Deuxième partie
laquer ina matière subtile dans un certain imprimé de deux ou trois pages, j*ai sujet de croire qu'il suit les passions de son ami (1). »Bossul supprime cette dernière phrase. Dans sa réponse à Garcavi, qui lui avait raconté Texpérience, Descàrtes dit : «J'avais quelque intérêt à la savoir, à cause que c'est moi qui avais prié M. Pascal, il y a deux ans, de vouloir la faire, et je l'avais assuré dit succès, comme étant entièrement conforme à mes principes ; sans quoi il n'eût eu garde d'y penser, à cause qu'il était d'opinion contraire (2). » En effet, Pascal avait soutenu (IG&T) Thorreur du vide dans une brochure et dans ses lettres au P. Noël (3).
Bossut se demande pourquoi Pascal, qui, dans sa lettre à Ribeyre (4), rend justice à Torricelli, ne le ferait pas à Descartes, si réellement il lui avait quelque obligation? Par deux raisons, peut-être. M. R***, ou Roberval, ennemi de Descartes, ne Tétait point de Torricelli, et celuici ne pouvait guère porter ombrage à Pascal. D'un autre côté, Baillet donne à entendre que Pascal fut principalement déterminé à l'expérience par la nouvelle que Torricelli en avait tenté une pareille* c M. Pascal, dit-il, qui n'était pas encore persuadé de la solidité des'principes de M. Descartes, et qui lui promit dès lors quelques objections contre sa matière subtile, n'aurait peut-être pas eu grand égard à son avis, s'il n'eût été averti vers
(i) (Euv, deDeseartes, t. X, p. 344.
(2) Ihid,, p. 351.
(3j Œuv. de Pascal, t. IV, p. 51.
(4) /Wd., p. 198.
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le même temps d* une pensée toute semblable qu^avait eue le sieur Torricelli. Les expériences qu'il fit de la pesanteur de Tair, en i6&8, sur ces avis, se trouvaient fort heureuses ; mais il aima mieux jen savoir gré au sieur Torricelli qu*à M. Descartes (1). » Si Pascal ne s'était absolument décidé que sur le bruit de Texpérience de Torricelli, son silence à Tégard de Descartes serait moins inexcusable. Au reste, Pascal mérita mieux des sciences, lorsqu'il détermina la pression des fluides sur chaque point des parois des vases qui les contiennent, et donna les lois de leur équilibre. Cette œuvre de physique mathématique est assurément plus digne d'attention que les expériences tant vantées du Puy-de-Dôme.
Bossut commet une erreur singulière, lorsqu'il assure que la pesanteur de l'air était ignorée des anciens (2). Plusieurs auteurs en parlent, entre autres^ Âristote (3) et Plutarque (4). Ce que les anciens ignoraient, c'est que cette pesanteur fût la cause des divers phénomènes que nous savons qu'elle produit, et Descartes l'a enseigné quinze ans avant les expériences de Torricelli et dePascal. c II ne faut pas oublier, dit à ce sujet Montucla, quelques traits de la sagacité de Descaries. Dans le recueil de ses lettres, il y en a une qui porte la date de 1631 (5), et où il explique le phénomène de la suspension du mercure dans un tuyau fermé par en haut, en l'attribuant au poids
(1) Vie deDesearte$t part. 11, p. 330.
(2) Hut des math,, 1. 11, p. 3il.
(3) De cœlo, lib. IV. cap. iv.
(i) Placita vet, pML, lib. 1, cap. xii. (5) Œuv.i. VI, p. 204.