PREMIERE PARTIE
ce que la vérité^ sinon la réalité connue? Or, il n'y a point de réalité ou d*6tre en général, il n'y a que tel ou tel être. Dieu lui-même, puisqu'il a une substance propre, n'est point un être universel, mais un être singulier au-dessus de toute ligne. Ainsi le fondement premier de toute connaissance est pour chaque esprit de contempler la réalité de sa substance pensante, d'où ensuite il passe au reste. Par exemple, de ce qu'il se voit exister en se voyant penser, il en conclut que tout ce qui pense existe. Et s'il veut se rendre raison de la proposition générale, tout ce qui pense existe^ il est obligé de venir à la proposition particulière^ je pense^ donc feœiste^ qui ne se conclut d'aucune autre, mais qui naît d'un simple regard de l'esprit sur luimême. On demandera peut-être (1) pourquoi Descartes ne l'a point expliqué dans les illf^(/tia(ton^, mais seulement dans les Réponses aux objections ; je réponds que c'était inutile. La lumière naturelle, l'évidence primitive, esisehtielle, n'^est-elle pas elle-même sa propre explication? Tout ce qu'il aurait pu dire, que serait-ce devant le fait de la pensée ramenée eh soi-même et se prenant en flagrante vérité d'existence?
Une autre erreur aussi singulière, c'est celle de Malebranche et de Locke, qui prétendent être certains qu'ils existent, tout en soutenant que l'âme ne se connaît point (2). Je sais que je suis^ dit le premier, parce que je
(1} M. Coosfai, Frag, phil, sur le vrai sent du cogito, ergo sam. (2) Mal, Rép, à Arnauld, t. I, p. 269. — Locke, Essai sur l'EnU hum., liv. IV, cà. a, art. 3; lif. H, eh. xxm, art. 5.
me sens; mais je ne connais point mon âme par son idée. Non, de cela seul que je me sens, je ne sais point que je suis. Je ne sais pas même que je me sens, car sentir n*est point savoir. Je ne puis savoir que je me sens que par mon intelligence, qui, seule se connaissant, me donne de connaître mon sens intime et d'apprendre que j'existe. Pour savoir que j'existe, il me faut l'idée d'exister. Oii la prendre que dans mon existence? Qu'est-ce que l'y prendre, sinon entendre que j'existe ? Qu'est-ce que entendre que j'existe, sinon entendre que je suis quelque chose qui entend ou qui pense ; sinon entendre que ce que je trouve dans mon existence, c'est d'entendre ou de penser ; enfin sinon entendre que voilà ce que j'y saisis immédiatement de fondamental? S'il est des êtres qui n'entendent rien, ils n'existent point pour eux, ils n'existent que pour ceux qui les entendent. Quand je pense, que se passe-t-il en moi? Je comprends d'abord que je suis pensant. De là l'idée de l'être et l'idée de l'intelligence, qui sont inséparables ; de là encore Tidée de la vérité, puisque ce que je comprends est bien tel que je le comprends. Je me plais à le comprendre, je m'y attache ; de là l'idée du bien. Ainsi des autres. Toutes ne sont que mon essence pensante ; d'où il suit que nous connaissons notre âme par son idée; que sans son idée, il nous est impossible de savoir qu'elle, ni aucune autre chose existe, puisque son idée est pour nous l'idée de l'existence, idée nécessaire pour connaître l'existence de quoi que ce soit Malebranche et Locke ne comprennent point le je pense, donc je suis, de