TROISIÈME PARTIE
Spinosa prend en pitié ceux qui assurent que Dieu ne fait pas tout ce quMl peut! • SMI eût créé, disent-ils, tout ce qui est dans son entendement, il ne pourrait plus rien créer, ce quMIs croient répugner à sa toute-puissance ; voilà pourquoi ils aiment mieux rétablir indifférent à tout et ne créant que ce qu'il a résolu de créer par une volonté absolue. Mais je pense avoir assez clairement montré que toutes choses ont émané ou émanent de sa nature infinie, avec la même nécessité qu'il suit et suivra éternellement de la nature du triangle que ses trois angles égalent deux droits. Aussi cette toute-puissance fait de toute éternité et fera éternellement tout ce qui est en elle. Et c'est, je pense, en donner une idée bien plus parfaite. Que dis-je? les ennemis de la puissance de Dieu semblent même la nier. Ils sont forcés d'avouer que Dieu ne pourra jamais créer une infinité de choses qu'il conçoit créables, parce que, s'il les créait, il épuiserait, suivant eux, sa toute-puissance et se rendrait imparfait. Donc, pour qu'il soit parfait, il ne doit pouvoir faire tout ce à quoi s'étend sa toute-pm'ssance. Peut-on imaginer rien de plus absurde ou qui choque davantage la toute-puissance divine (1)? « Mais là même Spinosa
(1) « Si onmia, inquiant, quae in ejus intellectu sUnt, creavisset, nibtl tom amptios creare potuisset, quod credunt Dei omnipotenti» repugnare ; ideoque malueront Deum ad omnia indifTerenteiâ statuere, nec aliod creanlem prêter id, quod absoluta* quadam voluntate decrevit creare. Veniro ego me satis clare ostendisse putO| a summa Dei potentia, sive infinita natura infinita infinitis modis, hoc est, omnia necessario effliuûsse, vel semper eadem necessitate sequi; eodem modo, ac ex naton trianguli ab a^terno, et in «temum sequitur, ejus très angulos aBquari duobus rectis. Quart: Dei omnipotentia acUi ab stemo fuit, et in sternum in eadem actualitate manebit. Et hoc modo Dei omnipotentia longe, meo quidem judicio, perfcc-
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nie que Dieu ait un entendemeùt et une volonté, ajoute qu*ll le prouvera plus loin, et cherche à le faire dans te 2" corollaire de la S2* proposition. Plusieurs fois f ai expliqué que, pour lui, Dieu n*est que l'universel ou Tessence des choses ; et leur existence formant Texlstence de Dieu ou de l'être nécessaire, il est contradictoire que les choses ou une partie des choses, c'est-à-dire que l'être nécessaire ou une partie de l'être nécessaire n'existe point. Mais que deviennent l'infini absolu de Dieu et Tinfini relatif des créatures? La capacité qu'a Dieu d'exister étant remplie par l'existence des créatures, Texistence des créatures épuisant leur possibilité, il n'est plus d'infini nulle part. Les essences se confondent avec les existences, rien n'est possible que ce qui est, et ce qui est n'est point la plénitude de l'être, l'être nécessaire, lequel rend possible une infinité de choses qui n'existent pas. Or, sans l'être nécessaire, qui seul de soi brave le néant, le néant en* gloutit tout.
N'est-ce pas dans cet extrême que tout à l'heure Descartes a été précipité en chassant la raison de la pensée divine? Il ne bannissait la raison que parce qu'il bannissait rinfini, ne croyant pas que Dieu, avant de cr^ les choses, pût en avoir les idées, sans perdre l'indépen-
tior statuitur. Imo advcrsarii Dei onmipoteatiam (liceat aperte loqui) negare viikoUir. Coguntur enim faleri, Deum infiaita creabilia intelligere, qus (amen mmqoai creare poteril. Nam alias, si scilicei omnia, que inleOigit, crearet, suam, jinU ipsos, exhauriret omnii>olealiaiD, et imperfecium se redderet. Ut igitar Deum ptffectuiu statuant» co rcdiguntur, ut simul statuere debeant ipsum non posse oaaa efOcere, ad qus ejus potentia se extendit, quo absurdius, aut Dd omnipoteoliB repugoans, nun video, quid fingi possit. » Eth.^ pars i, prop. 17»scol.