‹ Le cartesianisme, ou, La veritable renovation des sciencesChapitre 15 sur 36 · II · texte numérisé non relu

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particules de la matière qu'il appartenait de les mettre en ordre. Et s'il l'a fait, ce n'est pas agir en philosophie que de rechercher aucune aulre origine du monde, ou de prétendre que les simples lois de la nature aient pu tirer le motide du chaos, quoique étant une fois fait , il puisse continuer plusieurs siècles par le secours de ces lois. Car, tandis que les planètes se meuvent en tous sens dans des orbes extrêmement excentriques , un destin aveugle ne saurait jamais faire mouvoir toutes les planètes en un même sens dans des orbes concentriques, à quelques irrégularités près de nulle impor- ^ tance, lesquelles peuvent provenir de l'action mutuelle entre les comètes et les planètes, et qui seront sujettes à augmenter, jusqu'à ce que ce système ait besoin d'être réformé. Une uniformité si merveilleuse dans le système planétaire doit être nécessairement regardée comme l'effet du choix. Il en est de même de l'uniformité qui parait dans les corps des animaux ; car » en général, les animaux ont deux côtés, l'un droit, l'autre gauche, formés de la même manière; et sur ces deux côtés, deux jambes par derrière, et deux bras, ou deux jambes, ou deux ailes, par devant, sur leurs épaules ; et entre leurs épaules un cou qui lient par en bas k l'épine du dos avec une tête par-dessus, où il y a deux oreilles, deux yeux, un nez, une bouche et une langue, dans une égale si-

tualion. Si après cela, vous considérez à part la première formation de ces mêmes parties dont la structure est si exquise, comme celle des yeux, des oreilles, du cerveau^ des muscles, du cœur, des poumons, du diaphragme, des glandes, du larynx, des mains, des ailes, de la vessie d'air qui soutient les poissons dans l'eau, des membranes pellucides dont certains animaux se couvrent les yeux à leur gré et qui leur tiennent lieu de lunettes naturelles, et la formation des autres organes des sens et du mouvement; si vous joignez à ces considérations celle de Tinslinct des brutes et des insectes, vous conviendrez que tout cet artifice ne peut être que TefTet de la sagesse et de Fintelligence d'un agent tout-puissant, toujours vivant et présent partout (1). » Quoique vulgaires et uniquement prises dans la physique et l'histoire naturelle, ces considérations ne manquent pas de force contre le passage de Descartes. En présentant le mouvement des planètes dans un même sens, comme une preuve de la Providence , Newton a plus raison qu'il ne croit lui-même, puisque ce mouvement fait que les variations séculaires des excentricités et des inclinaisons des orbites, sont renfermées dans d'étroites limites. S'il avait songé à l'incommensurabilité des moyens mouvements, qui ne permet

(I) Op,, quest. 31. — Scolie à la fin du livre des Principes,

Go0gle

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aux grands axes que des variations périodiques, il aurait eu les deux conditions de la stabilité du système du monde, qui^ par conséquent, est affranchi du besoin d'être réformé.

Mais c'est à Leibnitz qu'il appartenait de combattre l'opinion de Descartes par des réflexions puisées dans un ordre supérieur. « Après avoir, dit-H, détourné les philosophes de la recherche des causes finales, ou, ce qui est la même chose, de la considération de la sagesse divine dans Tordre des choses, qui, à mon avis,' doit être le plus grand but de la philosophie. Descartes en fait entrevoir la raison dans un endroit de ses Principes, où, voulant s'excuser de ce qu'il éemble avoir attribué arbitrairement h la matière certainés figures et certains mouvements, il dit qu'il a eu droit de le faire, parce que la matière prend successivement toutes les formes possibles, et qu'ainsi il a fallu qu'elle soit enfin venue à celles qu'il a supposées. Mais si ce qu' il dit est vrai, si tout possible doit arriver, et s- il n'y a point de fiction , quelque indigne et absurde qu'elle soit, qui n'arrive en quelque temps, ou en quelque lieu de l'univers, il s'ensuit qu'il n'y a ni choix ni Providence : que ce qui n'arrive point est impossible, et que ce qui arriye est nécessaire. Justement comme Hobbes et Spinosa le disent en termes plus clairs. Aussi peut-on dire que Spinosa n'a fait que cul-

tiver certaines semences de la philosophie de M. Descartes (1).» Nul doute, établir la fatalité dans le monde des corps, c'est l'établir dans le monde des esprits, c'est l'établir en Dieu; c'est supposer que les choses sortent de lui par un mouvement brute, comme l'eau d'une source. Si Dieu est intelligent et libre, rien n'^existe où n'éclate l'intelligence et la liberté, c'est-à-dire, la prévoyance et le choix; et si on prétend que la prévoyance et le choix manquent quelque part. Dieu n'est point intelligent et libre; car embrassant tout, il se montre partout selon ce qu'il est. Par la fatalité dans la formation et l'arrangement des corps, comme par leur inactivité, Descartes tend donc au panthéisme.

