II
perçoit d'autre différence entre la mélaphysiqoe et les mathëmatiques que celle de l'expression ou de la forme des propositions (1) ; c'est uniquement parce qu'il n admet qu'un seul genre primitif d'idées dans l'entendement divin, où il s'^en trouve deux ; et, quoiqu'il fasse consister la substance dans la seule force, il se déclaie pour les idées de grandeur , parce qu'encore une fois elles frappent davantage, sont plus saisissables, et que sa force pure lui échappe*
Terminons. Il résulte de cetle théorie véritable de la substance, que la prétention de tout soumettre au calcul, dont nous parlions en commençani, n'est pas en soi plus matérialisme que spiritualisme ; que le premier philosophe même qui Tait combatlue^ Tracy, est un matérialiste, qu'elle n'est matérialisme que si par là on entend Tanéantissenient de la substance, /qu'elle mutile et détruit; que la constitution de la substance, soit spirituelle, soit matérielle, ne souffre le calcul quedansles rapports de grandeur, et fait des mathématiques une science spéciale qui ne peut d'aucune façon s'appliquer aux autres. Si l'on examinait en détail l'applications du calcul des probabilités aux phénomènes de l'univers, aux é\énements de la vie et des sociétés, on verrait qu'elle conduit toujoure à des résultats faux ou illusoires, et qu'elle est une des
(I) OEuu., t. 1. p. 309, 323,
DK LA SUBSTANCE. ^19
plus grandes extravagances qui soienl tombées clans Tespril humain*
On hausse les épaules de pitié, quand on voit I^place étourdir le monde de ce qu'il prélond devoir au calcul des proba'bilités en découvertes astronomiques (1), et s'immoler ainsi lui-même à une pareille théorie, car si les découvertes dont il parle, ont échappé à ses prédécesseurs, si lui seul les a failes, d'abord c'est qu'il est venti le dernier, qu'il a été secondé par l'impulsion qu'ils avaient donnée et par leurs travaux, et qu il a eu le courage de pousser plus loin les approximations; ensuite c'est qu'en général il avait plus de confiance dans, les observations qu'eux, surtout que Lagrange, qui, n'ayant pu expliquer, aussi vite sans doute qu'il le désirait, l'accélération séculaire du mouvement de la lune, en nia l'existence, moyen commode, quoique peu neuf, de sortir d'embarras ; enfin, c'est qu'il avait un talent parliculier poiu' les applications, (|ue, sous ce rapport, il surpassait Lagrange, par exemple, autant que Lagrange le surpassait sous le rapport de l'analyse. Quant au calcul des probabilités, il ne lui est pas plus redevable de ces découvertes que d'être né en France plutôt qu'en Chine.
Laplace cherche, avec ce calcul, si c'est par hasard, ou par une cause que les planètes, les satelli-
(I) Esfaiphil. xur le^ 'prohahiWr'fi^ p. 105.
^'20 THitORIK
tes et le soleil onl leurs niouveinenls dans le mèuie sen^ el dans des plans peu inclines les uns aux autres, et il trouve, tantôt (1) qu'il y a plus^de deux cent mille milliards à parier contre un, tantôt (2) qu'il y a seulement plus de quatre mille milliards à parier aussi contre un, que cette disposition ne tient |K>inl au hasard. La probabilité, comme on voit, diminue singulièrement dans l'espace de quatre ans. Mais c'est le moindre inconvénient; le géomètre aux probabilités, n'est pas obligé d'être d'accord avec lui-même, ni de savoir précisément ce qu'il dit. Les plus considérables des mouvements dont il s'agit concourant, parleur direction commune, à la stabilité de notre système astroiiomique(3), el pour lors entrant dans les vues de celui qui l'a créé et qui le conserve, demander si c'est fortuitement qu'ils vont du même côté, revient à demander si c'est fortuitement que les hoaimes portent la tête sur les deux épaules, au lieu de la traîner aux talons.
Sans le dire ouvertement, Laplace insinue, laisse paraître que d'après le calcul des piobabilités, les preuves de la religion chrétienne s'aifai-
(1) Précis de Vhisi. de VAalr., p. 1^5, an. 1821. " (2) 'Essai'phil. sur les probabilités^ p. 124, an. 1825.
(3) Dans la Connaissance des temps^ de 1843 et de 1844, M. Leverriei* u repris, avec un soin nouveau cl une sévërilé parliculièrc, l'examen des variations séculaires.
DE LA SUBSTANCK, k'^i
blissent graduellement (1) sous Faciion du temps. Or, pour qui enteml la nature de l'homme et la marche du monde, il est manifeste, au contraire, que sous l'action du temps, qu'avec le cours des siècles, les preuves de la religion chrétienne se fortifient sans cesse, puisque, faisant successivement descendre dans l'ordre des choses humaines les principes éternels de l'ordre, sa vérité et son évidence éclatent de plus en plus par la vérité et l'évidence des immenses et incessants progrès de la civilisation moderne, qui est celle du genre humain, et qui bientôt l'embrassera sur le globe entier.
Le calcul des probabilités ne peut s'appliquer qu'aux jeux de hasard. Encore, je ne sais si M. Poinsot ne trouverait pas quelque bonne raison pour l'exclure même de là et le reléguer de toutes les manières parmi les conceptions les plus creuses qui puissent dégrader les sciences. M. Cournot l'a bien plutôt sapé qu'affermi par les erreurs qu'il a signalées dans son Exposition de la Théorie des chances et des probabilités.
(1) Essaiphil.^p. 157.
FIN DE LA THKORIK DK LA SUBSTANCK.
DE