‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 192 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tion des choses» Malebranche, après avoir étalé les prodiges du monde physique, s'écrie : t Assurément Dieu est toujours semblable à lui-même, sa sagesse n^est point épuisée par les merveilles qu'il a faites. Il tirera sans doute de la nature spirituelle des beautés qui surpasseront infiniment tout ce qu'il a fait de la matière (1). » Eh bien! pense-t-il qu'après avoir formé la cité des esprits, sa sagesse soit épuisée, qu'il ne soit plus semblable à lui-même, ou capable d'en produire autant et davantage, sans fin et sans repos? comme un écrivain, un peintre, un statuaire, qui en effet s'épuise dans son chef-d'œuvre ! Ah! Malebranche, l'enthousiasme allumé par la contemplation des incommensurables grandeurs de Dieu t'a fait luire la vérité, fille des soudaines illuminations. Pourquoi ne pas lui rester fidèle? Pourquoi venir nous parler de ce meilleur, qui emporterait et la sagesse et la puissance créatrices?

Les stoïciens avec leur monde, développement de Dieu, M. de Schelling avec son Dieu qui se subjective en s' objectivant y c'est-à-dire qui se développe avec le monde, qui est son objet et dans lequel il se produit, obtiennent un maximum. Mais pour eux, Dieu n'est que l'énergie du monde.

Leibnitz suppose quelqu'un observant « qu'il est impossible de produire le meilleur, parce qu'il n'y a point de créature parfaite, et qu'il est toujours possible d'en produire une qui le soit davantage ; i et il répond : • Ce

(1) Bnt.mét., xii, introd.

466 LE CâRTÉSIANISIIE.

qui se peut dire d'une créature ou d'uM substance particulière, qui peut toujours être surpassée par une autre, ne doit pas être appliqué à F univers, lequel se devant étendre par toute T éternité future» est un infini* De plus, il y a une infinité de créatures dans la nnoindre parcelle de la noatière, à cause de la division actuelle du eatUinuum à Tinfini (1) . » Au contraire, il le faut appliquer à Funivers qui, en définitive, n'est que la coUection de toutes les créatures ou substances particulières ; et si elles ne sont point aussi parfaites qu'elles pourraient Têtre, Tunivers ne Test pas non plus. Que sert de dire qu'il doU s'étendre par toute réterr^ié future? Il ne le peut que parce qu'elles s'y étendront elles-mêmes; et comme elles ne recevront à cause de cela aucune élévation de na^ ture, il en sera de mêoie de lui. J'avoue qu'il est u» tufini en durée; mais c'est un infini relatif. J'avoue qu'il y a une infinité de créatures dans la moindre parcelle de matière; mais c'est une infinité aussi relative, et une infinité d'autres infinis et infinités sont également possir blés.

Lesbandes AB, p«, mp,f/m\ m'p, Ym^^p'^m^^'p^m'^y. ..

\ im n' m" n'

Ml!

sont chacune un infini, puisque les lignes AB, pm^ pmf^

(1) Thiod., art. 19S.

TROIIÊME PARTIE. 467

pffm'^ f'fn!%^: se prolcttigent indéfiniment. Cependant, qu'on les piultipUe tant qu'on voudra, on ne remplira point l'angle ABC; il restera toujours un espace m'"p'% ég^l h ABC, car il est évident que la partie ab sorbée AB p'V^ n'y (ait rien et laisse tout à recommencer. C'est que ABC ou l'angle est un infini du premier ordre, et que chaque bande n'est qu'un infini du second ordre. Dans les différentielles successives de 0?-, savoir : mar~*dx^ m {m — 1) a;"*~Va:\ m {m — 1) {m — 2) x'^~^dx\... il est également évident qu'un pombre quelconque de mod^'^'dx s'annule devant a?*", un nombre quelconque de m (m — l) of^^dx* devant i»a:"*"*rfa?, un nombre quelconque de m (m — 1) [m — 2) ocT^doo* (tevajit fn {m — 1) x'^^*dx\ enfin un nombre ^usfii grand que Ton voudra d'infinis d'un ordre quelconque deva,Rt l'infini de l'ordre qui précède. Que Leibxutz sèpae donc tant qu'il voudra les infinis dans l'étendue et dans la durée de l'univers existant, cet univers, ou plutôt une infinité d'univers pareils s'évanouirp^it toujours devant l'infini d'un autre univers possible, et les infinités d'infinis d'uuivers possibles devant Dieu, source de ces possibilités, comme les infinis ma?"*" Va?, m (m — 1) oT^^da^^ m {m — 1) (m — 2) cD*"'rfrr\,.. devant «r, dont ils dérivent.

Maintenant parait dans tout son jour l'autre point établi par Fénelon et Bossuet contre Malebrancbe, que ^^tes les créatures sont égales devant Dieu et nulles par rapport à lui. Car que la quantité oT devînt tout à coup pensante, ou capable de réfléchir sur soi pour se saisir

et se connaître, elle verrait que s'ajouter ou se retrancher Tune plutôt que l'autre de ces quantités moT^ix^ m (m — 1) ocT^do)*^ m (m — 1) (m — 2) ŒT'^daf,... ou toutes ensemble, c'est ne s'augmenter ni se diminuer absolument en rien ; qu'ainsi elles sont toutes égales à son égard, puisqu'elle n'est pas plus changée par les unes que par les autres, et qu'à son égard elles sont nulles, puisqu'elle ne reçoit aucun changement de leur ensemble. Cependant la distance des créatures à Dieu est plus grande encore que celle de mœ^^^dx^ m (m— 1) oT'^dœ^, m {m — 1) (m — 2) x^^^daf,... à x*. Après tout, moT^dx^ m (m — i)af^'^dx\ m {m — 1) (m— î) x'^dx\... sont les racines transcendantes de ar, et y ramènent par l'intégration ; au lieu que les créatures n'ont avec Dieu que le rapport d'être représentées dans ses idées étemelles, sur lesquelles elles ont été faites. Elles sont séparées de lui par l'inflni absolu, au lieu que les différentielles ne sont séparées de leur fonction que par un infini relatif.

De là il suit rigoureusement qu'aucun motif venant des choses créées ne peut avoir déterminé Dieu à leur communiquer l'être, ni à préférer celles qui l'ont à celles qui ne l'ont pas. Sous ce rapport, il est dans la plus complète indifférence, et on ne parvient à l'en sortir qu'en abolissant son infini absolu et leurs infinis relatifs, et en le confondant lui-même avec elles. Mais alors il ne s'agit plus de création, à moins de supposer que Dieu se crée soi-même. Tout ce qui est possible existe, sans quoi il y aurait un vide dans l'existence divine. Comme

Page 1