II. . i
iravancera que lentement vers Y; mais elle avancera un peu plus vite au second, à cause qu'oulre qu'elle aura retenu la force qui lui avait été communiquée an premier instant^ elle en acquerra encore une nouvelle^ par le nouvel effort qu'elle fera pour s'éloigner du centre E, parce que cet effort continue autant que dure le mouvement arculaire, et se renouvelle presque à tous moments. Car nous voyons que, lorsqu'on fait tourner ce tuyau EY assez vite autour du centre E, la petite boule qui est dedans, passe fort promplement de A vers Y; nous voyons aussi que la pierre qui est dans une fronde, fait tendre la corde d'autant plus fort qu'on la fait (ourner plus vite : et parce que ce qui fait tendre cette corde n'est autre chose que la force dont la pierre fait ejfort pour ^'éloigner du centre autour duquel elle est mue, nous pouvons connaître par cette tension quelle est la quantité de cet effort (1). » On ne voit pas trop quelle meilleure considération naturelle Delambre emploierait pour prouver l'accélération sur la sécante, du mouvement centrifuge. Voilà comment son acharnement aveugle contre Descartes , qu'il traite de visionnaire (2), le rend même infidèle. Cependant les raisonnements de Delambre pour
(1) Princ, part, m, fi. 59. ,
(2) Hist. deVaatron. moderne^ dise, prélim., p. /i2.
enlever à Descartes T invention de la force centrifuge, font voir clairement quil s'imagine qu'on la lui attribue^ précisément diaprés l'exemple de la fronde ou du tuyau! Il ne comprend pas que ces exemples, et celui de la fourmi qui les précède, ne sont pour Descaries qu'un moyen d'aider lé lecteur à se représenter, dans l'univers qu'il lui construit sous les yeux , cette force en action, c'est-à-dire le mouvement s'y décomposant ainsi par la nature des choses.
L'étendue à trois dimensions est créée; c'est une masse uniforme et immobile. Dieu lui imprime le mouvement en ligne droite, et elle se cTivise on une infinité de parties, qui tendent à se mouvoir en droite ligne. Mais comme elles remplissent entièrement l'espace, ou plutôt qu'elles sont l'espace même, et qu'elles ne laissent aucun vide entre elles, elles se trouvent mutuellement empêchées de suivre leur direction rectiligne, et mutuellement contraintes à se mouvoir circulairement. Les parties voisines, et qui sont repoussées du même côté, prennent le même cours. De là naissent d'innombrables tourbillons. D'abord indépendants les uns des autres, mais inégaux à cause de l'inégalité des parties, différentes de figure et de grosseur, les plus grands entraînent successivement les autres, et ainsi se forment les tourbillons des corps célestes. Les parties de l'étendue étant sans cesse
froissées, leurs angles s'émousseiil. Les débris forment une poussière^qui, bien que plus agitée que les parties dont elle vient, a, par son extrême petitesse, moins de puissance qu'elles, pour aller vers les bords des tourbillons ; elle reflue donc au centre, où elle s'accumule el produit les astres lumineux que nous appelons soleil, étoiles. Il est inutile de reproduire ici l'exposition des tourbillons. Par eux s'engendrent et se conservent tous les êtres inorganisés ou organisés. Par conséquent tout dans l'univers résulte à sa manière de la composition ou de la décomposition, comme on voudra, du mouvement circulaire, c'est-à-dire, de la force centrifuge et de la force centripète, qui sont 1 âuie, l'essence des tourbillons. On peut facilement d'ailleurs s'en assurer, en suivant cette formation dans ses détails. Par exemple, dans celle du fœtus, qu'ébauche Descartes, le tourbillon parait au premier phénomène.
