‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 140 sur 230 · DEUXIÈME PARTIE. 3î · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 3î

claurin, ne rejettent ces mouvements intestins que parce qu'ils nient la subdivision des parties dans les corps (1), et quMls les supposent composés d'éléments indivisibles et [)rivés de tous pores (2) . • Il me semble très-probable, dit Newton, qu'au commencement Dieu forma la matière en particules solides, massives, dures, impénétrables, mobiles, de telles grandeurs et figures, avec telles autres propriétés, en tel nombre, en telle quantité et en telle proportion à l'espace, qui convenaient le mieux à la fin pour laquelle il les formait; et que par cela même que ces particules prin)itives sont solides, elles sont incomparablement plus dures qu'aucun des corps poreux qui en sont composés ; et si dures, qu'elles ne s'usent ni ne se rompent jamais, rien n'étant capable, selon le cours ordinaire de la nature, dé diviser en plusieurs parties ce qui a été fait originairement un par la disposition de Dieu lui-même. Tandis que ces particules continuent dans leur entier, elles peuvent constituer dans tous les siècles des corps d'une même nature et conlexture; mais si elles venaient à s'user ou à être mises en pièces, la nature des choses, qui dépend de ces particules telles qu'elles ont été faites d'abord, changerait infailliblement. L'eau et la terre, composées de vieilles particules usées et de fragments de ces particules, ne seraient pas à présent de la même nature etcontextureque l'eau et la terre qui auraient été composées au commencement de parti-

Ci) Exposit, des découv, phil. de ^twlou^ par Maclaurin, liv. I, cli. iv, art. 5, Irad. de Lavirottc.

2) Ibid.y liv, II, cil. ii, ail. 5.

cules entières. Et par conséquent, afin que la nature puisse être durable, l'altération des êtres corporels ne doit consister qu'en différentes séparations, nouveaux assemblages et mouvements de ces particules permanentes; les corps composés étant sujets à se rompre, non par le milieu de ces particules solides, mais dans les endroits où ces particules sont jointes ensemble et ne se touchent que par un petit nombre de points (1). » Huyghens croit aussi nécessaires des atomes d'une dureté infinie (2). La nature des choses n'aurait rien d'immuable en effet si, comme l'enseigne Descartes, l'union de leurs parties ne consistait que dans le repos, et si ces parties n'étaient déterminées que par le mouvement, et ne différaient que de grandeur et de figure. Mais dès l'instant qu'on les suppose constituées d'étendue et d'activité, la force propre que chacune possède suffit pour la maintenir dans l'état que la nature exige. Les atomes se trouvent aussi inutiles en physique, qu'inadmissibles en philosophie.

Maclaurin affirme qu'il t ne connaît dans un corps d'autre façon de perdre sa force qu'en la communiquant à un autre (3). » • Il peut paraître d'abord, dit Camot, que cela doit souffrir exception dans le cas où il y a des points fixes dans le système; mais le fait est que, dans la nature, il n'existe réellement aucun point véritablement fixe. Ces points, regardés comme fixes, pour la facilité

(1) Opt.f quest. 31, trad. de Coste.

(t) Christiani Hugenii aliorumque sctcuH xvi! tdrorum eeUbtium t^rcita-lianes mathemat. et philos,, 1833, p. 134. (3) Exposil., liv. I], ch. Il, art. 5.

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des calculs, ne sont que des masses très-considérables, et qu'on regarde comme infinies à l'égard des autres corps du système. Ainsi le point d'appui sur lequel tourne un levier est lié au globe de la terre, il est censé ne faire qu'un avec elle, il paraît fixe et ne l'est pas^ et les quantités de mouvement perdues par les corps suspendus à ce levier sont gagnées par le globe même de la terre, où elles deviennent insensibles et inappréciables pour nous. Ce qui fait que nous regardons ce point d'appui comme réellement fixe et capable de délruire les forces qui lui sont imprimées, et qu'on est obligé, en mécanique, de tenir compte de ces forces, comme si elles dérogeaient, en effet, à cette égalité constante entre l'action et la réaction en sens contraire (1). »

Concluons que le mouvement, encore moins la force, ne périt point dans le choc des corps, mais que Descartes a eu tort de croire que, dans chacune de ses lois, il se conserve sous la même forme. Ce qui n'empêche pas que la quantité de mouvement varie dans la nature. Puisque les corps sont actifs, et qu'ils n'agissent pas toujours, il y en a tantôt plus, tantôt moins. Rien de plus sensible chez les animaux et chez l'homme. Comme on ne peut guère supposer que tous les corps aient été créés en même temps, ni que ceux de l'homme et des animaux ne meurent qu'en apparence, on est obligé d'avouer que la force aussi augmente et diminue. Newton et Clarke, qui, dans le choc, nient la décomposition du mouvement des corps

(1) Priitcipeê de l'équilibre et du mouvemeiU^ p. 63.

