TROISIÈME PARTIR
r^emepta et cea maux» en agissant; par des lois partie culiëres; iqais il eût manqua à la sin^plicité, à runiformité qu'il ste doit à lui-même d'observer. Agir par des lois particulières, c'est produire chaque effet comme s'il était seul ; agir par des lois générales , c'est faire dépendre d'une seule cause les effets de même genre.
«Certainement, dit Malebranche, il faut une plus grande étendue d'esprit, pour faire une montre qui, selon les lois des mécaniques, aille toute seule et règlement, soit qu'on la porte sur soi, soit qu^on la tienne suspendue, soit qu'on lui donne tel branle qu'on voudra» que pour en faire une qui ne puisse aller juste, si celui qui l'a faite n'y change à tout moment quelque chose sqlon les situations où on la met. Car enfin, lorsqu'il y a une grande quantité de rapports à comparer et h conibiner entre eux, il faut une plus grande intelligence. Pour prévoir tous les effets qui doivent arriver en conséquence d'une loi générale, il faut une prévoyance infinie; et il n'y a rien à prévoir de tout cela, lorsqu'on change à tout n)oment de volonté. Donc établir des lois générales, et choisir les plus simples, et en même teipps ^es plus fécondes, est une manière d'agir digne de celui dont Ifi sagesse n'a point de bornes ; et au contrairç, agif par des volontés particulières marque une intelligence bornée, et qui ne peut comparer les suites ou les effets des causes les moins fécondes. D'où il suit que Dieu Qxécule ses desseins par des lois générales (1),» et que « s'il y a
(1) Rép, à Arfi., 1. 1, p. 48.
4S8 LE CARTÉSIANISIIE.
des défauts dans son ouvrage, c'est qu'il ne peut y avoir de défauts dans sa conduite; c'est qu'il ne doit pas foi^ mer ses desseins indépendamment des voies. Il a fait pour la beauté de Tunivers et pour le salut des hommes tout ce qu'il peut faire, non absolument, mais agissant comme il doit agir (1). •
Oui, Dieu agit par des lois générales, qui sont les rapports entre les choses et entre les parties des choses. Mais quoi! l'homme pourvu d'une intelligence si courte, et dont le pouvoir sur les corps est si resserré, produira des ouvrages où il n'y a ni plus ni moins que ce qu'il faut^ et Dieu dont Tintelligence est infinie, Dieu, qui est le créateur et le maître absolu des corps et des esprits, ne saurait empêcher tant d'effets ou inutiles ou contraires à sa volonté ! Alors les lois générales l'accuseraient d'ignorance et d'incapacité, comme les lois particulières. Elles seraient faussement réputées générales; ce seraient des lois mal conçues et mal exécutées, et pires que les lois particulières. Bossuet qualifie celles que propose Maiebranche c de vagues plutôt que générales, d'incertaines et hasardeuses plutôt que véritablement fécondes (2). •
« Ce système des lois générales, dit Bayle, a quelque chose d'éblouissant; le père Maiebranche l'a mis dans le plus beau jour du monde, et il a persuadé à quelques-uns de ses lecteurs qu'un système simple et très-fécond est
{t) Utt. à un disdpU d€ MaUbranehe, lettre 139*.
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plus conveoable à la sagesse de Dieu, qu*uii système plus composé et moins fécond à proportion, mais plus capable de prévenir les irrégularités. M. Bayle a été de ceux qui crurent que le père Maiebranche donnait par là un merveilleux dénouelnent; mais il est presque impossible de s*en payer, après avoir lu les livres de M. Ârnauld contre ce système, et après avoir bien considéré Tidée vaste et immense de Tétre souverainement parfait. Cette idée nous apprend qu'il n'est rien de plus aisé à Dieu que de suivre un plan simple, fécond, régulier et commode en même temps à toutes les créatures. Une intelligence bornée se pourra piquer de faire paraître sop habileté plus que son amour pour le bien public. Un prince qui fait bâtir une ville pourra, par un faux goût de grandeur^ aimer mieux qu'elle ait des airs de magnificence et un caractère hardi et singulier d'architecture, quoique d'ailleurs elle soit très-incommode aux habitants, que si, avec moins de magnificence, elle leur faisait trouver toutes sortes de commodités. Mais si ce prince a une véritable grandeur d'âme, c'est-à-dire une très-forte disposition à rendre ses sujets heureux , il préférera l'architecture commode, mais moins magnifique, à l'architecture plus magnifique, mais moins commode. Quelque habiles et quelque bien intentionnés que puissent être nos législateurs, ils ne peuvent jamais inventer des règlements qui soient commoçles à tous les particuliers. Ainsi la limitation de leurs lumières les force à s'attacher à des lois qui, tout bien compté, sont plus utiles que dommageables. Bien de tout cela ne peut convenir à Dieu, qui est aussi