Croit -on que cette doctrine appartienne au même homme, qui, avec l'idée de perfection infinie, considérée comme constituant le fond de la pensée, a prouvé l'existence de Dieu avec une vigueur de raisonnement dont pn n'avait peut-être pas encore vu d'exemple, et qui, à la fin, « s'arrête à la contemplation de ce Dieu tout parfait, considère, admire, adore l'incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de son esprit, qui en demeure en quelque sorte ébloui, le lui pourra permettre , » et qui compare cette

(1) Op., t. II,p.îû5.

contemplation à la vision béatifique de T autre vie(l) ! Cette immense lumière dont il demeure en quelque sorte ébloui, n'est pas sans doute dans la volonté divine, laquelle d'ailleurs il enseigne, ou du moins il insinue, ne nous être ppint connue, si Dieu ne nous la déclare. Spinosa approuve ceux qui ne voient dans l'entendement de Dieu, dans sa volonté et dans sa puissance, qu'une seule et même chose. Dieu, dit-il, n'a point l'entendement ni la volonté, comme nous (2) ; ils ne sont, chez lui, que comme le repos et le mouvement (3). Aussi avance-t-il que faire tout dépendre d'une certaine volonté indifférente de Dieu, c'est moins errer que de le faire dépendre de la raison du bien (4). Pour être d'accord avec Spinosa sur les conséquences, il ne resterait à Descartes que d'être d'accord avec soi-même.» En Dieu, suivant lui, c'est la même chose de vouloir, d'entendre et de créer, sans que l'un précède l'autre, nequidem ratione (5). » Régis qui, en cela, le suit, disant «qu'afin qu'une chose soit concevable à Dieu, il est absolument

(1) Fin de la troisième MédiUtion.

(2) « Ad naturam Deineque inteUectuoiy neque roluntatem pertinere. » Eih.^ fi. 1, prop. 17, scol.

(3) « Voluntatem et intellectum ad naturam Dei ita se tiabere ut motus et quieB, et al)solute ut omnia naturalia quae a Deo ad existendum et operandum cer^o modo determinari debent. » Ihid.^ prop. 32, corol. 2.

(4) IWd., prop. 83, scol. 2.

(5) T. VI, p. 508.

nécessaire qu'elle reçoive de sa volonté ce degré de vérité et de réalité qu'elle possède (1) , » Régis confond de même, F intelligence et la volonté avec la puissance (2). Cependant il veut que Dieu ait produit les premières plantes et le premier couple d'animaux de chaque espèce (3).

Malebranche oppose la doctrine contraire, et lui qui pousse Descartes au panthéisme par un autre côté, l'en détourne par celui-ci. « Il est absolument nécessaire, dit-il, que Dieu ait en lui l'idée de tous les êtres qu'il a créés, puisque autrement il n'aurait pas pu les produire, et quainsi il voit tous les êtres, en considérant les perfections qu'il renferme, auxquelles ils ont rapport (4). Il renferme en soi les idées de toutes choses et leurs rapports infinis, généralement toutes les vérités (5), c< Il a vu de toute éternité tous les ouvrages possibles et toutes les voies possibles de produire chacun d'eux : et comme il n'agit que pour sa gloire, que selon ce qu'il est, il s'est déterminé à vouloir l'ouvrage qui pouvait être produit et conservé par des voies qui, jointes à cet ouvrage, doivent l'honorer davantage que tout autre ouvrage

(1) Système de phil. métaphys,^ Ht. I, part. x,ch. viii.

(3) Ihid.^ ch, VIII, ix, x.

(S) Ihid., Phys., liv. VI, ch. xii; liv. VII, ch. i.

(û) Rech. de la Vériié, liv. III, pari, ii, ch. vi.

