‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 139 sur 230 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

stances, donner plus^ou moins de mouvement. Cependant, pour qu'elle soit constante, il faut que tous les corps et même tous les esprits , si on l'entend de l'univers moral comme de l'univers physique, ainsi que Leibnitz paraît le faire, aient été créés à la fois, et qu'aucun ne périsse. Savoir si tous les esprits et tous les corps reçu rent l'être h l'origine, et si les corps subsistent indestructibles, comme il le prétend, c'est une question insoluble à la philosophie, et que nous ne perdrons pas le temps à discuter. Disons seulement que le contraire est plus vraisemblable et généralement admis.

Que Descartes toutefois n'ait point Tidée de l'égale quantité de mouvement, il n'ira jamais à concevoir que le mouvement se communique dans des proportions déterminées. Cette seconde idée est manifestement la suite de la première, qui préside même au calcul des lois du choc, où le mouvement est censé passer, en totalité ou en partie, d'un ccfrps à l'autre, sans éprouver dans le résultat ni augmentation ni perte. Deux corps égaux se choquant avec des vitesses égales, rejaillissent chacun avec sa vitesse; inégaux et les vitesses égales, le moindre seul se réfléchit, et ils vont ensemble du même côté, avec la vitesse qu'ils avaient avant le choc ; égaux et les vitesses inégales, le plus lent seul rebrousse chemin, et ils vont ensemble du môme côté, avec une vitesse commune, moitié de celle qu'ils avaient avant le choc; inégaux et le plus grand en repos, l'autre rejaillit sans lui imprimer aucun mouvement. Il est inutile de répéter ici toutes les lois ; on voit qu'après la percussion la quantité

de mouvement reparaît toujours égale à ce qu'elle était avant. Nul doute que ce n'est point vrai dans tous les cas. Deux corps durs ou deux corps mous, qui vont à rencontre l'un de l'autre, peuvent être réduits au repos par le choc. Mais combien il importe peu que Descartes soit induit en quelques erreurs, pour une idée à laquelle il doit de comprendre qu'il existe de semblables lois et d'en saisir plusieurs !

L'exemple de deux corps qui s'immobilisent dans le choc ne prouve point que le mouvement diminue ; il se décompose et passe du tout aux parties qui sont agitées à l'intérieur par la secousse. C'est ce que veut dire Descartes lorsqu'il parle d'un homme qui, en se promenant, fait tant soit peu mouvoir toute la masse de la terre (1), et d'une pierre qui, en tombant^ si elle ne rejaillit point, ébranle la terre qu'elle a frappée et lui transfère son mouvement (2).

Leibnitz explique aussi de cette façon, contre Clarke, la conservation de la même quantité de force (3). Clarke nie le fait, c parce que les parties des corps tout à fait durs et non élastiques ne sont susceptibles d'aucun trémoussement, faute de ressort (4). » Mais où Clarke a-t-il pris dans la nature des corps parfaitement durs et sans élasticité ?

En général, Newton et ses partisans, Clarke et Ma-

li) (Etti;., t. vm, p. 37.

:3} Op., t. Il, part. I, p. 164.

a) /fe/^.,p. 186.

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