‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 203 sur 230 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

d*un grand nombre d'idées simples qui lui sont toutes venues par les sens^ selon les diverses impressions qu'ils ont reçues des objets extérieurs, ou par la réflexion quMl fait sur ses propres opérations, remarque, outre cela, qu'un certain nombre de ces idées simples vont constamment ensemble, qui, étant regardées comme appartenantes à une seule chose, sont désignées par un seul nom, lorsqu'elles sont ainsi réunies dans un seul sujet, par la raison que le langage est accommodé aux communes conceptions, et que son principal usage est de marquer promptement ce qu'on a dans l'esprit. De là vient que, quoique ce soit véritablement un amas de plusieurs idées jointes ensemble, dans la suite nous sommes portés, par inadvertance, à en parler comme d'une seule idée simple, et à les considérer comme n'étant effectivement qu'une seule idée ; parce que, comme je l'ai déjà dit, ne pouvant imaginer comment ces idées simples peuvent subsister par elles-mêmes, nous nous accoutumons à supposer quelque chose qui les soutienne, où elles subsistent et d'où elles résultent, à qui^ pour cet effet, on a donné le nom de substance (1). »

En ajoutant que nous ignorons ce qu'est la substance, que nous n'en avons ni ne pouvons en avoir l'idée, par voie de sensation ^ ou par voie de réflexion (2), Locke montre avec la dernière évidence qu'il s'arrête à la superficie ; car sMl pénétrait les opérations de la pensée,

(1) Buai^Mi. U, ch. xxiii, trt 1.

(t)/Md.

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OU qu'il rentr&t en soi par la réflexion» c'est-à-dire qu'il refléchit véritablement, il découvrirait sous ces opérations un fond, qui est l'idée de substance. Néanmoins, cette idée • est le sujet général des discours des hommes, où ils la font entrer comme s'ils la connaissaient effectivement (1). » 11 est vrai, l'idée de substance, l'idée d'être paraît dans tous les discours, et, sans elle, dqIIc pensée ne serait possible. Pour continuer d'être conséquent, Locke devrait conclure que les hommes ne savent jamais de quoi ils parlent, que tout leur est aussi inconnu que la substance. Au contraire, il soutient que nous connaissons certainement notre existence, l'existence de Dieu et celle de notre corps.

• Pour ce qui est de notre existence, nous l'apercevons avec tant d'évidence et de certitude, que la chose n'a pas besoin et n'est pas capable d'être démontrée par aucune preuve. Je pense^ je raisonne^ je sens du plaisir et de la douleur; aucune de ces choses peut-elle m'étre plus évidente que ma propre existence? Si je doute de toute autre chose, ce doute même me convainc de ma propre existence, et ne me permet pas d'en douter; car si je connais que/e sens la douleur^ il est évident que f ai une perception aussi certaine de ma propre existence qoe de l'existence de la douleur que je sens, ou si je connas que je doute, j*ai une perception aussi certaine de Teiisteuce de la chose qui doute que de cette pensée qœ j'appelle doute. €'est donc l'expérience qui nous convainc

(1) Euai^}À\, II, cil. xxiii, art. 1.

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