Quelle inconcevable inadvertance de Bailly ! « Descartes, dit-il, vit la force centrifuge naître du mouvement circulaire, sans avoir l'idée de le décomposer et de chercher les forces qui conspirent à le produire. Nous apercevons ici les bornes de l'esprit humain. » Pas du tout : nous n'y apercevons, nous, que les bornes de l'attention de celui qui parle. « Descartes, poursuit-il, dans la pierre lancée par la fronde, dans la pierre qui circule at-
tachée à une corde, a bien reconnu la force centrifuge, qui tend à l'éloigner du centre; mais il n'a point vu la puissance qui la retient, qui balance et détruit cette force centrifuge. On peut dire de même que par ces corpuscules, mus de leur propre mouvement autour d'un centre, il a rappelé dans la physique les mouvements primitivement et naturellement circulaires, ces mouvements adoptés si longtemps par l'antiquité, que Kepler avait combattus et détruits (1). »
Où Bailly a-t-il aperçu dans Descartes ces corpuscules mus de leur propre mouvement autour d^un centre? La seconde règle fondamentale du mouvement que Descartes pose n'^est-elle pas que « chaque partie de la matière, en son particulier, ne tend jamais à continuer de se mouvoir suivant des lignes courbes, mais suivant des lignes droites, bien que plusieurs de ces parties soient souvent contraintes de se détourner, parce qu'elles entencontrent d'autres en leur chemin, et que, lorsqu'un corps se meut, il se fait toujours un cercle ou anneau de toute la matière qui est mue ensemble (2). Lorsqu'un corps se meut, encore que son mouvement se fasse le plus souvent en ligne courbe, et qu'il ne s'en puisse jamais faire
(1) Hnt. de lastron. moderne^ t. II, p. 185.
(2) Princ, part, ii, ait. 89.
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aucun qui ne soit en quelque façon circulaire, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, toutefois, chacune de ses parties en particulier tend toujours à continuer le sien en ligne droite (1). » ^ cause qu'il n'y a point de vide entre les parties de la matière, quelque ténues qu'elles soient, et qu'elles ne peuvent se remuer, sans être forcées mutuellement de se détourner de leur direction, elles vont en ligne courbe ; mais leur tendance essentielle, leur mouvement propre, est le droit. Par là. Descartes prouve que tout mouvement circulaire vient d'un mouvement droit qui ne peut s'accomplir, et en tout il déracine le mouvement circulaire essentiel, que Kepler avait combattu^ mais non détruit j si ce n'est dans la flgure des orbes planétaires. C'est pour avoir montré la décomposition du mouvement, s' effectuant ainsi d'elle-même dans les choses, que seul, Descaries a introduit Tidée réelle de la mécanique du monde dans l'esprit humain, renversé l'anlique barrière d'ignorance et de préjugés, élevée autour de lui, et contre laquelle se brisaient depuis plus de vingt siècles les efforts de la science et du génie.
Ah ! cessons, cessons enfin de crier que le système des tourbillons n'est point le véritable. Les figures de carton avec lesquelles on représente
(1) OKuv,y t. IV. Le Monde^ du vu, p. 260.
LE GARTKSIÂNISME. 295
les OS, les muscles, les nerfs, les veines, les artères, enfin les diverses parties du corps humain, et leur disposition, offrent-elles le corps vivant ou mort? Cependant elles conduisent à l'idée vraie de son organisme, parce qu'elles portent la pensée de l'art à la nature. Eh bien! voyons dans les tourbillons, non pas seulement la figure de notre corps, mais de tous les corps, et le grand automate de l'univers, dans la constitution duquel il fait pénétrer l'intelligence. Mais ces tourbillonssontpris au sérieux par leur auteur et par plusieurs de ses plus éminents disciples, et ils arrêtent l'esprit humain sur des erreurs ! Il faut bien qu'ils soient jugés véritables afin de captiver l'attention et de familiariser avec les idées nouvelles qu'ils excitent. Seraitil possible qu'une conception de cette force sortît, surtout avec ses développements si travaillés, d'une tête non convaincue? A la voix de Descartes, la création semble sortir une seconde fois du chaos, et il se produit un éblouissement et un enthousiasme universels. Que sont pour une telle révolution, etaprès une silongueattente, vingt deux années, 1644 à 1066^ que dure la séduction, avant de laisser discerner les premiers traits de la vérité? Et encore, à quoi s'en prendre de cet impercep^ tible retard, qu'au manque d'un homme supérieur dans l'astronomie physique?
Oelambre parle de l'opposition de Gassendi,
lequel déclare ne voir personne qui ait le (courage de lire jusqu'à la fin les Principes de philosophie; que rien n'est plus ennuyeux; qu'ils tuent leur lecteur; qu'on s'étonne que des fadaises aient tant coûté à celui qui les a inventées; qu'on doit être surpris qu'un aussi excellent géomètre que l'auteur^ ait osé débiter tant de songes et de chimères pour des démonstrations certaines (1). Delambre se croit obligé de lelever l'étrange assertion que les Principes n'avaient pas de lecteurs, et d'avouer que non-seulement on les lisait^ mais que les jeunes professeurs de philosophie embrassaient avidement les opinions de l'auteur (2). Or, Gassendi qui n'a pas la force de lire les Principes^ où il n'aperçoit que des fadaises et des chimères ^ au lieu d'aller en avant el de chercher mieux, s'accroche a l'âme de Kepler, h « cette âme très-noble et trèspuissante qui est dans le soleil et qui le meut de telle manière, que, le faisant tourner à l'entour de son propre essieu, il fait tourner à l'entour de soi toutes les planètes par les rayons qu'il leur envoie, et dont il les frappe et les fouette pour ainsi dire continuellement (3); » el il trouve cette théorie des mouvenients cosmiques très - vraisemblable. De vrai, une âme postée dans le soleil comme un
(1) Ilist. àeVaslr. moderne^ t. If, p. 193.
