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méritée; de sorte qu'elle m'oblige, pour établir le point de droit, h vous dire de plus qu'il a publié en son nom l'hypothèse même de Borelli : et cet acte, de se l'être appropriée et de l'avoir complétée comme sienne, est l'unique fondement de ses réclamations... Dans les lettres qu'il m'écrivait, il me disait que Faction de la gravité sur les corps qui tombent était réciproque au carré de leur distance au centre de la terre; que la trajectoire décrite autour du centre, serait une ellipse ; que c'était ainsi qu'il fallait considérer les mouvements célestes, et qu'il l'avait fait de cette manière, précisément comme s'il eût tout découvert et calculé minutieusement; et sur cette instruction qu'il me donnait, il me faudrait aujourd'hui confesser par l'impression que je liens tout de lui, et que je n'ai . fait que m'exercer à calculer, démontrer et écrire sur les inventions de ce grand homme. Cependant, après tout, des trois choses qu'il m'a dites, la première est fausse, la seconde l'est aussi, et la troisième est plus qu'il ne savait ou qu'il ne pouvait affirmer (1). » Newton reproche ensuite à Hooke d'avoir emprunté à Borelli le mouvement elliptique produit par l'attraction, et à Boulliaud la loi du carré des distances.
Hooke ne se trompe point; oui, Newton n'a fait
(1) Lettre du 26 juin 1683. Biog. univ,, art. Newton, p. 10k
* LE GARTÉSIANISMR. 307
que calculer, démonlrer et écrire sur les inventions d' autrui. Mais cet exercice, puisqu'il veut ainsi Fap- I>eler, cet exercice dont Hooke, ni Wren, ni Halley, ni personne dans son pays n'a été capable, estil peu de chose? N'est-ce pas à la fois la création et l'application la plus belle de la dynamique centrale? Oui, ne lui en déplaise, Newton n'a fait que calculer, démonlrer et écrire sur les découvertes des Copernic, des Kepler, des Galilée, des Descartes, des Boulliaud, des Borelli, des Hooke ; mais n'est-ce rien que cette assemblée de génies venus de toutes les contrées, qui l'attendent pour mettre l'esprit humain en possession du système de l'univers, et dont les efforls, sans les siens, demeureraient impuissants?
On aurait beau savoir avec Copernic que le soleil est au centre principal des mouvements; avec Kepler, que les planètes décrivent des ellipses autour du soleil, et les satellites autour de leurs planètes ; que les temps mis à parcourir chaque partie de l'orbite, se proportionnent aux aires comprises entre les rayons vecteurs, les carrés des temps employés à fournir F orbite entière, aux cubes des moyennes dislancéa. et que ces mouvements ont pour cause l'attraction; avec Descartes, qu'ils ré-> sultent de deux forces dirigées , l'une suivant le rayon vecteur, l'autre suivant la tangente; avec Borelli et Hooke, que la force centripète, produite.
par raltraclion, et la force centrifuge par l'impulsion, suffisent sans tourbillons, pour maintenir et mouvoir dans l'espace les corps célestes; avec BouUiaud, que l'intensité de l'attraction est réciproque au carré de la distance ; avec Galilée, que dans le mouvement uniformément accéléré, les espaces sont en raison des carrés des temps; enfin avec Descartes encore, que l'astronomie spéculative eslt un problème de mécanique : tant que ce problème n'est point résolu, la théorie des mouvements planétaires reste à former, et toutes ces vérités sans usage, quelque certaines d'ailleurs, quelque grandes qu'elles soient. Or, qui l'a résolu? qui a prouvé que ces vérités sont une conséquence du principe des forces centrales? qui a calculé les phénomènes et fondé l'astronomie mathématique? Newton, voilà ta part, pourquoi ne pas t'en contenter? Il semble qu'elle te fût spécialement destinée, et que tu la portasses comme en dépôt dans le principe de tes fluxions, qui s'engendrent du mouvement varié. Cesse d'argumenter contre Hooke de ce qu'il a cru que l'attraction suivait la même loi dans l'intérieur de la terre qu'au dehors; une semblable polémique, où de la fausseté de quelques détails *on conclut à la fausseté de l'ensemble, t'anéantirait, toi qui déclares que l'action mutuelle des astres tend h bouleverser les cieux. Si tu as prouvé contre Hooke que Tattraction au dedans du globe
est proportionnelle à la distance au centre, Lagrange et Laplace prouvent contre toi que les perturbations se balancent, et que « les éléments du système planétaire sont ordonnés de manière qu'il doit jouir de la plus grande stabilité, si des causes étrangères ne viennent point le troubler... qu'il semble que la nature ail tout disposé dans le ciel pour en assurer la durée par des vues semblables à celle qu'elle nous paraît suivre sur la terre pour la conservation des individus et la perpétuité des espèces (1). » « Pour déterminer les lois d'une attraction donnée, dit Gerdil, il ne faut qu'être géo^ mètre, et Newton l'était au suprême degré (2). » Voilà son fait, il peut lui suffire, et il faut bien qu'il le fasse.
