TROISIÈME PARTIE
créât dès Tétemité : toutes choses étant égales d'ailleurs, sans doute, ce qui est éternel est plus parfait en soi que ce qui est tenaporel (1). »
L'ordre exigeant donc que le monde fût créé, a le monde a été nécessaire à Dieu pour Taccomplissement de son ordre inviolable, c'est-à-dire pour la conservation de sa nature infiniment parfaite. .. . Ainsi l'infinie perfection de Dieu dépend de la création éternelle du monde ; en sorte que Dieu ne peut non plus se passer de créer le monde, que d'engendrer son Verbe. Si cela est, l'essence divine n'est point un être absolu et indépendant; car on ne peut point la concevoir sans concevoir l'ordre, et on ne peut concevoir l'ordre sans concevoir aussi le inonde existant comme un être qui est hors de Dieu, et qui lui est pourtant nécessaire.. .. Or, ce serait à la créature une souveraine perfection, d'avoir non-seulement une existence nécessaire, mais nécessaire à Dieu même; et ce serait à Dieu une souveraine imperfection , de ne pouvoir être parfait, en un mot, de ne pouvoir être Dieu même sans l'existence actuelle de sa créature (2).» Fénelon oublie d'observer que le monde ne peut être ici appelé créature^ ni conçu subsistant hors de Dieu, qu'évidemment il fait partie de lui, qu'il a son éternité et son infinité.
Cette réfutation, supérieure à l'interminable réfutation d'Arnauld, fut peut-être inspirée par Bossuet. c Du moins, remarque l'éditeur, est-il certain qu'elle exprime
(i) Ibid., ch. vu, p. 44.
(2)iMd.,p.50.
ses sentiments, comme on peut s'en convaincre par la lecture de deux de ses lettres. Tune à Tévéque de Castorie, 23 juin 1683, l'autre à un disciple de MalebraDche, 21 mai 1687, et par Tintérét avec lequel il examina et corrigea même en plusieurs endroits le traité de Fénelon (!).•
Mais on peut montrer d'une autre manière que, dans l'optimisme, l'univers doit être infini. Dès que Dieu se détermine à créer par des raisons prises de l'ouvrage, il faut que l'ouvrage compense l'action qui le produit, et comme elle vaut l'infini, il faut qu'il le vaille également, ou qu'il soit infiniment parfait, c L'univers, selon Malebranche, quelque grand, quelque parfait qu'il puisée être, tant qu'il sera fini, il sera indigne de l'action d*an Dieu, dont le prix est infini. Dieu ne prendra donc pas dessein de le produire (2). • Cependant il ne veut pas le faire infini. « Laissons, dit-il, à la créature le caractère qui lui convient, ne lui donnons rien qui approche des attributs divins. Mais tâchons néanmoins de tirer l'univers de son état profane, et de le rendre par quelque chose de divin, digne de l'action d'un Dieu dont le prix est infini (3). » 11 a recours à l'incarnation, et, comnie nous l'avons vu ailleurs, il assure qu'elle aurait eu lieu, lors même que l'homme n'eût point péché ; que le verbe, a en se faisant homme, s'unit en même temps aux deux substances, esprit et corps, dont l'univers est composé.
(1) Œuv,, t. I, ivert, p. 42.
(2) Eotret. IX, 4. Traité de la Nature, dise, i, arU 3.
(3) EotreU IX, 5.