(2) îhid,, p. 194.
(3) Abrégé de la philosophie de Gassendi^ par Bernier, t. IV, p. 391.
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cocher, et qur fait marcher les phmèles comme des chevaux, h coups de fouet, est une idée infiniment philosophique, et digne de celui quF vouait son admiration aux œuvres d'Épicure et de Hobbes. Sa critique des Méditations de Descartes, a jusle la même portée que son système du monde. Je ne faillis point au respect dû à Kepler, qui ne parle ni de fouetter, ni de frapper les planètes, mais d'une lutte, c'est-à-dire d'une résislance des planètes, qu'il suppose naturellement portées au repos, et d'un effort de la puissance solaire pour les entraîner, puissance dont l'effet est en raison inverse de leur densité (1). Ensuite Kepler, écrivant avant Descartes, pouvait sans ridicule admettre une âme mouvante dans le soleil, puisque tel était l'esprit ancien, encore régnant. Delambre, qui, en haine de l'auteur des tourKillons, désirerait probablement faire de Gassendi un petit grand homme, est obligé d'avouer « qu'après qu'on a lu attenliveinent ses ouvrages, on les trouve un peu au-dessous de la réputation qu'il a laissée (2); » il se Texplique, en songeant qu'il était homme du monde et qu'il avait beaucoup de
(1) (( Necesse est igilur ut planetariorimi globorum natura sil luateriala, ex adhaerente proprietate, inde a reruni principio prona ad qnietem seu ad privationem motus. Quaruni rcrum coiilentione cum uascatur pugna; superat igiturplusillc planeta.qui in virtule imbeciliiore coiisislit, eaque tardius movctur; minus illc, qui soii propior. » Stella martis, p. 174.
(2) Hist. de Vaslr. moderne, t. II. p. 355.
savoir et d'esprit : ce qui revient à dire que par le prestige de qualités brillantes plutôt que solides, il parvint à usurper une place considérable dans Fopinion. Cette fois nous partageons l'avis du nouvel et savant historien de l'astronomie.
Sur les tourbillons, il faut entendre d'Alembert. « Si on les juge sans partialité, on conviendra, j'ose le dire, qu'on ne pouvait alors imaginer mieux : les observations astronomiques qui ont servi à les détruire, étaient encore imparfaites, ou peu constatées; rien n'était plus naturel que de supposer un fluide qui transportât les planètes; il n'y avait qu'une longue suite de phénomènes, de raisonnements et de calculs, et par conséquent une longue suite d années, qui pût faire renoncer à une théorie si séduisanle. Elle avait d'^ailleurs l'avantage singulier de rendre raison de la gravitation des corps par la force centrifuge du tourbillon même : et je ne crains point d'avancer que celte explication de la pesanteur est une des plus belles et des plus ingénieuses hypothèses que la philosophie ait jamais imaginées. Aussi a-t-il fallu pour Tabandonner, que les physiciens aient été entraînés comme malgré eux par la théorie des forces centrales , et par des expériences faites longtemps après. Reconnaissons donc que Descartes, forcé de créer une physique toute nouvelle, n'a pu la créer meilleure; qu'il a fallu, pour ainsi
dire, passer par les tourbillons pour arriver au vrai système du monde; el que s'il s'est Irompé sur les lois du mouvement, il a du moins deviné le premier qu'il devait y en avoir (1). » Or, celui qui parle ainsi, a le premier démontré sans retour l'impossibilité des tourbillons.
