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les hommes soient sauvés (1); s'ils ne le sont point, c'est d'abord qu'il n'agit que par des lois générales, déterminées par des causes occasionnelles, et ensuite que Ta cause occasionnelle de la grâce , c'*est-à-dire Jésus-Christ, en tant qu'homme, ne songe point à lous(2). Voilà un beau dénouement du mystère de la prédestination ! Mais non, il ne peut vouloir les tous sauver; l'ordre le lui défend.
Écoutons sur cette contradiction Bossuet et Fénelon : « Il est étonnant que l'auteur ait joint dans son système les deux extrémités les plus odieuses ; d'un côté, pour éviter les volontés particulières, il semble dire que Dieu veut indifféremment le salut de tous; qu'il n'a par lui-même que des volontés générales, dans lesquelles aucune prédestination particulière ne peut se trouver; qu'ainsi tout choix, toute préférence, toute prédétermination des unes plutôt que les autres, a sa source dans la volonté humaine de Jésus-Christ, et par conséqueiltDieu n'a eu par lui-même aucune bonne volonté pour l'âme de saint Paul, plus que pour celle de Judas... D'un autre côté, l'ordre a réglé le nombre des élus, et par conséquent Dieu n'a pu en aucun sens vouloir sauver un plus grand notnbre d'hommes que ceux qui sont sauvés; car il ne peut en aucun sens vouloir ce que sa sagesse, son
(1) Traité de la Nature et de la Grâce, dise, i, art. H2.
(2) Ihid., (lise, n, an 16 cl addit. à Part. 17. — Médil. xii, 28.
ordre immuable, el son essence infiniment parfaite, ne permettent pas... Voici ce que Fauteur fait dire à Jésus-Christ : fagis ainsi sans cesse pour faire entrer dans l'Église le plus d'hommes que je puiSy agissant néanmoins toujours avec ordre, et ne voulant pas rendre mon temple difforme, à force de le rendre grand et ample {i). Ces paroles sont sans doute claires et décisives pour marquer que Tordre restreint Jésus-Christ dans certaines bornes précises pour la sanctification des hommes. Mais celles-ci sont encore plus évidentes : Ma charité j dit Jésus-Christ dans les if4^(2iïa/ean5 de Fauteur (2), est si grande qu'elle s^ étend à tous les hommes, et que si l'ordre me le permettait, tous seraient sauvés. Il dit encore plus bas, sur les miracles qui se feront dans les pays où FÉvangile sera nouvellement prêché : Ces miracles me fourniront plus de maté-^ riaux que je n'en ai besoin (3).
d Au reste, si Fauteur parle ainsi, ce n'est point sa faute, c'est celle de la cause qu'il soutient. S'il avait dit que Dieu, indiflërent pour le nombre des élus, Favait laissé déterminer à Jésus-Christ, Fédifice de la Jérusalem céleste ne serait plus l'ouvrage de la sagesse étemelle, mais de la volonté humaine du Sauveur. Cette volonté humaine aurait
(1) Médit. XIV, 15.