TROISIÈME PARTIE
pas un effet de sa volonté. Il n'existe point parce qu'il veut exister, mais par la nécessité de sa nature infinie. Sa puissance et sa science existent par la même nécessité. Il n'est pas tout-puissant, il ne connaît pas toutes choses parce qu'il le veut ainsi, mais parce que ce sont des attributs nécessairement identifiés avec lui-même. L'empire de sa volonté ne regarde que l'exercice de sa puissance, il ne produit hors de lui actuellement que ce qu'il veut, et il laisse tout le reste dans la pure possibilité. De là vient que cet empire ne s'étend que sur l'existence des créatures, il ne s'étend point aussi sur leurs essences. Dieu a pu créer la matière, un honrnie, un cercle, ou les laisser dans le néant; mais il n'a pu les produire sans leur donner leurs propriétés essentielles. Il a fallu nécessairement qu'il fit rhomme un animal raisonnable, et qu'il donnât à un cercle la figure ronde, puisque, selon ses idées éternelles et indépendantes des décrets libres de sa volonté, l'essence de Thomme consistait dans les attributs d'animal et de raisonnable, et que l'essence du cercle consistait dans une circonférence également éloignée du centre, quant à toutes ses parties. •• Cela ne se doit pas seulement entendre des premiers principes théorétiques, mais aussi des premiers principes pratiques, et de toutes les propositions qui contiennent la véritable définition des créatures . Ces essences, ces vérités, émanent de la même nécessité de la nature que la science de Dieu. Comme donc c'est par la naiure des choses que Dieu existe, qu'il est tout-puissant et qu'il connaît tout en perfection ; c'est aussi par la nature des choses que
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la matière, que le triangle, que f homne, que certaines actions de Thomme, ete. , ont tels et tels attribats esséntiellameat. Dieu a vu, de tonte éternité et de tente nécessité, les rapports essentids des nombres et f identité de l'attribut et da sujet des propositions qui contiennent resseace de ehaque chose. Il a vu de la même manière que le terme juste est enfermé dans cenx-ci : estimer ce qui est etltmaftié, aveir de la ffratitude pour sen bien foiteur^ aecmnplir les eenventions Sun eentnu^ et ainsi de plusieurs autres propositions de morale (1). »
Le propre des vérités ou idées étemelles, cTest qu'elles ne sauraient être le contraire de ce qu*eiles sont. De là le ffineipe de la eontradietion, établi pour les discerner. Sans examiner le principe en soi, Deseartes soutient que les contradictoires pravent eiister ensemble (3) . Maiebranche cherche, prine^alement dans la &* Méditation chrétienne, à rendre évideet qu'ils ne le peuvent point, et que cette impossibilité constitue TimmuaMe certitude des yérités étemeiies. Leibnitz s'attache au principe et lui en associe un autre de*son invention, relatif aux vérités contingentes. C'est le prineipe de la raison suffisante j d'iqnrès lequel rien ne se fait sans une raison qui en donne le pourquoi, à qui saurait la pénétrer, c Nos raisonnements, dit-il, sont fondés i»updeux grands principes : le premier est le principe de la contradiction^ en vertu duquel nous jugeons fauœ ce qai implique conk^adiction ;
(1) Continuation des Pemées (ttoersex, ch. cui, p. ilO. (t) T. ne, p. 171.
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et viriiûbk ce qui est opposé au faux ou qui le contredit. Le second est leprineipe de ta raison suffisante^ en vertu duquel nous voyons qu'aucun fait, aucune énonciation ne peuvent être véritables, à moins qu'il n*y ait une raison suffisante pourquoi la chose est ainsi et non autrement^ quoique ces raisons puissent le plus souvent nous être inconnues.
< Quand une vérité est nécessaire, on peut en découvrir la raison par l'analyse, c*est--à-dire en la décomposant en idées et en vérités plus simples, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à des vérités primitives. C'est ainsi que chez les mathématiciens les théorèmes de spéculation et les régies de pratique se réduisent par l'analyse à des définitions, des axiomes, des demandes. Il est enfin des idées simples dont il n'est pas possible de donner de définition. Il est aussi des axiomes, des demandes, en un mot, des premiers principes qui ne peuvent être prouvés, et n'ont pas aussi besoin de preuves, puisqu'ils ne sont en effet que des énonciations identiques.
< Mais on doit encore trouver une raison suffisante dans les vérités contingentes ou les vérités de fait, c^està-dire dans la suite des choses qui composent l'univers des créatures, et où la décon>position en raisons particulières pourrait être poussée à l'infini, à cause de l'immense variété des choses naturelles et de la division des corps à l'infini. Il y a une infinité de figures et de mouvements, présents et passés, qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture actuelle, et une infinité de petites inclinations et de dispositions de mon âme, présen-
tes et passées, qui entrent dans sa cause finale. Et comme toute cette suite n'enveloppe que d'autres contingents antérieurs, dont chacun exige une semblable analyse, il est évident que lorsqu'il s'agira de rendre raison de cette suite en suivant cette route, on n'arrivera jamais au bout. Il est donc nécessaire que cette raison suffisante ou dernière se trouve hors de la suite des contingents, quelque infinie qu'on suppose cette suite. C'est aussi pourquoi la dernière raison des choses doit être contenue dans quelque substance nécessaire qui ne renferme qu'éminemment, comme dans sa source, la suite de tous ces changements, et cette substance est l'être que nous appelons Dieu. Il est la source non-seulement des existences, mais aussi des essences, en tant qu'elles sont réelles, ou, ce qui revient au même, la source de ce qu'il y a de réel dans leur possibilité. Voilà pourquoi l'entendement divin est la région des vérités étemelles ou des idées dont elles sont dépendantes; et sans lui, il n'y aurait aucune réalité dans les possibilités; et rien non-seulement n'existerait, mais encore ne serait possible. Car s'il y a eu quelque réalité dans les essences, ou les possibilités, ou plutôt les vérités étemelles, cette réalité n'a pu être fondée que dans une chose existante et actuelle ; et conséquemment dans l'existence d'un être nécessaire dont l'essence renferme l'existence, ou à qui il suffit d'être possible pour être actuel. Ainsi Dieu seul ou l'être nécessaire a ce privilège qu'il existe nécessairement, s'il est possible ; et comme rien ne s'oppose à sa possibilité, puisque, étant sans limites, il n'est susceptible