Huyghens pouvait anticiper sur Borelli, et même sur Newton. Son goût pour les inventions mécaniques fil, je pense, qu'au lieu de donner l'essor à ses méditations, il s'occupa de l'art de tailler et de polir les verres des grandes lunettes, et qu'ayant réussi à en construire une de 23 pieds, il se contenta d'avoir, parce moyen, découvert un satellite de Saturne et l'anneau de cette planète. Ce ne fut qu'à Tapparition du livre des Principes mathématiques de Newton, qu'il se livra à l'étude de la physique céleste; et, chose singulière! ni Malebranche, ni Leibnitz non plus, ne s'y étaient point encore livrés, quoique l'un eût déjà quarante-sept ans, et l'autre quarante-un. Ils étaient absorbés par la métaphysique et la thçologie, et Leibnitz en outre par les recherches de mathématiques, de droit et d'histoire. Tous deux se trouvaient trop jeunes pour devancer Borelli. Malebranche n'aurait point remplacé Newton , n'étant pas assez versé dans la géométrie. Mais Leibnitz, qui l'était autant que
(t) Disc, préliiu. de i'Eucyclop., p ût-
Newton, et qui avait plus de génie, aurait vraisemblablement produit une œuvre supérieure aux Principes malhémaliqurs^ si ses réflexions se fussent tournées de ce côté.
Pourquoi est-ce en Italie que nous retrouvons le premier interprète de Descartes? Sprengel, je crois, nous l'apprend. « Après le long règne de la barbarie, ce pays fut le premier où l'on vit renaître les sciences et la liberté de penser. 11 fut aussi le berceau de l'histoire naturelle : ce fut également là que les sciences commencèrent à être cultivées d'après les lois sévères des mathématiques.. Galilée, auquel elles sont toutes redevables, les peignit a ses compatriotes sous des couleurs trop attrayantes pour qu'ils ne s'y consacrassent I)as bientôt avec tout l'enthousiasme propre a leur nation. L'exemple de cet homme extraordinaire, la multitude de ses disciples, l'éclat de ses grandes découvertes dans la physique, la mécanique, l'astronomie, l'architecture et plusieurs autres sciences encore, et enfin, la couronne des martyrs qu'il ceignit pour avoir fait connaître une imporlante vérité physique, toutes ces circonstances engagèrent les Italiens à se livrer avec ardeur à l'étude de la physique. Vers le milieu du dix-seplième siècle, il se forma dans la ville de Florence une société des disciples de Galilée, qui cherchaient à développer sa philosophie.
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a cultiver la physique expérimentale, et à en faire Tapplication à la nature entière. Celle société, favorisée par Léopold, prince de Toscane, fut organisée régulièrement en 1657 sous le nom d'académie del cimento. 11 est vrai qu'elle ne fleurit pas au delà de dix années, et que l'histoire ne nomme que neuf de ses membres; mais ces noms sont le meilleur panégyrique qu'on puisse faire de l'académie : Benoît CastelK , Jean-Alphonse Borelli , François Rédi, Paul et Candide del Buono, Vincent Viviani , le comte Laurent MagatoUi , le comte Charles Renaldini et Antoine Uliva; tels sont les respectables noms dont cette société se glorifie. C'est dans son sein que ^e forma le fondateur de l'école ialroma thématique, Jean-Alphonse Borelli ; c'est là qu'il apprit à unir lés mathématiques et la physique expérimentale avec l'art de guérir (1). » Nous ne saurions admettre que Borelli ait été formé dans l'académie del cimento, ni dans la société qui l'a précédée; l'homme supérieur n'est formé qu'en lui-même. La retraite et l'indépendance, voilà son élément. C'est dans les efforts de sa pensée solitaire qu'il germe, qu'il fructifie, et l'influence de ses contemporains ne le favorise qu'autant qu'il s'isole d'eux par la méditation. Cependant il peut recevoir des académies
(1) Hist, delà médecine, t. V, p. 133, Irad. de M. Joiirdan.
3(h2 LR GARTÉSIANISMK.
TéiDuIalion et Tappui^ ainsi que les documents qu'il ne lui est pas donné de créer. Nous comprenons donc que la société des disciples de Galilée, que l'ardeur qu'il leur communiqua pour l'étude de la nature physique, les exemples, et peut être les vues qu'il leur laissait, aient provoqué Borelli, et qu'on leur doive occasionnellement la Théorie des planètes médicéennos, le Traité du mouvement des animaux^ celui du Choc et celui de la Gravité (1). Au même titre, il est permis de rapporter V Essai sur le mouvement de la terre de Hooke, et les Principes de Newton, au collège philosophique fondé vers 1645, en Angleterre, pour vaquer, d'après les conseils et les exhortations de Bacon, à la culture des sciences naturelles, collège qui, en 1660, devint la Société royale de Londres ; on peut encore les rapporter aux travaux et à l'entraînement de Boyle. En France Tacadémie des Sciences fut seulement établie en 1666. Elle avait été aussi précédée de quelques réunions de savants, mais qui ne firent rien dans cette direction. D'ailleurs les compatriotes de Descartes, qui cultivaient la physique, furent, ou des ennemis déclarés, toujours empressés à le contredire, ou des partisans esclaves, s'attachant à la lettre de ses livres, au lieu
(i) Théorie» planetarum mediceonim; — de motu animatium; — de vi pereuttonis; — de gravit ate.
d'en saisir Tesprit pour s'en vivifier. Or, la haine pointilleuse el l'admiration aveugle s'écoulent ordinairement stériles.