(5) Enlr. met., VIÎI, 13.

produit par toute autre voie (1). » « Il faudrait maintenant examiner quelle a dû être la première impression de mouvement par laquelle Dieu a forme tout d'un coup l'univers pour un certain nombre de siècles, car c'est là, pour ainsi dire, le point de vue d'où je veux vous faire regarder et admirer la sagesse infinie de la Providence sur l'arrangement delà matière... Que le premier pas de la conduite de Dieu, que cette première impression de mouvement que Dieu va faire, renferme de sagesse ! que de rapports, que de combinaisons de rapports! Certainement Dieu, avant cette première impression, en a connu clairement toutes les suites, et toutes les combinaisons de ces suites; non-seulement toutes les combinaisons physiques, mais toutes les combinaisons du physique avec le moral, et toutes les combinaisons du naturel avec le surnaturel. Il a comparé ensemble toutes ces suites avec toutes les suites de toutes les combinaisons possibles dans toutes sortes de suppositions. Il a, dis-je, tout comparé dans le dessein de faire Fouvrage le plus excellent par les voies les plus sages et les plus divines. Il n'a rien négligé de ce qui pouvait faire porter à son action le caractère de ses attributs; et le voilà qui, sans hésiter, se détermine à faire ce premier pas. Tâ-

(1) Ibid.y IX, 10.

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chez de voir où ce premier pas conduit. Prenez garde qu'un grain de matière, poussé d'abord à droite au lieu de Têlre à gauche, poussé avec un degré de force plus ou nK)ins grand, pouvait tout changer dans le physique, de là dans le moral, que dis-jeî dans même le surnaturel. Pensez donc à la sagesse infinie de celui qui a si bien comparé et réglé toutes choses, que dès le premier pas qu'il fait, il ordonne tout à sa fin, et va majestueusement, invariablement, toujours divinement, sans jamais se démentir, jusqu'à ce qu'il prenne possession de ce temple spirituel qu'il a construit par Jésus-Christ, et auquel il rapporte toutes les démarches de sa conduite (1). » Avec un style qui rappelle Platon, Malebranche emploie les 10% 11*, 12«^ Entreliens k dévoiler cette sagesse dans l'infiniment grand et l' infiniment petit qu'enferme l'univers matériel, dans les merveilles des cieux, des animaux, des plantes, dans les merveilles de l'union de l'âme avec le corps, de son union naturelle et surnaturelle avec la raison souveraine, dans les merveilles de l'efficacité de la cause efficiente ou volonté divine, déterminée par les causes occasionnelles, telles que le choc des corps, les désirs des créatures pensantes, ceux de l'âme humaine de Jésus-Christ; et transporté d'admiration, il s'é-

(1) 16id.,X, 17.

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crie : « Que Dieu est admirable dans ses œuvres! que de profondeurs dans ses desseins ! que de rapporls^ que de combinaisons de rapports il a fallu comparer, pour donnera la matière cette première impression qui a formé l'univers avec toutes ses parties, non pour un moment, mais pour tous les siècles! que de sagesse dans ia subordination des causes, dans l'enchaînement des effets, dans l'union de tous les corps dont le monde est composé, dansles combinaisons infinies, non-seulement du physique avec le physique, mais du physique avec le moral, et de l'un et de l'autre avec le surna^ turel.

a Si le seul arrangement de la matière^ si les effets nécessaires de certaines lois de mouvement très-simples et très- générales, nous paraissent quelque chose de si merveilleux, que devons-nous penser des diverses sociétés qui s'établissent et se conservent en conséquence des lois de l'union de l'âme et du corps? que jugerons-nous du peuple juif et de sa religion, et enfin de l'Église de Jésus- Christ? que penserions-nous de la céleste Jérusalem, si nous avions une idée claire de la nature des matériaux dont sera (construite cette sainte cité, et que nous puissions juger de l'ordre et du concert de toutes les parties qui la composeront? Car enfin, si avec la plus vile des créatures, avec la matière, Dieu a fait un monde si magnifique, quel