Voilà en même temps le résultat des tourbillons. Mais ces tourbillons, Descaries ne les aurait point conçus, s'il ne s'était mis à la place de Dieu, afin d'expliquer la création, qu'il édifie avec eux. Cette tentative de tout pénétrer, qui l'a si souvent égaré, lui fait donc faire, selon l'expression de M. de Pontécoulant, un pas immense dans Vastronomie physique {3). Nous allons plus loin, et c'est ici l'objet principal de ce chapitre, elle est pour lui et pour son école, la source de leurs découvertes,
(i) Exposé du système du monde, t. II, 4* édition, p. Hhli et A45.
(2) Dissert, sur l'attraction, p. 18,
(3) Théorie analytique du syst, du inonde, introd., p. 7.
surtout de ces lois générales de la nature, et de ces méthodes générales des mathématiques, qui sont le propre de la science moderne. Bien plus, l'erreur fondamentale où elle les a presque tous jetés, de nier l'activité des corps, et quelques-uns Fûctivîté des esprits, les sert merveilleusement, pour arriver aux lois générales des êtres matériels et des êtres pensants.
Quand on ne se paie point de mots, comme les scolastiques, qu'on teut des raisons solides, évidentes, il faut, pour tout pénétrer, avoir des idées claires et distinctes de tout. Or, quoique nous ayons une telle idée de l'activité considérée en soi, nous ne Tavonspointde la manière dont l'activité forme, dans les corps, les qualités qui leur viennent d'elle, comme la cohésion, la répulsion, l'attraction, la vie végétative, la vie animale, et cette diversité de propriétés qu'offrent les individus des trois règnes.
Au contraire, quoi de plus net que l'idée de l'étendue, de ses parties, de leur grosseur et de leur figure? quoi aussi de plus net quo l'idée du mouvement, qui consiste dans le changement de place des parties de l'étendue? Réduits à ces deux éléments constitutifs, les corps, qu'ils soient bruis ou organisés, n'enferment rien d'obscur ni de confus en leur nature, ni à plus forte raison dans leurs rapports, qui sont seulement des rapports de grandeur, de figure, de disposition et de mouvement.
Ce que chacun a de particulier n'esl qu'une modification de ces quatre choses communes à tous; et même les trois premières naissent de l'autre, car, ôtez le mouvement, Fétendue, bien que divisible, ne sera qu'une masse uniforme. Mais enfin, qu'on veuille tout ramener au mouvement, ou que de plus, on considère la grosseur, la figure et Tarrangement, on ne rencontre que des notions évidentes et lumineuses.
Autrement et sans une pareille élimination dé l'activité, était -il possible d'extirper ces forces animales, qui, par leurs émanations, entraînaient, comme les fardeaux avec des leviers, les planètes autour du soleil et les satellites autour de leurs planètes? Était- il possible d'extirper ces restes des intelligences, qui, d'après les anciens, mouvaient les astres, et de s'élever à la loi générale physique des révolutions célestes? Était-il possible de démêler la loi générale de la pesanteur , alors que les uns, et c'était l'école, supposaient la gravité essentielle à la pierre qui descend, et la légèreté à la flamme qui monte, les autres, tous les corps pesants, mais leur gravité variable avec leur volume et non point avec leur distancé au centre de la terre ?
Un petit nombre croyait qu'ils ne le sont point d'eux-mêmes, et que la force qui fait tomber ceux' qu'on nomme pesants, réside au centre de la terre, ou bien dans toute sa masse, qui les
312 LK CARTëSIANISME.
attire comme Faimant attire le fer (1) ; et Copernic affirmait que la gravité est un certain appétit naturel (2) , des parties de la terre, par lequel elles s'unissent, ce qui lui donne la forme sphérique, qu'il en est de même pour le soleil, la lune et les autres gramls corps lépandu^ dans l'espace. Quelquefois Kéi)ler semblait parler comme Newton (3).