Bailly ne parle point des vues de Borelli. Delambre, diaprés une lettre du 4 mai 1665, observe w qu'il fut un des premiers à soupçonner que les comètes décrivaient autour du soleil des orbites elliptiques ou paraboliques (1). » Mais quant à son ouvrage des satellites de Jupiter, ou planètes médicéennes, il affirme qu'il « n'est composé que d'une suile de réflexions que devait faire, et que ferait nécessairement tout astronome qui voudrait travailler à la théorie des satellites...; que ce n'était pas trop la peine de l'écrire; que l'on n'y apprend rien, et que l'on n'y trouve que des avertissements dont l'on n'a aucun besoin (2). » En voici la substance présentée par M. Biot : « Borelli explique très-bien couiment les planètes peuvent être retenues et suspendues dans le vide, autour du soleil, de même que les satellites autour de leur planète, par l'action de la gravitation continuellement et exactement balancée par la force centrifuge née du mouvement de circulation, sans qu'il soit désormais besoin de recourir aux cieux solides d'Aristote ou aux tourbillons de Descartes, pour empêcher ces corps de s'échapper. Borelli
(1) Hist. de Vastron. moderne, {. II, p. 334. (•i) Jbid., |>. 333.
30V LK CARTÉSIANISMK.
va luèine jusqu'à vouloir déduire, de celle combinaison de forces, le mouvement en ellipse et les inégalités des satellites de Jupiter, qu'il considère comme en parlie produites par Taction secondaire du soleil; et, quoiqu'il lui fût impossible d'établir alors ces déductions d'une manière rigoureuse, puisqu'il n'avait ni la loi de la force à diverses distances, ni les théorèmes sur les forces centrales donnés six ans après par Huyghens, il y a encore du mérite à avoir deviné, peut êlre indiqué le premier, la possibilité de le faire. Aussi Newton lui attribue-t-il, dans sa lettre à Halley (1), l'honneur de cette première idée sur l'extension du principe de la pesanteur, et sur son application aux mouvements planétaires; et Huyghens lui rend la même justice dans son Cosmolhéoros (2), où il cile ces aperçus heureux immédiatement avant de parler des démonstrations de Newton (3). »
On voit combien Delambre a raison de dédaigner cette production, qui n'est autre chose que la seconde époque des progrès de l'esprit humain dans la connaissance mécanique du système du monde. Au troisième volume, publié après sa mort par M. Mathieu, il cherche à s'excuser d'un pareil jugement, qu'on lui avait sans doute reproché, et il
(1) Biog. univ., t. XXXI, arl. Newton, p. 161.
(2) LIv. II, p M\{, La Haye, 1698.
(3) Biog. univ.^ (. XXXI, arl. Newton, p. l.)S,
«'illègue «qu'il ne parlait que des améliorations que Borelli éiait chargé de faire et qu'il n'avait pas faites aux satellites (1), » et il lui rend une espèce de justice.
On ne sait comment M. Biol se croit fondé à écrire que Borelli n'avait point la loi de l'attraction à diverses distances, puisque dans la colonne précédente, il avoue que BouUiaud la supposait inverse du carré. Il s'exprime même peu exactement, en disant que Boulliaud établissait cette supposition sur de simples considérations métaphysiques^ car on a vu qu'il lui donnait pour base les principes géométriques de la loi de la lumière. Il est yraî qu'il fallait encore la vérifier et l'appliquer, parla théorie aussi géométrique des forces centrales, et .M. Biot a raison de dire qu elle manquait à Borelli. Plus occupé à élucider les découvertes des anciens qu'à en faire de nouvelles, il n'était pas capable de la créer. Elle fut le lot de Newton, qui ne voulait point s'en contenter, peul-éire parce que Hooke la réduisait à trop peu de chose. «J'ai appris d'une personne présente à vos séances, écrit-il à Halley, que M. Hooke y fait grand bruit, prétendant que je tiens tout de lui, et demandant que la société lui fasse rendre justice sur ce point. Cette conduice envers moi est aussi étran|?;e que non