ouvrage sera-ce que le lemple du vrai Saloinon, qui ne sera construit qu'avec des intelligences? C'est le choc des corps qui détermine Tefficace des lois naturelles; et cette cause occasionnelle, tout aveugle el simple qu'elle est, produit, par la sagesse de la providence du Créateur, une infinité d'ouvrages admirables. Quelle sera donc la beauté de la maison de Dieu, puisque c'est une nature intelligente, éclairée de la sagesse éternelle et subsistant dans cet te même sagesse, puisque c'est Jésus- Christ qui détermine l'efficace des lois surnaturelles par lesquelles Dieu exécute ce grand ouvrage? Que ce temple du vrai Salomon sera magnifique ! Ne serait-il point d'autant plus parfait que cet univers, que les esprits sont plus nobles que les corps, et que la cause occasionnelle de l'ordre de la grâce est plus excellente que celle qui détermine l'efficace des lois naturelles? Assurément, Dieu est toujours semblable à lui-même. Sa sagesse n'est point épuisée parles merveilles qu'il a faites. Il tirera sans doute de la nature spirituelle des beautés qui surpasseront infiniment tout ce qu'il a fait de la matière (1). »

Toutes les fois que l'occasion se présente, Malebranche insiste sur l'impossibilité que les corps organisés, et même les autres, résultent des lois seules

(1) lhid.,\U, imrod.

(lu mouvement. « On ne comprend pas, selon lui, qu'une machine composée d'une infinité d'organes différents, parfaitement bien accordés ensemble et ordonnés à diverses fins, ne soit qu'un effet de cette loi si simple et si naturelle, que tout corps doit se mouvoir du côté qu'il est le plus poussé; car cette loi est bien plus propre à détruire celle machine qu'à la former... On ne comprendra jamais que les lois du mouvement puissent construire des corps composés d'une infinité d'organes. On a assez de peine à concevoir que ces lois puissent peu à peu les faire croître. Ce que l'on conçoit bien^ c'esl qu'elles peuvent les détruire en mille manières... On dit que M. Descartes avait commencé un Traité de la formation du fœtus, dans lequel il prétendait expliquer comment un animal se peut former du mélange des particules de la matière... Cette ébauche peut nous aider à comprendre comment les lois du mouvement suffisent pour faire croître peu à peu les parties de l'animal. Mais que ces lois puissent les former et les lier toutes ensemble, c'est ce que personne ne prouvera jamais. Apparemment M. Descartes Ta bien reconnu luimême, car il n'a pas poussé fort avant ses conjectures ingénieuses. L'entreprise d'expliquer la génération des plantes ne lui aurait pas été moins impossible que celle des animaux (1). » Celte dou-

(1) Entret., XI, 8.

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- ble impossibilité, Malebranche l'a développée par de longues considérations. « Mais^ suivant lui, tout le reste de ce monde visible aurait pu se former précisément tel qu'il est par les lois générales de la communication des mouvements ; supposé que les premières impressions du mouvement eussent eu certaines déterminations et certaine quantité de force que Dieu seul connaît (1). »

Gomme pour Malebranche, ce fut pour Leibnitz une des grandes affaires de sa vie de combattre cette doctrine de Descartes, et de relever la sagesse de Dieu dans l'univers. « Il faut que la cause du monde, dit-il, soit inlelligenle; car ce monde qui existe étant contingent, et une infinité d'autres mondes étant également possibles et également prétendants à l'existence, pour ainsi dire, aussi bien que lui, il faut que la cause du monde ait eu égard ou relation à tous ces mondes possibles pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport d'une substance existante à de simples possibilités, ne peut être autre chose que Yenlendement qui en a les idées^; et en déterminer une, ne peut être autre chose que l'acte de la volonté qui choisit. Et c'esila puissance de cette substance, qui en rend la volonté efficace. La puissance va à Yêtre, la sagesse ou l'entendement au vrai, et la volonté au

(1) Méd., VII, 9.

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bien. El celle cause inlelligente doit èlre inlinie (le toules les manières, et absolument parfaite en puissance, en sagesse et en bontés puisqu'elle va a loul ce qui est possible (i). »

« C'est l'unité ou monade primitive, la substance simple, féconde, qui a produit toules les autres. L'influence d'une monade créée svr une monade créée n'est qu'idéale, et ne peut avoir d'efiet que par l'intervenlion de Dieu, en tr.nt que, dans les idées de Dieu, une monade demande avec raison que Dieu, combinant toules les autres monades dans l'origine des choses, tienne compte d'elle. Cetle adaptation de toules à chacune d'entre elles, et de chacune d'entre elles à toutes, fait que chaque substance simple a des rapports qui expriment toules les aulres, et devient par conséquent un miroir vivant et perpétuel de l'univers. Or, comme la même ville, aperçue de difiërenls lieux, ne parait pas la même, et se multiplie, pour ainsi dire, avec les diflërents points de vue, il arrive aussi qu'a cause de la multitude infinie des substances simples, il existe en quelque manière autant d'univers différents qui ne sont pourtant que des représentations scénographiques du même univers, suivant les différents points de vue de chaque monade. Quoique chaque monade créée

