‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 202 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Providence dans le gouvernement de l'univers. Ce n'est pas que Leibnitz et Malebranche ne reconnaissent souvent eux-mêmes qu'il nous est impossible de pénétrer pleinement ces secrets; mais ils agissent comme s'ils ne les trouvaient point impénétrables.

Tandis que Descartes croit pouvoir expliquer le monde physique, Spinosa, Malebranche, Leibnitz expliquer aussi le monde moral, Locke croit ne pouvoir rien expliquer. • Nos sens, dit-il, étant frappés par certains objets extérieurs, font entrer dans notre âme plusieurs perceptions distinctes des choses, selon les diverses manières dont ces objets agissent sur nos sens. C'est ainsi que nous acquérons les idées que nous avons du blanc, du jatinc, du chaud, du froid, du dur, du mou^ du doux, de Y amer, et de tout ce que nous appelons qualités sensibles. Telle est la première source de nos idées. La seconde, c'est la perception des opérations de noire âme sur les idées qu'elle a reçues par les sens, opérations qui, devenant l'objet des réflexions de l'âme, produisent dans l'entendement une autre espèce d'idées, que les objets extérieurs n'auraient pu lui fournir; telles sont les idées de ce qu'on appelle apercevoir^ penser, douter, croire, raisonner, connaître, vouloir^ et toutes les différentes actions de notre âme... Nous ne paraissons avoir absolument aucune idée qui ne nous vienne de ces deux sources (1 ). »

Ainsi, d'après Locke, dans les idées que l'âme trouve

(i) EsMi iur Veniendement, liv. 11^ ch. i, art 3, i, 5.

iOO LE CARTEL ANISME.

en soi, comme dans œlles qu^elle reçoit du dehors, il ne s'agit que du pur fait, ou, selon le langage du jour, que du phénomène^ c'est-à-dire de Textérieur des choses. Cest pourquoi il le nomme ewpérience (1), et assure que c c'est là le fondement de toutes nos connaissances. ■ D'où l'on voit que si Descartes, Spinosa, Malebranche, Leibnitz, sortent des idées générales qui sont en noœ, pour se mettre dans celles qui sont en Dieu, il en sort, lui, pour se mettre dans la sensation; car qu'importe qu'à ses yeux, apercevoir, penser, douter, croire, et les autres opérations de l'âme, ne soient point physiques? Du moment qu'il ne leur assigne d'objet immédiat que les êtres physiques, elles ne sont connues que parce qu'elles tombent sous l'imagination, qui est une suite de

la sensation.

Mais que dis-je, connues? Est-ce que ce mot présente ici un sens? La connaissance vient-elle donc du phénomène? Ne consiste- t-el le plus à le franchir et aller par derrière, chercher la raison de ce qu'il est? Or, on ne le peut avec les images, et on ne le fait qu'avec les idées. Ne vouloir rien expliquer, se tenir aux apparences, c'est renoncer à connaître. Locke avoue sans hésiter que nous n'avons aucune notion de la substance, qu'elle nous est totalement inconnue (2), que c'est par inadvertance que nous arrivons à employer ce terme vide de sens.

c L'esprit étant fourni^ comme je l'ai déjà remarqué.

(1) Eêsai, liv. H, ch. i, art. 2.

(S) IM,, li?. n, ch. joiih art. 2 et 16.

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