« Toule substance corporelle, en tant que corporelte, est propre à rester en repos en tout lieu où elle serait solitaire, et hors de la sphèrede vertu d'un autre corps, ea:tra orbem virtutis.
«La gravité est une aiTeetion corporelle, réciproque entre deux corps de même espèce, qui les porte à se réunir, ainsi qu'on l'observe dans l'aimant; en sorte que la terre attire une pierre beaucoup plus que la pierre n'attife la terre.
« Les graves, surtout si nous plaçons la terre au centre du monde,, ne sont pas portés vers le centre
(1) Deicartês, t. VII, p. 503.
(2) « Appelenliani quandam nalnrjsileni. » De revoiuHonihus orhium ecdeslium^ lib. Is cap. 9.
(5) (t Omnis substaiitia corporea, qualenus corporea, apta nata est quiescere omni loeo, in q«o solUaria penitar, extra orbem virlutis cognati eorporis^
« Gravitas est affectio corporea, mutua inier cegnata corpora ad unilio* ncm seii conjunctioneni (quo rerum ordiiie est et facullas niagnelica), ut iiiulio iiiagis lorra Irahat lapideni, quam lapis petit terrain.
wGravia.(si maxime t^rram in centro niundi conocemus) noii feruniur ad
du monde, comme centre du monde, mais comme au centre d'un corps rond et de même nature, c'està-dire de la terre. Ainsi , quelque part que nous placions la terre, ou que nous la transportions, elle jouira toujours de la même facilité animale; partout les graves se porteront sur elle. .
« Si la terre n'était pas ronde, les graves ne se dirigeraient pas droit vers le centre, mais ils se dirigeraient vers des poinis divers.
« Si deux pierres étaient placées en un lieu du monde, voisines l'une deFautre, et hors delà sphère de vertu d'un troisième corps de mên)e nature, ces deux pierres, comme deux corps magnétiques, se réuniraient au milieu de l'intervalle qui les sépare, l'une s'approchant vers l'autre en proportion de la masse de cette autre.
u Si la lune et la terre n'étaient pas retenues par une force amma/e ou autre force équipoUente, cha-
cenlruni inundif ut ad ccntruni iiiundi, scd ul ad ccntruni rotundi cognati corporis, tellurisscilicet. Itaque ubicunquc collocelurseuquocunquetraiisportetur tellus facultale suaanimali^ scmper ad illam fcruntur gravia.
«Si terra non esset rolunda, gravia non uudiquaque fcrrenlur rccla ad. médium lerr» punclum, sed ferrentur ad puncta divcrsa a lateribus diversis.
<« Si duo lapides in aliquo loco niundi collocarentur propinqui inviccni^
-extra orbem virtutis tertii cognati corporis; illi lapides ad simililudinem
duorum magnclicorum corporum coirent loco internicdio, quilibet acce-
dens ad allerum laïUointervallo, quanta est alterius moles in comparatione.
M Si luna et terra non rctinercnlur vi uuimali, aut alia aliqua.aequipoL-
3i4> .LE CARTESIANISME.
cune daos son propre circuit, la terre monterait vers la lune de ~ deTintervaHe, la lune descendrait vers la terre des 53 parties restantes; et là elles se réuniraient, en les supposant toutes deux de même densité.
Si la terre cessait d'attirer ses eaux, toute la mer s élèverait et se réunirait à la lune. La sphère de force tractoire delà lune s'étend jusqu'à la terre et entraîne les eaux vers la zone lorride; en sorte qu'elles viennent à la rencontre de la lune, au point qui a la lune à son zénith. L'effet est peu sensible dans les mers fermées; il l'est beaucoup plus dans les mers d'une grande étendue, où le mouvement alternatif des eaux a plus de liberté. 11 arrive de là, que les rivages des zones latérales restent a découvert; la même chose a lieu dans les golfes qui communiquent avec l'Océan; quand les eaux de
leiui, qnaelibct in suo circuitu ; terra asccnderet ad lunam'quinquagesimaqiiarla parte intervalii, iuna descenderel ad terrain quiiiquaginta tribus circiter partibus intcrvalli,: ibique juiigerenlur : posito taincn, quod substantia utriusquesitunius ctejusdem densltatis.
