DEUXIÈME PARTIE
rotations suivant deux axes perpendiculaires entre eux : c Qu'arriverait-il, si une double rotation avait lieu en même temps autour de deux axes perpendiculaires entre eux, Tun horizontal, Tautre vertical ? Il n'est pas douteux que, par Taction de Tun des tourbillons, les corpuscules seraient poussés dans leur chute vers Taxe horizontal, et que par Taction de Tautre, ils seraient poussés vers Taxe vertical. » De ces actions combinées, Bûlffinger prétend qu'il se forme une direction vers le centre. C'est vrai pour les points situés à égales distances des pôles des deux axes, puisqu'ils décrivent de grands cercles ; non pour les autres, qui décrivent des courbes à doubles courbures dont les normales ne vont point au centre. Par conséquent le but est manqué, et ensuite l'explication ne semble guère moins arbitraire et moins impossible que dans l'état où l'inventeur l'avait présentée.
En 1707, Yillemot avait imaginé (1) dans les corps célestes un fluide bouillonnant, mais avec plus d'impétuosité dans le soleil que dans les planètes. Ce fluide, pressant la matière éthérée environnante vers la circonférence ou surface du tourbillon,amène une réaction vers le centre, où sont entraînés les corps grossiers, par la même raison, dit-il (2), que, l'eau tendant en bas, fait monter le liège pour prendre sa place. Cette hypothèse s'accommode aux phénomènes, mais n'est-elle pas encore tout & fait b&tie en l'air? D'ailleurs Jean BemouUi (3) remarque
(1) Nouveau syitème ou nowftlh e^lieaHon du mouvement des planètee,
(3) Nouvelle phytique céUete^ art. 44. ReeuaH des prix, etc., t. m.
ut LE GARTËSIANISIIE.
très à propos que, c p^ la loi de Thydrostatiqae, la pression se communiquant également sur toutes les parties de la matière étbérée, le corps qui en est environné doit soutenir une compression uniforme tout à Tentour, et sera par conséquent pressé par devant tout autant qu*il Test par derrière ; ce qui lui fera garder un parfait équilibre. » Cependant il s'empare lui-même du bouillonnement, qu'il suppose être celui d'un fluide, comme le premier élément de Descartes, auquel se trouve mêlée une énorme quantité de globules, comme ceux du second élément du même philosophe.
t Par rébuUition effroyable de ce fluide, dit-il, les globules s'entre-choquent avec violence, se rompent et deviennent d'une subtilité qui surpasse la force de l'imagination. Dans l'agitation sans égale et la collision perpétuelle de ces débris, consistent la lumière éclatante et la chaleur excessive du soleil, hors duquel ils sont continuellement chassés avec une rapidité à parcourir mille diamètres de la terre en une minute, vitesse de la lumière d'après M. Roemer ; et comme cette explosion se fait de tous côtés ou vers toute les plages du monde, il y a autant de rayons partant du soleil, que l'on peut imaginer de lignes droites tirées du centre vers toute la circonférence de son tourbillon, et chaque rayon est une file rectiligne d'une infinité de massules qui se suivent immédiatement les unes après les autres, avec cette prodigieuse vitesse. Rien n'empêche donc de concevoir, qu'à cause de leur extrême petitesse, elles pénètrent librement tous les pores des corps grossiers sur lesquels elles tombent.