‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 17 sur 230 · DES IDÉES ET DES SUBSTAI^CES · texte numérisé non relu

DES IDÉES ET DES SUBSTAI^CES

Pour 8* être borné à rappeler la pensée à elle-même et & Dieu et n'avoir point approfondi la nature des idées et des substances, Descartes tend à tous les systèmes, et fournit des armes à toutes les écoles. £t comme jamais rénovateur ne fut aussi énergique, jamais aucun ne provoqua de si puissantes luttes, et ne suscita, pour Tinstaruction du genre humain, d'aussi savantes et d'aussi solennelles discussions.

§ L — Première tendance de Descartes.

c L'idée d'un être souverainement parfait ou de perfection infinie est née et produite avec moi dès lors que j'ai été créé, ainsi que Test l'idée de moi-même. Et de

vrai, on ne doit pas trouver étrange que Dieu, en me créant, ait mis en moi cette idée pour être comme la marque de r ouvrier empreinte sur son ouvrage ; et il n'est pas aussi nécessaire que cette marque soit quelque chose de différent de cet ouvrage même ; mais de cela seul que Dieu m* a créé, il est fort croyable quMI m'a en quelque façon produit à son image et semblance, et que je conçois cette ressemblance dans laquelle Tidée de Dieu se trouve contenue, par la même faculté par laquelle je me conçois moi-même^ c'est-à-dire que lorsque je fais réflexion sur moi, non -seulement je connais que je suis une chose imparfaite, incomplète et dépendante d'autrui, qui tend et qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis, mais je connais aussi en même temps que celui duquel je dépends possède en soi toutes ces grandes choses auxquelles j'aspire et dont je trouve en moi les idées, non pas indéfiniment et seulement en puissance, mais qu'il en jouit en effet actuellement et mfmiment, et ainsi qu'il est Dieu (1). »

Ainsi l'idée relative et créée de perfection, qui est en nous et qui fait le fond de notre esprit, est l'image et la ressemblance de la perfection infmie, qui est en Dieu, c'est-à-dire de l'idée absolue et incréée de perfection, qui fait le fond de l'esprit divin, et cette idée relative^ créée, qui est en nous, dépend de l'idée absolue et éternelle, qui est en Dieu et ne peut exister sans elle. Lorsque nous concevons l'une, nous concevons aussi l'autre, de sorte que pour

(i) (Kuv. de Due., . I, p. f90, troisième Méditalioo.

PREIHÈRE PARTIE. 41

Descaries, c Fidée que nous avons de notre propre entendement, ne lui senoible point différer de celte que nous avons de Tentendement divin, sinon seulement comme ridée du nombre binaire ou ternaire diffère de Pidée d^un nombre infini (1). 11 est très-évident que cette vertu admirable et très-parfaite de penser que nous concevons être en Dieu, est représentée par celle qui est en nous, quoique beaucoup moins parfaite (2). » D'où il suit que les idées sont à la fois en Dieu et en nous, mais en Dieu dans leur source première et dans leur plénitude, et en nous seulement dans une certaine mesure et dans leur source seconde.

Cette vraie manière de concevoir les idées, qui est celle de Platon et de saint Augustin^ a été suivie, dans Técole cartésienne, par Bossuet et Leibnitz^ et défendue principalement par celui-ci. Mais elle n'est point assez explicite dans Descartes, pour prévenir les méprises, surtout si Ton considère lés autres passages qui la contredisent et la renversent.

§ II. — Deuxième tendance de Descartes.

Dans les passions de F âme (â) , Descartes dit que les perceptions sont passives^ ce qui implique que Tentenderoent Test aussi. Ailleurs il le développe par une compa-

(1) Œuv* de Dtffc., 1. 1, p. 422.

U) T. Il, p. «n.

&i T. IV, p. 54, art. 19.

raison. « Je ne mets d'autre différence entre Tàme et ses idées, que comme entre un morceau de cire et les diverses figures qu'il peut recevoir ; et comme ce n*est pas proprement une action^ mais une passion dans la cire de recevoir diverses figures, il me semble aussi que c'est une passion dans l'âme de recevoir telle ou telle idée, et qu'il n'y a que ses volontés qui soient des actions (1). > Si l'on considère d'un autre côté qu'il réduit les corps à l'étendue seule et les suppose inertes^ n'ayant d'autre mouvement que celui que Dieu leur a communiqué à l'origine et qu'il leur conserve par une action immédiate sur eux, on verra en Descartes une tendance à enlever toute acUvité à l'âme^ comme au corps, et à supposer que Dieu fait tout en elle, par conséquent, à abolir les causes secondes, pour ne reconnaître que la cause première, et la constituer substance unique des esprits et des corps. Spinosa et Malebranche trahissent cette tendance, en s'y précipitant, avec cette différence insignifiante que l'un s'avoue panthéiste, et que l'autre ne veut point Tétre.

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