«Si terra cessaret aitraliere ad se aquassuas; aquae inarinx oiimes élevarentur, et in corpus lunae influèrent.
u Orbis virtutis. tractoriae, quae est in Iuna, porrigitur usque ad terras, et prolectat aquas sub Zonam Torridam, quippe in occursum suuni quacunquein verticemjoci incidit, insensibiliter in maribusinclusis, scnsibiiiter ibi ubi sunt latissimi alvei Oceani, aquisque spàciosa reciprocalionis lil)ertas. Quo facto nudantur littora zonaruni et clin>aluni lateraiium, et si qua etiam sub torrida sinus efficiunt reducliores Oceani propinqni. itaque aquis in latiori alveo Oceani assurgcntibus, ficri potcst, ut in an-
l'Océan ^'élèvent, il est possible que dans des golfes étroils> pourvu qu'ils ne soient pas trop étroitetement fermés, les eaux paraissent fuir en présence de la lune, elles s abaissent à cause de la quantité d'èau qui «en a été soustraite.
(i La lune passe rapidement au zénith; les eaux ne peuvent la suivre aussi vite. Le flux se fait dans la zone torride vers l'occident, jusqu'à ce qu'il frappe contre le rivage opposé; là, il est courbé; la réunion des eaux se dissipe, quand la lune s'éloi-^ gne, parce qu'elles se trouvent délaissées par la force qui les mettait en mouvement; et la vitesse que les eaux gagnent, fait qu'elles sautent sur leurs riveset qu'elles les couvrent; cette vitesse, acquise en l'absence de la lune, en fait naître une autre, jusqu'à ce que la lune de retour, reprenne les rênes. Ainsi les rivages, également ouverts, sont remplis au même moment; ceux qui sont enfoncés
gustiorifous ejus sinubHS, luock) non nimis arcte coi>clusis, aquae praesente luna etiaui aufugcre ab ca vkleanl«ir:qyippe subsidunt, forîs subtracta copia aquarum.
« Celeriter vero luna verticem transvolante, CHiii aqu» tani celeriter sequi non possint, fluxus quidem fit Oceani sub Torrida in. occidenieni, quoad impingit ad contraria litlora, curvaturque ab iis; dissolvitur vero discessu lunxconcilium aquarum seu exercilos qui est in itincre versus Torridani, quippedesértusatraclu, quiiiluniexciverat; impetuque caplo, ut in vasis aquaticis, remeat et assultat ad littora sUa, eaque operit : gignitque impetus iste per absenttam luna&, impetum alium; donec luna rediens, frena impctus liujus rccipiat, modère turque, el una cuni suo motu circumagai. lia Ultora aequaliler paienlia iisdem lioris implentur omnia^ re>
sont remplis ^lus iard et d'une manière variée, suivant les circonstances locales.
C'est là, pour le dire en passant, ce qui accumule les syrtès et les amas de sable ; des îles naissent ou sont rongées; la terre molle et friable de rinde parait avoir été rompue et creusée par le cours des eaux, aidé encore par un mouvement général de la terre; elle était une et continue depuis la Chersonèse d'or, vers l'orient et le nndi ; l'Océan, qui était derrière, entre la Chine et l'Amérique, s'est fait un passage; et les côtes des Moluques et des aulres.îles qui s'étendent dans la haute mer, nous déguisent un peu la vérité de ce fait, parce que le niveau des mers est baissé par cette invasion.
(Itictoria vcro tardius; iionnulla diversis modis ob diversos Oceani aditus.
« Hinc, ut obiter cxciirram, accumulantur syrtes, arcnaruni cumuli : nascuntui* aul eraduiUiir in verlicosis aiifractibus ( ul pro sinii Mexicano ) insulae innumerabiles; videtiirqiie Indiarum mollis beata et friabilis terra hoc fluxu et eluvie aeterna tandem esse perrupia atque perfossa, adjuvante Hcrrae molualiquo universali ; cumolim aCliersonneso aurea versus orientem et méridien! continua fuisse pcrhibeaiur : jamque effuso Oceano, qui a tergo erat inter Sinas et Americam, liltora illaMoLuccarum aliarumque vicinaruni insularnm inaltum exporrecta, quippe subsidente maris superficie, fidem hujus rci opprimant.
