‹ Le CartésianismeChapitre 6 sur 46 · DR LA PHILOSOPHIK. XXXI II · texte numérisé non relu

DR LA PHILOSOPHIK. XXXI II

Les idées divines, modèle incréé des nôtres, sont la vérilable el dernière mesure de toutes choses; il faut aller jusqu'à elles pour rencontrer une certitude inébranlable. Dieu est le centre commun des intelligences. C'est en lui que nous venons coniempler à notre tour les vérités éternelles dont se nourrit, sans les diminuer, chaque génération qui passe. Unie à la raison divine, son principe et sa règle , notre raison , sans cesser de nous être personnelle, acquiert une irrécusable autorité.

11 ne faut pas voir dans ce rapport de l'âme avec Dieu quelque chose de surnaturel et de mystique C'est une condition essentielle de la pensée : que Dieu se retirât entièrement d'un esprit, de fait il l'anéantirait. Mais si l'alliance ne peut jamais être tout à fait rompue, elle est plus ou moins éiioile, suivant le bon ou le mauvais usage que font de leur liberté les créatures intelligentes. A mesure qu'elles s'éloignent de la source de lumière, leur raison s'obscurcii, el meurt à la vie de la vérité.

Voilà cette union avec Dieu, dont la plénitude fit la grandeur et la félicité de l'homme dans Tétai primitif, qui, affaiblie par la chute, quoique non entièrement brisée, le laissa pauvre ef dénué, que le Christ CvSt venu rétablir, que le régime violent de la théocratie, au Moyen Age, resserra pour l'in- I. c

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(livklu, iJt naître puiir les peuples, el qui. enfin renouée et affermie à jamais, doit répandre de plus en plus sur le monde la science, la vertu, les richesses et la liberté.

L'homme qui a su descendre profondément en lui-même, nest pas moins certain de l'existence de Dieu que de sa propre existence. Se connaître et connaître Dieu, fun implique l'autre, lun est impossible sans lautre, el tous les deux forment la philosophie véritable. On voit qu'elle est tout entière dans la comiaissance de la iialme el de l'origine des idées. Tous les faux systèmes de raé taphvsique ont pour cause une erreur sur ce poinl capital. En effet, placez les idées exclusivement en Dieu, la science et la raison nous deviennent étrangères; les esprits particuliers, ne conservant rien de substantiel, ne &ont plus que des moditica- (ions de l'esprit absolu, et l'on, est entraîné au panthéisme. Concentrez les idées en nous seuls, et à moins de les affaiblir, de les dénaturer, de les réduire à des formes vides, stérile ressource des péripatéliciens, vous serez poussés à cet extrême de proclamer le moi Dieu , ce qui ramène le panthéisme par un autre détour. Descendrez-vous jusqu'à faire venir les idées du dehors par les sens, vous voilà condamnés à matérialiser l'âme, quand même, par un raffinement de sensualisme qu'on a inventé de nos jours, vous chercheriez à ennoblir

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celle origine en y mêlant Taciion sociale el l'in- Jliience du langage. Paiierai-je des conséquences morales, politiques el religieuses, qui découlent de ces trois manières exclusives d'envisager les idées? Elles sont connues, elles trahissent et dénoncent Terreur des principes. On ne saurait les éviter que dans la philosophie des idées, dont le principe, quoique unique, renferme à la fois Tinnéité, la vision en Dieu, el l'influence secondaire de la nature et de la société ; c'est la seule qui soit en harmonie avec les besoins et les espérances du genre humain.

Je suppose un lableau capable de représenter, en aussi peu d'espace que l'on voudra, à l'aide de certains traits permanents qui se combinent, se resserrent et s'étendent selon les occasions, tous les êtres, toutes les figures, tous les événements. Voilà, direz-vous, un merveilleux lableau. Ce n'est pas tout encore. Animons ce lableau, donnons-lui la puissance de réfléchir. En se considérant, il verra qu'il représente toutes choses, et que celle représentation universelle, c'est lui-même. Pour coiinaîlre les objets, il n'aura qu'à se regarder; seulement il ne serait point porté à le faire et à considérer la partie de lui-même qui correspond aux différents objets, si ceux-ci n'exerçaient sur lui quelque influence. En général ce n'est que dans un certain état el en l'absence de tout ob-

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slacle extérieur, qu'il jouit coiiipléiinient tic f.i puissance de se contempler soi-même. Mais aussi, lorsqu'il l'exerce dans sa plénitude et en toute liberté, il reconnaît avec admiration qu'il n'existe et ne jouit de la lumière que par l' influence féconde d'un soleil toujours visil)le, dont les rayons, -dès le principe , ont gravé en lui tout ce qu'il est, et continuent d'entretenir et d'aviver l'empreinte primitive. Ce qui est ainsi gravé par les rayons du soleil, c'est limage du soleil lui-même, type et original suprême oîi subsiste éternellement vivant ce qui n'est qu'en peinture dans le reste des êtres. Aussi le tableau n'a qu'à porter ses regards A'ers le centre lumineux dont l'éclat l'environne, pour être assuré qu'il représente des choses réelles, et non pas de vaines ond^res. Ajoutons que l'astre créateui' éclaire à la fois une infinité de tal)leaux pensants. Ajoutons, si l'on veut, que, parmi ces tableaux, les uns aperçoivent distinctement ce qui les éclaire, les autres sont tellement occupés à se regarder, ou à regarder au-dessous d'eux, qu'ils ne voient pas d'où leur vient la lumière, quelquefois même s'imaginent follement que le soleil n'existe pas. Comprenons donc, images TÎvantes d'un Dieu, la dignité de la pensée. Reconnaissons dans notre esprit un reflet pale, mais réel, de la lumière incréée, et attachons nous à contempler d'aussi près que possible le vrai so-

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IimI des intelligences, qui illumine tout homme venanl en ce monde.

Quand on éiudie les idées en elles-mêmes, qu'on les voit en Dieu comme dans leur source première, et en nous comme dans leur source seconde, on a une science de réalités, c'est la métaphysique. Hors de là, on se perd dans les mots, les subtilités, les chimères, dans la logique, l'ontologie, tout ce qui est propre h décrier la philosophie auprès des hommes de sens, qui n'en con naissent que ces contrefaçons scolastiques. La logique, œuvre du génie formuliste d'Arislole, se Halte d'étudier les lois de la pensée, abstraction laite du sujet qui pense et des objets pensés. C'est oe qu'on appelle en Allemagne, de la logique pure ou formelle. J'aimerais autant étudier un pays, abstraction faite du sol, du climat et des habitants. A côté de la logique, florissait l'ontologie, que dis-je? llorissail; l'une et l'autre ne sont encore aujourd'hui que trop florissantes. L'ontologie étudie les èlies et leurs propiiétés générales en elles-mêmes, et non pas dans les idées qui sont les premières réalités et la raison de toutes les autres. Encore une fois, ces creuses et bizarres conceptions sont la ruine de la [)hilosophie.

Puisque les idées constituent l'esprit, et qu'il nous est donné de les pénétrer par une forte réflexion, on peut arriver i)ar elles jusqu au fond de

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