en mouvements latents de leurs paiiies, souliennent que le mouvement diminue sans cesse dans Tunivers, et qu'il faut que Dieu l'y rétablisse (1) . La conséquence est juste, mais si étrange qu'elle aurait dû leur ouvrir les yeux sur la fausseté du principe. Au reste elle s'accorde avec ce que dit Newton, que t les irrégularités produites par taHraciion entre les corps célestes seront svjettes â augmenter jusqu'à ce que ce système ait besoin d'être réformé (2). » « Ils ont, dit Leibnitz, une plaisonte idée des ouvrages de Dieu. Selon eux, Dieu a besoin de remonter de temps en temps sa montre, autrement elle cesserait d'agir. 11 n'a pas eu assez de vue pour en faire \m mou- . vement perpétuel. Cette machine de Dieu est même si imparfaite, selon eux, qu'il est obligé de la décrasser de temps en temps par un concours extraordinaire, et même de la raccommoder, comme un horloger son ouvrage; qui serait d'autant plus mauvais maître, qu'il sera plus souvent obligé d'y retoucher et d'y corriger. Selon mon sentiment, la même force et la même vigueur y subsistent toujours et passent seulement de mati^re en matière , suivant les lois de la nature et le bel ordre préétabli. Et je tiens, quand Dieu fait des miracles, que ce n'est pas pour soutenir les besoins de la nature, mais pour ceux de la grâce. En juger autrement, ce serait avoir une idée fort basse de la sagesse et de la puissance de Dieu (3). »

(1) Op/.,qucsl.31, p.588. — Op. LWb.,l. Il, parti, p. 127, 180. ^, « Doncc liacc natursu com(>agc5 manum cmcnditricem landero mI de>ideratura. » Opi.y quesl. 31, p. 577.

^3) Op., t. Il, pari. I, p. 110.

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Déjà le calcul prouve que les perturbations des astres se compensent, et fait justice de la prétendue nécessité d'une main réparatrice; bientôt les études microscopiques, le calcul des Quides invisibles, celui des mouvements internes des parties des corps, dont, pour le dire en passant, M. Poisson s'occupait à la veille de sa mort, mettront aussi au néant la nécessité imaginaire d'une création périodique de nouvelles forces.

Leibnitz ne se borne pas à conclure de la notion de la force que la quantité de celle-ci dans le monde diffère de la quantité du mouvement; en 1686, il le prouve par l'évaluation qu'il en fait. «Selon M. Descartes et les autres mathématiciens, il ne faut pas moins de force pour élever un corps d'une livre à la hauteur de quatre aunes, que pour élever un corps de quatre livres à la hauteur d'une aune ; d'où il suit que le simple tombant de la hauteur quadruple, acquiert précisément la même force que le quadruple tombant de la hauteur simple ; car l'un et l'autre acquerraient une telle force, que les obstacles externes étant ôtés, ils pourraient remonter d'où ils seraient descendus. De plus, Galilée a démontré que la vitesse qu'un corps acquiert, en tombant de la hauteur do quatre aunes est le double de la vitesse qu'il acquiert en tombant de la hauteur d'une aune. Multipliant donc le corps d'une livre par sa vitesse, c'est-à-dire 1 par 2, le produit ou la quantité du mouvement sera comme 2, et multipliant le corps h par sa vitesse, c'est-à-dire 4 par 1, le produit ou la quantité du mouvement sera comme 4; donc l'une de ces quantités est la moitié do l'autre, quoi-

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que peu auparavant les forces aient été trouvées égales, les forces, dis-je, que M. Descartes ne distingue point des quantités du mouvement (1). » D'où il suit • qu'en cas qu'on suppose que toute la force d'un corps de quatre livres, dont la vitesse (qu'il a, par exemple, allant dans un plan horizontal, de quelque manière qu'il l'ait acquise) est d'un degré, doit être donnée à un corps d'une livre, celui-ci recevra, non pas une vitesse de quatre degrés, suivant le principe cartésien, mais de deux degrés seulement, parce qu'ainsi les corps ou poids seront en raison réciproque des hauteurs auxquelles ils peuvent monter en vertu des vitesses qu'ils ont; or, ces hauteurs sont comme les carrés des vitesses. Et si le corps de quatre livres, avec sa vitesse d'un degré qu'il a dans le plan horizontal, allant s'engager par rencontre au bout d'un pendule ou fil perpendiculaire, monte à la hauteur d'un pied, celui d'une livre aura une vitesse de deux degrés, afin de pouvoir (en cas d'un pareil engagement) monter jusqu'à quatre pieds. Mais si ce corps d'une livre devait recevoir quatre degrés de vitesse, suivant Descaries, il pourrait monter à la hauteur de seize pieds; et par conséquent la même force qui pouvait élever quatre livres à un pied, transférée sur une livre, la pourrait élever à seize pieds. Ce qui est impossible, car l'effet est quadruple. Ainsi on aurait gagné et tiré du rien le triple de la force qu'il y avait auparavant... (2). Ainsi t7 ne se

(1) Oper., t. ni, p. 180, Irad. libre par TabW do Conli. !bid,. p. 183. (2)0p«-.,t. III, p. 197.

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