‹ Le cartesianisme, ou, La veritable renovation des sciencesChapitre 14 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Optimisme.

Après avoir considéré les idées, les substances spiriluelles et corporelles, l'union de Tâme et du corps, la révolution survenue en nous dans la chute primitive, les éléments, la terre et les cieux, enfin les choses en particulier et en elles-mêmes, voyons leur ensemble et leur rapport avec Dieu.

Descaries enseigne que Dieu n'a aucune idée

nï LE CARTÉSIANISMK.

des choses qu'il crée. « Il répugne, dit-il, que la volonté de Dieu n*ait pas été de toute éternité indifférente à toutes les choses qui ont été faites ou qui se feront jamais, n'y ayant aucune idée qui représente le bien ouïe vrai, ce qu'il faut croire, ce qu'il faut faire, ce qu'il faut omettre, qu'on puisse feindre avoir été l'objet de l'entendement divin, avant que sa nature ait été constituée telle par la détermination de ^ volonté. Et je ne parle pas ici d'une simple priorité de temps, mais bien davantage, je dis qu'il a été impossible qu'une telle idée ait précédé la détermination de la volonté de Dieu par une priorité d'ordre, ou de nature, ou de raison raisonnée, ainsi qu'on la nomme dans l'école, ^n sorte que cette idée du bien ait porté Dieu à élire l'un plutôt que l'autre. Par exemple, ce n'est pas pour avoir vu qu'il était meilleur que le monde fût créé dans le temps que dans l'éternité, qu'il a voulu le créer dans le temps ; et il n'a pas voulu que les trois angles d'un triangle fussent égaux à deux droits, parce qu'il a connu que cela Yie se pouvait faire autrement, etc.; mais au contraire, parce qu'il a voulu créer le monde dans le temps, pour cela il est aussi meilleur que s'il eût été créé dès l'éternité ; et d'autant qu'il a voulu que les trois angles d'un triangle fussent nécessairement égaux à deux angles droiis, pour cela, cela est maintenant vrai, et il ne peut pas être autrement, et ainsi de toutes les aîu-

ires. choses (1). Et ailleurs il n' hésite point à déclarer : « qu'il a été aussi hbre à Dieu de faire qu'il ne fût pas vrai que toutes les lignes tirées du centre à la circonférence fussent égales, comme de ne pas créer le monde (2).» Conséquemment il ne veut point qu'on « s'arrête à examiner les fins que Dieu s'est proposées en créant le monde; car nous ne devons pas tant présumer de nous que de croire qu'il nouià ait voulu faire part de ses conseils (3). » L'expression faire part de ses conseils est remarquable ^ signifiant que nous ne pouvons les connaître qu'autant qu'il plaît à Dieu de nous les découvrir. En effet, s'il n'a point en lui uneraison qu'il consulte et que nous puissons aller consulter par la nôtre intérieurement et directement, le moyen que nous sachions ce qu'il veut, à moins qu'il ne nous le dise? Mais que devient alors le principe de la véracité divine, sur lequel nous avons vu Descartes appuyer la certitude de nos idées de Dieu et des autres choses, quand elles sont claires et distinctes? Il est renversé. Ce n'est plus seulement à l'égard des corps, mais de tout, qu'il nous faut une révélation, afin d'être cerlain que Dieu ne peut vouloir nous tromper. L'idée de perfection infinie, qui nous représente Dieu, cesse.

(1) OEttV., t. II, p. 348. Méd. rep,, obj, 6V

(2) T. VI, p, 308. LeUres.

(3) PrinCy part, i, art. 28.

(Pêtre une garantie, dès qu'enfermée tout enlière dans notre entendement, elle n'est plus conlemplée dans Tentendement divin, où elle jouit d'une existence essentielle. Ici Descartes se sape luimême dans son fondement. Si Dieu ne possède point en soi une raison qu*il interroge, il agit arbiirairement, il n'a point de dessein; il n'est qu'une puissance aveugle. Descartes l'avoue touchant la nature physique, bien que, par une de ces inconséquences à lui familières, il assure que notre corps est formé avec un art au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer (1), et que Dieu a disposé toutes choses en nombre, poids et mesure (2). « Que Dieu, dit-il, ne crée que la matière et y établisse les lois du mouvement, qu'il en compose même un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, et ces lois seront suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'ellesmêmes, et se <lisposent en si bon ordre, qu'elles auront la forme d'un monde très-parfait, et dans lequel on pourra voir tout ce qui paraît dans ce vrai monde (3). » Or, (;es lois, qui dérivent de l'essence de la matière ou de l'étendue mise en mouvement, ont une nécessité géométrique qu'elles portent dans tout ce qui se (ait, puisque, d'après

(1) QEtti7.,t. IV, p. 336. De V Homme.

(2) rfctU, p. 263. Le Monde^ cli, vu.

(3) JM<2.,ch. VI, p. '250. •

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Descartes^ tout résulte d'elles, sansqu'il soit besoin d'une intervention particulière de Dieu. Que telle soit sa pensée, écoutons. Après quelques suppositions sur la g)?andeur et le mouvement que Dieu aurait donnés aux parties de l'étendue, il ajoute : « 11 importe fort peu de quelle façon je suppose ici que la matière ait été disposée aucommencement, puisque sa disposition doit par après être changée suivant les lois de la nature, et qu'à peine en saurait-on imaginer aucune de laquelle on ne puisse prouver que par ces lois elle doit continuellement se changer, jusqu'à ce qu'enfin elle compose un monde entièrement semblable à celui-ci , bien que peut-être cela serait plus long à déduire d'une supposition que d'une autre. Car ces lois étant cause que la matière doit piendre successivement toutes les formes dont elle est capable, si on considère par ordre toutes ces formes, on pourra enfin parvenir à celle qui se trouve à présent en ce monde. Ce que je mets ici expressément, afin qu'on remarque, qu'encore que je parle de suppositions, je n'en fais néanmoins aucune dont la fausseté , quoique connue, puisse donner occasion de douter de la vérité des conclusions qui en seront tirées (1).»

Newton dit vrai : « C'est à celui qui a créé les

(t) Princ,^ part, m, arU 47.

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