‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 12 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

leur maître. Que serait-il, qu'un combat de mots, s'il n^était établi sur la conception claire et distincte du sujet qui pense ? Ils ne sentent pas que le doute est comme un fouet terrible, dont Descartes frappe des deux mains la pensée sans relâche, jusqu'à ce qu'il l'ait forcée de se replier sur elle-même, et de voir que son être est de penser.

« On ne peut nier, dit Locke, que nous n'ayons en e nous quelque chose qui pense ; le doute même que c nous avons sur sa nature est une preuve indubitable c de la certitude de son existence ; mais il faut se ré- « soudre à ignorer de quelle espèce d'être elle est (1). t

Le doute sur la nature de la chose qui pense en nous, prouve si peu l'existence de cette chose, qu'au contraire il la rend incertaine. Tant que je doute de ce que je suis, comment puis-je assurer que je suis quelque chose de réel, et non pas simplement une apparence, une illusion ? Tant que sous l'acte de douter, je n'ai point découvert ce qui doute, tant que je n'ai point vu qu'il subsiste avant et après cet acte, qu'il est capable d'en produire une infinité de semblables, et qu'il est indépendant de tous, sur quoi m'appuyer pour affirmer qu'il existe? Dira-t-on que tout acte suppose une puissance qui le produit? Je le veux ; mais ce principe même, oii le prendre, si ce n'est au fond de nous, en y voyant la pensée agir? De quelque côté donc qu'on se tourne, on ne saurait éluder la nécessité de se connaître.

« Il ne semble pas, objectait-on à Descartes, que ce

(1) Eêtai sur l'Ent, Atim.,Uv. lY, cliap m, art 6.

f soit un argument fort certain de notre existence de ce 4 que nous pensons ; car, pour être certain que vous c pensez, vous devez auparavant savoir ce que c'est que

< penser ou que la pensée, et ce que c'est que votre exisc tence : et, dans Tignorance où vous êtes de ces deux c choses, comment pouvez-vous savoir que vous pensez c ou que vous êtes? Puis donc qu'en disant je pense^ vous f ne savez pas ce que vous dites, et qu'en ajoutant donc c je suùy vous ne vous entendez pas non plus, que même c vous ne savez pas si vous dites ou si vous pensez quel- « que chose.» . il est évident que vous ne pouvez pas sa- € voir si vous êtes, ou même si vous pensez (1). t

« C'est une chose Irès-assurée, répond Descartes, que personne ne peut être certain s'il pense et s'il existe, si premièrement il ne sait ce que c'est que la pensée et que Texistence, non que pour cela, il soit besoin d'une science réfléchie ou acquise par une démonstration. • . il suffit qu'il sache cela par cette sorte de connaissance intérieure qui précède toujours l'acquise (2). j^

* Du reste, poursuit Locke, c'est en vain qu'on vou-

< drait, à cause de cela, douter de son existence, comme t il est déraisonnable, en plusieurs autres rencontres, de « nier positivement l'existence d'une chose, parce que « nous ne saurions comprendre sa nature (3). w Pourquoi l'ignorance touchant la nature de certaines choses, telle que celle du soleil, n'autorîse-t-elle pas à douter de

(1) Desc , (Etiv.,t. Il, p. 318.

(S) Ibid,, p. 333.

&) Essai sur Vint., Iît. IV, cbap. m, art. 6.

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