‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 185 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Mais Dieu, répondra encore Fauteur, ne compare pas le néant et Têtre le plus parfait entre eux : s*il les comparait ainsi, il préférerait nécessairement la création au néant ; il les voit seulement dans une espèce d'égalité par rapporta sa souveraine perfection, parce quMl peut également se passer de Tun et de Tautre. Hé bien, continuerai-je, pourquoi ne voulez-vous pas aussi que Dieu regarde avec la même indifférence le plus parfait et le moins parfait, comme étant tous deux dans une espèce d'égalité par rapport à sa souveraine perfection, parce qu'il peut également se passer de Pun et de l'autre, et qu'ils lui sont tous les deux infiniment inférieurs, en sorte qu'aucun d'eux ne le puisse déterminer invinciblement ?

» Choisissez : ou supposez que Dieu ne compare point les choses entre elles, et qu'il regarde les plus inégales comme étant égales par rapporta lui, parce qu'il peut se passer également de toutes ; ou supposez qu'il les compare entre elles. Si vous supposez qu'il ne les compare point entre elles, mais seulement qu'il les regarde dans une sorte d'égalité^ comme lui étant inflniment inférieures, dès ce moment vous reconnaissez Dieu aussi libre pour choisir entre le plus parfait et le moins parfait, que pour choisir entre faire le monde et ne faire rien. Que si V0U6 supposez au contraire que Dieu compare les choses entre elles, et que c'est par rapport à cette comparaison qu'il se détermine, n'avouerez-vous pas que, comme l'ordre le détermine au plus parfait, en le comparant avec le moins parfait, il doit aussi le déterminer à la création du monde, en comparant le monde, qui est l'ouvrage le

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plus parfait selon vous, avec le néant, qui est rirnperfection souveraine?.... Quoi donci quand Dieu. choisit en* tre deux desseins de son ouvrage, un seul degré de perfection dans Tun plus que dans Tautre emporte la balance, détermine Dieu invinciblement, ef lui ôte toute sa liberté ; mais quand Dieu choisit entre faire le monde et ne le faire pas, c'est-à-dire entre l'être le plus parfait et le néant, tous les degrés de perfection possibles rassemblés ne peuvent déterminer Dieu et l'emporter sur le néant.

j> Mais encore ce grand choix, ce profond conseil de Dieu, qui se détermine à créer le monde, devrait être sans doute le plus grand effet de sa sagesse. Cependant, selon vous, c'est une action indélibérée, une action sans raison. Souvenez-vous que vous dites souvent que Keu agirait sans raison, et d'une manière indigne de son infinie sagesse, toutes les fois qu'il agirait sans être déterminé par l'ordre à choisir le plus parfait. S'il n'est point plus parfait à Dieu de créer le monde que de ne le créer pas^ Dieu l'a donc créé sans raison et d'une manière indigne de sa sagesse. Si, au contraire, il lui est plus parfait de le créer que de ne le créer pas, je reviens toujours à conclure qu'il l'a donc créé nécessairement, et qu'il n'a eu aucune liberté à l'égard de son ouvrage (4).»

c S'il a été nécessaire, comme nous venons de le montrer par les principes de l'auteur, que Dieu créât le monde, parce qu'il était plus parfait de le créer que (te ne le créer pas ; il a été nécessaire aussi que Dieu le

(i) Réfutation du système du P, Malebranche sur la Nature tt la Grôee eh. VI. Œuv. de Fénel., t. III. Lebel; Versailles, 1820.

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