‹ Le CartésianismeChapitre 9 sur 46 · XI.VIIl LA RÉFORMATIOX · texte numérisé non relu

XI.VIIl LA RÉFORMATIOX

en effet, et les propiiélés vitales admettent une infinité,de degrés, de déterminations particulières; autant de différences caractéristiques, autant d'individus possibles, et par conséquent un nombre infini. Ainsi dans l'infinité de cercles particuliers ix)ssibles, tous différenciés parla longueur du rayon, vous retrouverez toujours la propriété fondamentaled'avoirtouslespointsàégaledistanceducentre. Ainsi encore, l'idée de vertu renferme non-seulement une infinité de manières d'être vertueux, mais autant d'infinités qu'il y a de vertus particulières, justice, piété, courage, etc., ce qui nous montre dans l'espèce un infini qui est une partie de l'infini du genre.

Tout le particulier est en germe dans l'universel, et toujours l'universel se retrouve dans le particulier, qu'il porte et qu'il soutient. L'idée, considérée dans sa réalité substantielle, renferme né- ' cessairement l'un et l'autre de ces deux éléments Il est clair qu'aucun d'eux ne peut exister à part et complètement isolé de l'autre. Que serait l'individuel puret non vivifié par la présence de l'universel? Ce serait le degré de détermination sans rien à quoi la détermination s'applique, une incompréhensible chimère. Il semble d'abord que l'universel soit plus indépendant des termes individuels. En effet, il ne dépend d'aucun d'eux en particulier, mais il dépend de leur enseml)le. Il en

DE LA PHII.()SOI»HIK. M. IX

esl riuiilé, la raison d'èlre. Donc, ^'ils disparaissent, il n'a plus de fondenienl. il disparaît avec eux. Les um'vet'savx, séparés de tout élément individuel, n ont jamais existé que dans l'imagination des scolastiqnes.

Mais autre chose esl la nature des idées en soi , autre chose la percej^tion ou la connaissance actuelle que nous pouvons en avoir. Jamais nons n'embrassons les idées dans lenr phMiitude; selon les besoins de la pensée, nous nous attachons à saisir tel ou tel côté des choses, tantôt le général, tantôt le particulier. Dans la nature éternelle des idées, le genre est inséparable des espèces el des individus; il se produit en eux, connue ils sont contenus en lui. Mais dans nos conceptions, nous pouvons nous représenter un individu d'un genre donné, sans nous représenter distinctement les antres individus el l'unité du genre. Toutefois on dirait que la pensée se sent à l'étroit dans les conceptions individuelles, et elle passe bientôt à l'élément général (jui s'y trouve implicitement renlérmé. 11 lui esl plus facile de considérer exclusivement ou d'abstraire l'universel, parce qu'il renfei'me la raison dernière des choses el le fondement principal de la science. L'abstraction, au reste, n'est jamais complète, el si Ton passe facilement du particulier à 1" universel , on i)eut aussi redescendre de l'universel au paiticulier. I. u

L LA RÉIORMATION

C'est ainsi que l'on ohlienl ce que l'usage permet d'appeler des idées individuelles et des idées générales abstraites. Mais en réalité ce ne sont là que des parties didées, auxquelles l'esprit s'arrête pour les mieux considéier et pour ménager ses foi'ces.

11 n'y a rien, dans la science humaine, au delà des sujets que nous venons de toucher, et pour s'y fixer, la pensée a besoin de se faire une espèce de violence; mais aussi ils offrent un intérêt austère qui captive les fortes intelligences. La profondeur n est pas le seul caractère qui dislingue les théories de M. Bordas-Demoulin; que de belles et saisissantes explications n'a-t-il pas su en tirer ! C'est un jour nouveau qui environne les hautes questions de la philosophie, les huies éternelles des systèmes et la marche de la civilisation. Si des vérités abstraites sont toujouis difficiles à saisir, tant de vastes conséquences leui- renvoient la lumière, et achèvent de former la conviction dans les esprits. Fortifiée par les théories de la substance etde linfini. lantique doctrine des idées reparaît, bravant les objeciions, et avec elle se relève la mélai)hysique, capable encore de diriger l'esprit humain.

L'ouvr;i2e entier de M. Bordas-Demoulin est dominé par ces grands principes. Il faut mainlenanl les voir en action, dans le cartésianisme, se

DE LA l'IiiroSOPMIS:. I !

iHclanl à tuiil [toui" tout éciaiier, philosophie, physi(}iie , nialhéiualifjues , et recevant de l'histoire iineconlimielle et imposante condiniation. Au milieu de tant de sujets divers qu'eud^i-asse le plan de l'auteur, je n'insisterai que sur ceux qui semblent de nature à piovo(|uer la discussion, ou dont l'importance pî]i1osophi<}ue mérite d'être pai-liculièrement signalée.

Quand on considère en quoi consiste la philosophie, on a de la peine à comprendre les prodigienx eiïorls qu'il faut pour la faire naître el pour la soutenir. Se connaître soi-même, voir ce qu'on est, (|uoi de plus simple en apparence, quoi déplus naturel à uu è!re intelligent? Cependant ijiterrogez l'histoire; elle vous dira pendant combien de siècles la science de l'homme est restée inconnue à l'homme; àquelpi'ix, par quel douleureux enfanlemeni elle a été mise au jour ponr ne brillei- qu'un instant, et ne reparaître dans sa \érilé qu'à de longs intervalles. Étrange condition que la nôtre! L'honniie semble perpétuellement hors de soi et comme exilé de lui même; les sens le maîtiisent et l'égarenl, les passions le déchirent et le dispersent, les préjugés l'aveuglent et l'oppriment. Voilà de quels ennemis il faut triompher, quelle foimidable ligue il faut rompre, si l'on veut rentrer en soi, et en quelque sorte se trouver soi-même. Ne nous étonnons donc plus que les révolutions in-

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