DEUXIÈME PARTIE
prîété, ainsi que l'hyperbole, dont le premier axe ekla distance des foyers sont dans le rapport des sinus d'incidence et de réfraction du verre dans l'air. Cependant les verres elliptiques et hyperboliques ne corrigent que l'aberration de sphéricité, et laissent subsister l'aberration de réfrangibilité, ignorée par Descartes. On veut encore qu'il les ait empruntés de Kepler. Sa réponse est sans réplique. «Celui qui m'accuse d'avoir emprunté de Kepler les ellipses et les hyperboles de ma dioptrique, doit être ignorant ou malicieux ; car pour l'ellipse, je n'ai pas mémoire que Kepler en parle, ou s'il en parle, c'est assuré* ment pour dire qu'elle n'est pas l'anaclaslique qu'il cherche; et pour l'hyperbole, je me souviens fort bien qu'il prétend démonlrcr expressément que ce n'est pas ^lle non plus, bien qu'il dise qu'elle n'est pas beaucoup difféi'ente. Or, je vous laisse à penser si je dois avoir appris qu'une chose fût vraie d'un homme qui a tâché de prouver qu'elle était fausse (1). » Et comment Kepler les aurait-il trouvées, puisqu'il manquait de la loi de la réfraction sur laquelle elles reposent? Ces deux sections coniques supposent les rayons parallèles, ce qui, malgré rénornic distance du soleil, n'est pas rigoureusement vrai. Dcscarles a conçu des ovales qui portent son nom, et qui réunissent les rayons obliques ou parlant d'un même point. Huyghens s'est beaucoup étendu sur ces courbes, alors curieuses (2).
Descartes se sert aussi de cette loi pour expliquer l'arc-
(t) Œnv.^i. VII, p. m,
<i) Trailr de la lumfere, chap. vi,
iss LE Cartésianisme.
en-ciel. Cette explication lui est pareillement contestée : « A regard de Tarc-en-ciel, dit Leibnitz, il doit beaucoup à M. Antoine de Dominis (1). > Jusqu'à un certain point, on peut Tadmeltre. Mais Newton va plus loin : « Quelques anciens avaient compris que Tarc-en-ciel est formé par la réfraction de la lumière du soleil dans des gouttes de pluie. C'est ce qui a été pleinement découvert et expliqué dans les derniers tepips, par le fameux Antoine de Dominis, archevêque de Spalato, dans son livre De radiisvisus et lucis^ publié à Venise en 1611 , par son ami Bartolus, mais composé plus de vingt ans auparavant. Car il montre dans ce livre comment Tarc-en-ciel intérieur est produit dans des gouttes rondes de pluie par deux réfractions de la lumière solaire et une réflection entre deux, et Textérieur par deux réfractions et deux sortes de réflections entre deux, qui sont faites dans cba* que goutte de pluie ; vériûant ses explications par des expériences qu'il fait avec une fiole pleine d'eau, et avec des boules de verre remplies d'eau et exposées au soleil pour y faire voir les deux couleurs des arcs, Textérieur et l'intérieur. Descartes, qui a suivi celte explication, a corrigé celle de Tare extérieur (2). •
Voici l'analyse de l'écrit de de Dominis, faite par Montucla. J'en ai vérifié l'exactitude, c Soit hasard, soit expérience méditée, il remarqua qu'en tenant à une certaine hauteur au-dessus de l'œil et à l'opposite du soleil, une boule de verre pleine d'eau , on en voit jaillir de la
(i) • Circa irideom a II. Antonio de Dominis non panim Inds aooepit. » Opt,f U T, p. 394. — (î) Opt., lif. 1, part, n, prop. 9, probl. 4.
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partie inférieure un trait de lunnière diversement coloré, suivant que Ton hausse ou baisse la boule un peu plus ou un peu moins. Cela le conduisit à reconnaître qu'il y avait un rayon solaire qui pénétrait la partie supérieure de la boule, à l'égard de la ligne tirée du soleil par le centre, qui allait frapper le fond de la boule et, s'y réfléchissant, sortait par la partie inférieure, pour porter à l'œil l'impression des couleurs qu'on remarque dans l'iris ; à l'égard de ces différentes couleurs, il les expliquait ainsi. Les rayons rouges étaient, selon lui , ceux qui en sortant étaient les plus voisins de la partie postérieure de la goutte, parce que c'étaient ceux qui traversaient le moins d'eau, et qui conservaient le plus de force ; car on a été persuadé de tout temps, et non sans quelque raison, que la lumière qui avait le plus de vivacité produisait le rouge. Les rayons verts et bleus, au contraire, étaient ceux qui sortaient par une partie de la goutte, plus éloignée du fond, et les autres couleurs étaient, suivant Topinion- alors reçue, uniquement formées du mélange des trois premières.
c Marc-Antoine de Dominis remarquait ensuite que tous les rayons qui donnent une même couleur, sortant d'un endroit semblablement situé à l'égard du fond de la goutte, centralement opposé au soleil, ils doivent former avec l'axe tiré du soleil, par l'œil du spectateur, des angles égaux. De là vient que les bandes des couleurs paraissent circulaires. Mais les rayons rouges sortant, dit-il. de la partie la plus voisine du fond de la gputte, ils doivent faire avec cet axe un angle plus grand ; c'est pour-
quoi ils paraîtront les plus élevés, et la bande rouge sera Textérieure. Après elle viendront les bandes jaunes, vertes, bleues, par une raison semblable* De Dominis confirmait son explication par l'exemple d*une boule de verre pleine d'eau, qui, exposée au soleil, et regardée de la manièfe convenable , présente les mêmes couleurs, et dans le même ordre, à mesure qu^on la hausse ou qu'on la bai^'se.
• Mais tout cela , nous le répétons ici , est expliqué d'une manière si obscure et si embrouillée ; enfin la plus grande partie du livre de de Dominis présente tant d'ignorance en optique, qu'on ne peut trop s'étonner que le premier essai d'explication d'un des plus beaux phénomènes de la nature ait été réservé à un physicien de cette classe. En eiïet, on le voit, dans un endroit de son ouvrage, faire du cristallin l'organe immédiat delà vue, et nier la réfraction des rayons dans les humeurs de l'œil, parce que, dit-il, si cela était, la vue serait continuellement dans l'erreur. II entreprend même de le prouver. Ce qu'il dit sur les défauts de la vue, tant chez les vieillards q\ie chez les jeunes gens, sur les moyens dont on y remédie et sur l'effet des télescopes, est tout aussi pitoyable. Enfin, la manière dont il expose la marche des rayons solaires entrant dans une goutte d'eau, et en sortant, donnerait lieu de douter qu'il ait connu la seconde réfraction qu'ils éprouvent à leur sortie.
c On doit donc se borner à reconnaître que Marc-Antoine de Dominis entrevit le vrai fondement de l'explication de l'iris intérieur. Mais en lui accordant même d'avoir