(1} Tkéod.,ari. 7. ,

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représente tout l'univers, elle leprésenfe cependant beaucoup plus distinctement le corps auquel elle est unie d'une façon particulière, et dont elle est rame ; et parce que ce corps représente lout l'univers par la connexion qu'ont entre elles toutes les parties de la matière dans le plein, l'âme représenie aussi tout l'univers, en représentant le corps auquel elle tient d'une manière spéciale. Le corps, toujours organique, est une espèce de machine divine ou d'automate naturel, qui surpasse d'une infinité de manières les automates artificiels; parce qu'une machine faite par Fart des hommes n'est pas machine dans chacune de ses parties : par exemple, les dénis d'une roue ont des parties ou des morceaux qui ne sont point l'ouvrage de l'art, et n'ont rien qui soit machine, relativement à l'usage auquel la roue est destinée. Mais lesnjachines de la nature, c'està-dire les corps vivants, sont encore machines dans les plus petites parties, la division fût-elle poussée à l'infini ; et c'est en cela que consiste la différence entre la nature et l'art, c'est-à-dire entre l'art de Dieu et l'art des hommes. Rien ne pouvait empêcher l'auteur de la nature de mettre en œuvre cet admirable et divin artifice, parce que chaque partie de matière non-seulement est divisible à l'infini, vérité que les anciens ont reconnue, mais encore actuellement subdivisée à l'infini.

chaque partie de matière ayant un mouvement qui lui est propre; autrement il serait impossible que chaque particule de matière exprimât tout Funivers (1). »

Pour bien comprendre Leibnilz, il faut se lappeler que, dans son système, chaque être vivant a une monade dominante, qui en est l'âme ou qui en fait l'unité, et les autres monades dont il se compose, en sont le corps. Chez nous, la monade dominante ou l'âme, c'est l'esprit ou ce qui est capable de réfléchir et de voaloir. Chaque membre de notre corps renferme une multitude d'êtres vivants, dont chacun a une monade dominante qui en est aussi l'âme, l'unité, et les autres monades qui restent, en sont le corps. Dans chaque membre de ce corps est pareillement une foule d'êtres vivants, chacun desquels renferme à son tour une monade principale qui en est l'âme, l'unité, et les autres monades qui s'y trouvent, en sont le corps; ainsi sans terme. Â quelque degré qu'on pousse la décomposition, on rencontrera toujours un ensemble de monades qui forment un être vivant, dont l'une est l'âme et les autres le corps. Les corps inorganiques ne sont tels qu'en apparence ; en réalité ils sont composés de corps organisés ou vivants, comme un vivier est plein de poissons.

(1) Op., t. II, part. I, p. 28, irad. de Tabbé Émery.

Jamais le corps n'agit sur rame, ni Fâine sur le corps, mais ils s'accordent en vertu de l'harmonie préétablie entre loutes les substances ou monades créées.

« Parmi les différences, dit Leibnitz, qui se rencontrent entre les âmes ordinaires et les esprits, est celle ci, que les âmes en général sont les miroirs des êtres vivants où les images de l'univers des créatures, tandis que les esprits sont de plus les images de la divinité même ou de Fauteur de la nature ; images qui peuvent connaître le système de l'univers, et à la faveur d'une faible lumière d'architecture, en imiter quelques parties, puisque chaque esprit est une sorte de divinité dans son genre. C'est par là qu'ils sont capables d'entrer en quelque société avec Dieu, et que Dieu, par rapport à eux, non- seulement est auteur, comme il est par rapport à toutes les autres créatures, mais qu'il est encore de plus à leur égard et monarque et père, c'est-à-dire qu'il a de plus avec eux la relation d'un monarque à ses sujets et d'un père à ses enfants. La collection de tous les esprits constitue la cité de Dieu, c'est-à-dire l'état le plus parfait sous le plus parfait des monarques.

« Outre l'harmonie parfaite entre l'esprit et le corps, le règne naturel des causes finales et le règne naturel des causes efficientes, il existe une autre harmonie entre le règne physique de la na-

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