TROISIEME PARTIE
tlon souveraine, dont les choses les plus parfaites sont toujours infiniment éloignées.
• Il est pourtant vrai que dans ce Choix pleinement libre, où Dieu n'a d'autre raison de se déterminer que son bon plaisir, sa parfaite sagesse ne l'abandonne jamais. Pour être souverainement indépendant de l'Inégalité des objets finis entre eux, il n'en est pas moins sage ; il voit cette inégalité de tous les objets entre eux ; il voit leur égalité par rapport à sa perfection infinie; il voit leur éloignement infini du néant; il voit tous les rapports que chacun d'eux peut avoir à sa gloire, et toutes les raisons de le produire ; il voit une raison générale et supérieure à toutes les autres, qui est celle de son indépendance et de l'imperfection de toute créature par rapport à lui ; il y trouve son souverain domaine et sa pleine liberté : il l'exerce, pour faire le bien, à telle mesure qu'il lui plaît. N'y a-t-il pas dans toutes les vues de Dieu, qui agit librement, une science et une sagesse infinies (1)? »
Ajoutons quelques développements aux deux points fondamentaux de cette victorieuse réfutation : savoir qu'il n'y a point d'univers qui soit le meilleur possible, et que tous sont égaux devant Dieu et ne peuvent par eux-mêmes Tinclincr à les produire.
Oui, ce maximum tant préconisé n'est qu'une chimère. Je sais ce que c'e^t que le maximum d'une ligne trîgonométrique, de l'ordonnée d'une courbe, de la vitesse d'une planète dans son orbe elliptique, puisque je les
(1) Réfutation de Malebranche par Pénelon et Bossuet, ch. vifi.
vois croître jusqu'à un terme qu'elles ne sauraient dépasser, mais où elles parviennent. J'ignore au contraire ce que c'est que le maximum de 7 + 7 + j, etc. Ce n'est pas 1, quoiqu'on ait^ + j + 'j, etc., = 1; 1 ne résulte point de l'addition de ^ + 7 -|- ^, etc. , mais de la loi de leur génération ; c'est une limite dont ces fractions approchent continuellement et indéfiniment, sans jamus l'atteindre.
Je sais ce que c'est que le maximum dans les productions de l'homme; pour Malebranche, je vois les Enirt' Liens sur la mélaphysique^ le Traité de morale; pour Leibnitz, la Théodicée^ le Calcul différentiel; mais j'ignore ce que c'est que le maximum dans les productions de Dieu. Soutenir que c'est l'univers, c'est décider ce qui est en question. Je sais ce que c'est que le maximum dans les choses qui appellent un terme, tandis que je l'ignore dans celles qui le repoussent. L'univers se compose d'esprits et de corps. Voit- on que Dieu n'en puisse créer de plus parfaits, ni en plus grand nombre? Lear arrangement estril le mieux? On pourrait le nier : rien ne le prouve ; mais je veux qu'il le soit. Comme il dépend de leur qualité et de leur nombre, il n'offre qu'un mieux relatif. Donc, point de maximum dans la création; y en mettre, c'est exiger qu'elle avoisine Dieu, chose non moins absurde que d'exiger que parmi les nombres naturels, 1,2, 3, /i, etc., il y en ait un plus grand que tout autre. Qu'à chaque instant de son éternité Dieu jetât des myriades d'univers, il ne diminuerait point l'abîme qui le sépare du moindre atome. En étudiant la forma-