PREMIÈRE PARTIE. tê
ments longs, ni courts, pour distinguer Tâme du corps^ c'est-à^ire qui faille y arriver de conséquence en conséquence, en partant de quelque principe. Dans ses Médiialions^ Descartes paratt beaucoup raisonner^ mais ce ne sont que des réflexions vigoureuses, par lesquelles Pâme se démêle de ses préjugés, revient à elle-même, se voit distincte du corps, et cette distinction est le résultat des efforts qu'elle fait pour s'affranchir, et non point la conclusion d'aucun argument. Et sur quoi Descartes 8*appuierait-il pour raisonner, lorsqu'il commence par chasser toute connaissance, toute notion, par conséquent tout principe?
t Voici, continue Arnauld, une autre raison de Matebranche : Je crois pouvoir dire que t ignorance où sont la plupart des hommes ^ à F égard de leur dme, de sa distinc^ lion d'avec le corps^ de sa spirittuUité^ de son immortalité et de ses autres propriétés ^ suffit pour prouver évidemment que Von n'en a point d'idée claire et distincte, c Si les
< erreurs des hommes et les doutes déraisonnables qu'ils c ont tous les jours sur des choses très-certaines, peu- « vent être allégués pour prouver que nous n'avons pas c d'idées claires des choses dont il leur platt de douter, c il n'y a plus rien dont on puisse dire que nous avons « des idées claires. Car y a-t-41 rien dont les sceptiques « ef les pyrirhoniens n'aient fait profession de douter ? ^ Qciedl,:d6cejgénéral, nous descendons au particulier,
< eofiitdent; MAtebranche n'a-t4l pas vu qu'on n'avait « pas moins de droit de conclure de ce qu'il dit que les « hommes n'ont point d'idée claire et distincte de leur
corps ? Car les épicuriens n*ont nié la spiritualité et riminortalité de Tàme, que parce qu'ils ont cru que leur corps était capable de penser. Et il n'y a encore présentement que trop d'impies qui sont dans le même sentiment. Or, si les uns et les autres avaient eu une idée claire de leur corps, ils n'auraient pas eu cette pensée» puisque, selon cet auteur, qiuind on a une idée claire d'une chose^ on voit sans peine et, d'une vue simple ce qu^elle enferme et ce qu'elle bxclut. Donc cette raison ne prouve rien, ou elle prouve autant contre la clarté de l'idée du corps ou de retendue, que contre la clarté de celle de l'âme (1). » Il faut savoir que, d'après Malebranche, nous avons une idée claire et distincte du corps, qu'il fait consister dans l'étendue seule. N'avoir qu'une idée confuse et obscure de F&me, ou ne pas en avoir du tout, c'est pour lui la même chose. Cependant, comme quelqu'un qui n'est pas sûr de soi, il emploie ordinairement la première expression, qui est moins dure. Malebranche, en niant que l'âme se connaisse, la retire d'elle-même, où Descartes l'a rappelée, et ruine l'un des deux fondements de la philosophie ; il ruine l'autre, en niant qu'elle connaisse Dieu par une idée qu'elle ait en soi ; car il prétend qu'elle ne le connaît que parce qu'il agit sur elle, qu'il la presse et la pénètre de sa substance. A cet égard, Malebranche détruit l'œuvre de Descaries; mais, sous un autre rapport, il la continue, prenant la philosophie où Descartes l'a laissée, c'est-à-dire au r^p-
(f ) Ffolit et fmmu Mm, cb. xxm.