«Quin etTaprobaneex eo submersa videtur (ut quidem constat ex relatu Calecutientiuni, aliqua etiam ibi locorum submersa esse olim) Oceano Sinensi per effractas portas inindicuminfuso, uthodieniiiil de Taprobanc cxtel, prxtcr vcrliccs niontiuni, qui specieni exhibent insularuni inhunierabiliuni sub noniine Maldivarum. Nam ibi loci sitam fuisse olim Taprobanen, ex adverse scllicel ostlorum Indi et promontorii Corii, versus
LE CARTKSIANISMIi:. ,317
« Ces (lélîiils étaient étrangers à mon sujet; j'ai voulu les exposer de suite, pour appuyer mon assertion de la force tractoire de la luae.
« Il suit de là que si la force de la lune s'élend jusqu'à la terre, à plus forte raison celle de la terre doit s'étendre jusqu'à I«1 lune et beaucoup plus loin ; et que rien de ce qui est analogue à la nature de la terre, ne peut échapper à cet le force tractoire.
« Rien n'est léger absolument s'il est matériel; il ne peut être léger que comparativement, parce qu'il est plus rare, soit de sa nature, soit que la chaleur l'ait dilaté. Je n'appelle pas rare ce qui est poreux ou creux, mais, en général, ce qui, sous
mcridiem, facile est ex cosmograpliis, et Diodoro Siculo probare; cum eliam in historia ecclesiaslica quidam perliibealur fuisse conimunis épiscopus Arabise et Tappobanae, uiique vicinae, non vero quingentis milliaribus germanicis (iiuo vero per anfractus illi aetati usitatos, amplius mille) in orientem remotae. Quae vero hodie Taprobane putalur Sumatra insula, camexistimo olim fuisse Chersonnesum-aureapif isthmo Indiae conjunctam ad urbem Malaccam. Nam Chersonnesus, quam hodie credimus aurea, non multo magis Chersonnesus dici posse videtur, quam Italia.
« Quae quamvis erantalius loci, sic uno coniextu explicare volul, ut majorem aestui marino et per hune virluti lunae tractoriae fidem facerem.
«Sequilui'enim, si virtus tractoria lunae porrigitur in terras usque, multo magis virtuiem tractoriam telluris porrigi in lunam et longe allius, ac proinde nihil eorum quod ex terrena materia quomodocunque constat, inque altum subvehitur, complexum hune foriissimum virtutis tractoriae unquam effugere.
« Levé vero nihil est absolute, quod corporea materia constat, sedcomparate le vins est, quod rarius est sive natura sua, sive ex accidente calore. Raruni vero dico non illud lantum, quod porosum est et in multas cavilates
un volume donné, renferme moins de matière. « Le mouvement suit la déûnilion de la légèreté. H ne faut pas s'imaginer que les corps légers montent et ne sont point attirés : ils sont moins attirés que les graves, et les graves les expulsent; mais quand cet effet a lieu, ils s'arrêtent à la place qu'ils occupent, et y sont retenus par la terre. Mais, quoique la vertu tractoire de la terre s'étende fort loin, cependant, si une pierre était lancée à une distance comparable au diamètre de la terre, il est vrai que la terre se mouvant, la pierre ne la suivrait pas si exactement, et que sa force de résistance se combinerait avec la force tractoire de la terre, et qu'ainsi elle se dégagerait en partie de la force Cractoire de la terre ; ainsi que nous voyons dans les projectiles qui s'écartent du lieu où ils ont été lancés, sans que le mouvement de la terre
dehiscit, sed in génère, quod sub eadem loci amplitudine, quam occupât gravius aliquod, minorem quantitatem materix corporex concludit.
H Levium definitionem sequitur et motus. Non enim est existimandum, illa fugere ad superficiem usque mundi, dum feruntur sursum, aut non attrahi a terra : minus enim attrahuntur quam gravia, et sic expelluntur a gravibus, quo facto quiescunt, rctinenturque a terra loco suO.
Etsi vero virtus tractoria terrae, ut dictum, porrigitur longissime sursum; tamen si lapis aliquis tanto intervalio abesset, quod fieretad diametrum tellurls sensibile : verum est, terra mpta, lapidem taleoi non plane secuturum, sed suas resistendi vires permixturum cum viribus terrx tractoriis, atque ita se explicaturum nonniiiil a raptu illo telluris : non secus atque motus violentus projectilia nonniliil a raplu tclliiris expllcat, ut vnl praecurrant, projecta versus orionicni, vel destituantur, si in occldcn-
LK CARTÉSIANISMK. 3|9
puisse empêcher ce inouvement, quand il est dans toute sa force.
