis ou perdu, eo ne sont pas lès id<'es, mais les eoiv naissances, c'esl-à dire (elles ou telles comlnnaisons parliculières des idées générales.
Qnand les idées onl-elles commencé d'élre ? avec I esprit. Elles sont innées cà l'esprit, c'est-à-dire elles sont la substance môme de l'esprit. La chimère, ou d'une àme comparable à une table rase, on d'une force primitive indéteiniinée qui, n'étant d'abord ni pensante ni voulante, se donne des idées en vertu de je ne sais quelle spontanéité, doit être enfin reléguée parmi les plus creuses abstractions de la scolastique. Quedirait-on d'un physicien qui, après avoir admis Texistence d'un corps dépourvu de toutes les propriétés générales de la matière,
s'évertuerait .à expliquer conunent ce corps parvient à les acquérir l'une après l'autre, l'étendue d'abord, puis l'impénétrabilité, la figure, la pesanteur, etc.? Mais quoi! l'âme seiait-elle donc la seule substance qui n'eût rien d'essentiel et de propre?
Elle a ses propriétés, di»*a-t-on peut-être; mais pourquoi les appeler des idées? Pourquoi? parce qu'elles sont inséparables de la puissance de réfléchir, et deviennent par là un moyen universel de connaître. Un esprit embrasse tout ce qu'il est, et il ne serait pas esprit si on lui ôlail cette tendanc<^ invincible à percevoir sa nature. Voilà pourquoi
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chacune de ses qualilës esl idée, piiiK ipe de connaissance. L'èlre el l'idée de lèlre, l'activité et l'idéed'activité, le nombreel l'idée de nombre, etc., c'est tout un dans l'esprit. Si par impossible une pierre pensait, la pesanteur en elle deviendrait pareillement idée de pesanteur. Mais le caractère des èlres physiques, minéraux, végétaux et animaux, c'est justement que leurs propriétés ne sont pas susceptibles d'être acconjpagnées de force réflexive.
Non-seulement, h l'aide de ses idées ou propriétés, un être inielligenl se pense lui-même, il peut encore , selon les divers degrés où il les perçoit, connaître et se représenter par elles une infinité de choses différentes de soi. Par exemple, l'activité spirituelle ou l'idée d'activité sert pour comprendre et évaluer tous les genres d'activité que déploient autour de nous les êtres de la nature. L'esprit se porte partout avec lui-même, et c'est toujours sa substance propre qui fait le fond de ses connaissances. Comment, en effet, aurionsnous des connaissances, à quel litre seraient-elles nôtres, si notre être n'y entrait en quelque manière? Chaque pensée que je fornie, c'est à moi, et non pas à un être quelconque que je l'attribue. Mais que peut-il y avoir de moi dans chaque pensée, si tout être intelligent n'a pas des idées en propre, si la raison n'est pas individuelle et per-
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sonnolle à chacun? Oui, nous avons des idées, une raison à nous, et c'est |)ourquoi nous nous sentons présents dans toutes nos pensées, quels que soient les objets particuliers qu'elles embrassent. Mais suffit-il h la science qu'il y ait des idées en nous? Dans les connaissances de l'homme, à côté de ce qu'il lire de son propre fonds, n'aperçoit-on rien qui vienne d'une source plus élevée? Ici se découvre une nouvelle et plus vaste lumière.
Je suis, mais quelle sorte d'être trouvé-je en moi? un être contingent, né d'hier, limité, imparfait. Et cependant puis-je m' arrêter à l'idée de l'être, sans apercevoir la nécessité, l'immensité, l'éternité de l'être? La pensée ne se repose que dans cette contemplation : c'est là son état naturel. I^* esprit, jusque dans ses erreurs, n'est mu que par lattrait de la vérité; or, toute vérité, comme telle^ est absolue etinnnuable. Quelque sujet qu'on approfondisse, l'essor de la méditation nous ravit à nous-mêmes. Cette pensée, qui prend son point d'appui dans une nature faible et débile, voit bientôt s'étaler à ses regards la substance dans sa plénitude, avec une intelligence infinie, une activité manifestée tout entière, et qui, se maintenant toujours dans la même perfection, est l'ordre et la beauté inaltérable; éternel fondement de toutes les vérités, puissance souveraine, raison, principe et fin des êtres, cause antérieure et supérieure h
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loulc aiilro. Piiis-je me rcconnaîlro encore dans (es incomparables aUril)iils?Nc faul il pas que je sois sorti de moi-même pour aller contempler une autre nature que moi , ou i>lutôt ne faut-il pas que cette nature, en influant sur la mienne, attire incessamment vers elle mon regard intérieur? Ne seiait-il pas absurde de dire que la pensée est sans objet, alors qu'elle éclate dans sa force et dans sa splendeur? Si je suis attentif, je les retrouverai tlans toutes mes connaissances, ces éléments intelligibles d'un autre ordre, ces idées plus vastes et plus pleinement représentatives, qui se mêlent aux miennes, qui les pénètrent et les enveloppent de toutes parts Elles ne peuvent être des propriétés de mon esprit, encore moins appartenir à la nature physique; nécessairement, elles sont les propriétés d'un esprit absolu comme elles, d'un esprit souverainement parfait ou de Dieu.
Ainsi, chacune de nos idées a sa correspondante en Dieu et nous rattache à lui; c'est-à-dire qu'il existe deux sources d'idées, lune en nous et l'autre en Dieu, et que les idées qui nous appartiennent dépendent immédiatement de celles qui appartiennent h Dieu. La substance intelligible divine soutient et fortifie la nôtre. Dieu pense avec nous, et il a même plus de paît que nous dans chacune de nos pensées. Entre notre raison et la sienne la comnmnication est directe el de tous les instants.