DEUXIÈME PARTIE
qu'ii y en ait tantôt plus et tantôt moins en chacune de ses parties. C'est pourquoi, lorsqu'une partie se meut deux fois plus vite qu'une autre, et que cette autre est deux fois plus grande que la première, nous devons penser qu'il y a tout autant de mouvement dans la plus petite que dans la plus grande; et que toutes fois et quantes que le mouvement d'une parlie diminue, celui de quelque autre partie augmente à proportion. Nous connaissons aussi que c'est une perfection en Dieu, non-seulement de ce qu'il est immuable en sa nature, mais encore de ce qu'il agit d'une façon qu'il ne change jamais: tellement qu'outre les changements que nous voyons dans le monde, et ceux que nous croyons, parce que Dieu les a révélés, et que nous savons arriver ou être arrivés en la nature, sans aucun changement de la part du Créateur, nous ne devons point en supposer d'autres en ses ouvrages, de peur de lui attribuer de l'inconstance ; d'où il suit que puisqu'il a mu en plusieurs façons différentes les parties de la matière lorsqu'il les a créées, et qu'il les maintient toutes en la même façon et avec les mêmes lois qu'il leur a fait observer en leur création, il conserve incessamment en cette matière une égale quantité de mouvement.
a De cela aussi, que Dieu n'est point sujet à changer et qu'il agit toujours de la même sorte , nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles, que je nomme les lois de la nature, et qui sont les causes secondes des divers mouvements en tous les corps (1). •
(1^ Princ, pari. ii. art. UG cl 3".
ii6 LE CAKIËSIANISME.
Ces lois, que Descartes appelle les causes secondes de la uaturcy sont la loi d'inertie, la loi en ligne droite, la loi de la composition du mouvement courbe, et les sept lois de la communication du mouvement, que nous avons examinées. Or, elles ne contribuent point à produire le mouvement, elles ne sont que les manières dont il est produit, que les occasions suivant lesquelles il parait et se distribue. Les esprits créés n'y contribuent pas davantage, étant seulement capables de changer la direction (i). Il en résulte que, hors les miracles, la quantité de mouvement que Dieu a mise dans T univers ne doit ni diminuer ni augmenter; car il répugne ou que Dieu n'en ait pas d'abord su la mesure convenable, ou qu'il n'ait pu la fournir, et qu'il soit obligé de venir, après coup, ajouter ou retrancher. Descartes est d'accord avec ses idées sur la cause première, sur les causes secondes et le pouvoir de l'âme sur le corps, précédemment exposées, ou, pour mieux dire, ce sont ces idées mêmes appliquées à la question présente.
£n dernier terme, la conservation de la même quantité de mouvement implique la passivité des corps et fimpuissance des esprits crées à les mouvoir. Aussi est-elle rejetée par Leibnitz , qui supposant les corps actifs, lui substitue la conservation de la même quantité de forces (2). La force, qui ne produit point toujours son effet entier, peut ne pas changer, et, selon les circon-
(1) (Euv.y t. X, p. 540.
(î) Optr,, t. ni, p. iso.