« Mais parce qu'aucun projectile ne* peut être 'ancé à la cent millième partie du diamètre de la terre, il s'ensuit que la fumée et les nuages ne peuvent résister au mouvement général ;' ainsi, ce qui sera projeté perpendiculairement retombera au même lieu, nonobstant le mouvement de la terre, qui entraîne avec elle tous les corps qui sont dans l'atmosphère, comme si ces corps la touchaient.
« Ces vérités bien comprises, et soigneusement examinées, on verra s'évanouir cette absurdité et cette impossibilité imoginaire qu'on objectait au mouvement de la terre. »
Icm projiciantur : aique ila locum suum, a'quo projecta sunt , vi compulsa deserant : neque raptus lerrs hanc violentiam in solidum impedirc possit, quamdlu violenius motus in suo vigore est.
« Sed quia nuUum projectile ceiities millesimam diametri terrae partem a superficie terraeseparatur, ipsaeque adeo nubes, atque fumi, quae minimum terrestris materiae obtinent, non millesima semidlametri parte evolant in altum: niliil igitur potest nubium, fumorum,et eorum^quac perpendiculariter in altum projiciuntur resisteulia, et naturalis adquietcm inclinatio, niliil, inquam, potest ad impediendumiuinc sut raptum; utpotc adquem liaec resistentia in nulla proportîone est. Itaquequod perpendiculariter sursum est projectum, recidet in locum suum, nihil impeditum motu telluris, ut quae subduci non potest, sed una rapit in aère volantia, '\\ magnetica sibi non minus concatenala, quam si corpora illa contingeret.
«Hisce propos! tioni bus mente comprehensis et diligenter trutinatis, non tantum evanescit absurditas et falso imaginata impossibilitas physica motus terrae : sed eliam palebit, quid ad objecta physica, quomodocunquc informata, sil respondcndum. » Stella Martis^ inlroduc.
3â0 LF. CARTÉSIANISMK.
c< Voilà, S ccrie Delambre, à qui nous omprun- « tons celte traduction libre, voilà qui était neuf, « vraiment beau, et qui n'avait besoin que de quelce ques développements et de quelques explica- « lions. Voilà les fondements de la physique mo- « derne, célesle et terrestre (1).»
Sans doute, on y réconnaît la puissance du génie devinaleur, qui, dans les temps modernes, n'a point de rival, et qui, dans l'antiquité, ne rencon t re que Py ihagore .
Cependant que tirer de ces anticipations étonnantes, qui ne mettent sur la voie d'aucun calcul important, qui respirent les forces animales, qui circonscrivent Tattraction entre les corps analogues de nature, qui par là supposent que la malière n'est pas la même dans tous, et qui étendent la gravilé de la terre seulement beaucoup plus loin que la lune? Comment dès lors être conduit à voir dans cette gravilé un cas particulier d'une pesanteur universelle? Si, comme Delambre le dit, les vues de Kepler n'^ont besoin que de quelques développements et de quelques explications, ces développements et ces explications ont besoin d'une révolution complète dans les idées.
N'est-ce pas par la manière dont Descartes conçoit la matière, qu'ont été découvertes les lois géné-
(1) HiH, dç VAstron, moderne^ t. I, p. 391. ^ •
LK cartésianisme:. 321
raies de la réfraction simple et de la réfraction double? Snellius, en tâtonnant, j'imagine, a trouvé la loi de la réfraction simple, et sans trop bien la comprendre, nec tamen, quod invenerat^ satts intelligeret y dit Huyghens (1). Il est douteux qu'on fût ainsi parvenu empiriquement à la loi de la réfraction double. En vain Kepler tente de démontrer celle de la réfraction simple. II s'avise néanmoins d'employer la décomposition du mouvement; mais faute d'une explication de la lumière qui la ramène aux principes de la dynamique, cette heureuse idée ne lui réussit point. Ajoutons pour être vrai, qu'il ignorait la loi et la cherchait en même temps que la preuve. En fait d'hypothèses, car l'attraction n'en est pas une, en fait d' hypothèses, que comparer aux ondes dont Descartes est le créateur ? Quelle autre a ainsi rendu raison des expériences et lés a quelquefois devancées? Ne semble-t-elle pas le secret de la nature, dans les phénomènes du son, de la lumière, du calorique, peut-être de la gravitation, déjà en partie de Télectricité, du magnétisme, et être destinée à montrer la plus merveilleuse unité de moyens, au milieu de la plus merveilleuse variété d'effets?
La loi du mouvement primitif en ligne droite est si simple, se présente si naturellement, que, si
(1) DiopL, p. 2.