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l'esprit, jusqu'à la substance, et la vue de ce que sont les choses en elles-mêmes préparera notre pensée à s'arrêter sur l'infini.
La théorie de la substance et celle de l'infini ont été traitées par l'auteur dans deux opuscules à part, qui se trouvent imprimés à la suite du Cartésianisme; ce sont des morceaux écrits, non pour être lus, mais pour être médités. Je me borne ici à quelques points essentiels; on verra qu'ils sont indispensables pour compléter la théorie des idées, qui cache son véritable fondement dans ce^ profondeurs métaphysiques.
Parmi nos idées, les unes représentent ce qui suppose l'inertie, la divisibilité, ce qui peut s'évaluer en nombre, comme la longueur, la distance, la durée ; les autres représentent ce qui suppose l'énergie, l'indivisibilité, ce qui n'admet que des différences d'intensité , et ne saurait s'évaluer en nombre, comme le plaisir, la beauté, le droit, la vérité, la santé. On peut, avec Malebranche. appeler les premières, idées de grandeur, et les secondes, idées de perfection. Évidemment cette division comprend toutes les idées. Or, c'est là une différence essentielle qui ne tient pas à des combi naisons logiques, mais à la nature des choses. Il est impossible de rattacher à une racine commune les idées de grandeur et les idées de perfection. Conimenl concevoir, en effet, que l'âme pût trouver les
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unes el les aiUies, si je puis le dire, dans une seule et même partie d'elle-même? Ce qui entre d'elle dans les idées de perfection, diffère donc essentiellement de ce qui entre d'elle dans les idées de grandeur, et il faut que, dans sa parfaite unité, elle renferme deux éléments tout à fait distincts, quoique inséparables, l'un, auquel se rapportent les idées de grandeur, c'est la quantité; l'autre, auquel se rapix)rtent les idées de perfection, c'est la vie ou la force. La quantité est un principe de tixité, de mesure, de détermination; la vie est un principe de liaison el de manifestation.
Mais qu'on y prenne garde, chacun de ces deux éléments a besoin d'être uni à l'autre pour exister réellement et avoir ses effets propres; il en est de même des deux ordres d'idées qu'ils engendrent : les idées de perfection et celles de grandeur ne se produisent point les unes sans les autres.
La quantité pure, de soi inerte et divisible sans fin, se dissoudrait et se dévorerait elle-même, s'il n'*existait aucune force pour en lier et en retenir les parties. La vie, à son tour, l'activité pure, ne trouvant point dans la quantité une règle, une mesure, un point d'appui, ne pourrait se déterminer en aucune sorte et demeurerait à jamais insaisissable. Donc, l'âme ne possède la vie qu'à la condition dé posséder la quantité, et la quantité qu'à la condition de posséder la vie; elle n'est
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une substance véritable que par la réunion de J'un et (le l'autre de ces deux éléments. Ce qui est vrai de notre âme s'applique de soi-même à toutes les autres substances, à Dieu comme aux êtres physiques. Déjà Malebranche a reconnu en Dieu la quantité ou étendue intelligible. On admet généralement aujourd'hui une activité véritable jusque dans les corps bruts, oii elle subsiste avec l'inertie, qui exclut toute spontanéité, mais non pas toute manifestation de force.
J'entends les objections (1) : placer la quantité, l'étendue, dans l'âme et en Dieu, n'est-ce pas tout rendre corporel? n'est-ce pas tomber dans le matérialisme, ou professer un spiritualisme contradictoire? Nul doute, si l'on n'admet qu'une seule espèce d'étendue, si celle qu'on place dans l'esprit est, comme l'étendue matérielle, bornée, contingente , composée de parties qui peuvent exister les unes sans les autres. Mais qui donc nous persuaderait qu'il n'y a pas d'autre étendue
(1) On n'a pas eu à inventer ces objections; elles se sont produites au sein de l'Acndémie des Sciences morales et politiques, qui a honoré de ses suffrages le livre de M. Bordas-Denioulin. Voir, dans le Moniteur du A et du 6 octobre 18iil, le rapport de M. Damiron, membre de l'Académie. Il est à regretter que M le rapporteur n'ait pu avoir sous les yeux la Théorie de la Substance, ou le sujet a reçu les développements qui lui manquaient dans le Cartésianisme. Nous aimonsjil'ailleurs à reconnaître tout ce que M. Dau)iron apporte de modération dans ses jugements, i:t de consciencieuse exactitude dans si s analyses.