TROISIÈME PARTIE
qtie nous avons une connaissance intuitive de notre propre eooistence et une infaillible perception intérieure que nous sommes quelque chose. Dans chaque acte de sensation, de raisonnement ou de pensée, nous sommes intérieurement convaincus en nous-mêmes de notre propre être, et nous parvenons sur cela au plus haut degré de certitude qu'on puisse imaginer (1). • Oui, chez Descartes, à qui l^ocke emprunte cette preuve. Hais pourquoi, s'il lui plaît? Parce que Descartes se saisit dans ridée générale de substance, idée qui, par son existence créée, fait le fond de notre être pensant. De là vient quMl pe se lasse point de répéter que notre esprit nous est clairement et distinctement connu, tandis que, suivant Locke, il ne Test pas du tout (2). Il n'est pour lui que la collection des phénomènes d'apercevoir, de juger, de raisonner, et autres semblables opérations; et si nous en faisons une chose unique, c'est sans doute également par inadvertance. Otez l'idée générale de l'être, et supposez, ce qui est impossible, qu'on aperçoive, qu'on juge, qu'on raisonne, que s'ensuivra-t-il, sinon qu'on aperçoit, qu'on juge, qu'on raisonne, car il est toujours certain qu'on fait ce qu'on fait? Le phénomène prouvera le phénomène, et là finira toute la science. On n'aura aucun droit d'en conclure la réalité d'une substance cachée dessous, et éternellement Insaisissable à la pensée privée de l'idée correspondante.
(1) Eiêai, Ut. IV, ch. n, art 3.
(2) Ibid,,\\i. II, ch. XXIII, art. 30.
M. de Biran^ qui peut-être ne nie pas cette idée, mais qui la néglige, ainsi que les autres idées générales, ne voyant point dans la pensée, dit H. Cousin (4 ), t la raison sans laquelle précisément il serait impossible d'y rien voir, ■ M. de Biran récuse la vérité du je pense^ donc je stm, de Descartes.
c Le principe de Descartes, énoncé par renthyioème je pense , donc je suis , un et identique dans la forme, exprime au fond une vraie dualité. Il comprend en effet deux termes ou éléments de nature hétérogène : Ym psychologique, le mot actuel de la conscience ; Tautre ontologique, le moi absolu^ Time ou substance pensante. Mais si, au lieu de Tidentité logique supposée entre les deux termes, la réflexion découvre une différence aossi essentielle que celle qui sépare le sujet de T objet ou le moi d'une chose, que devient l'évidence de la conclusion? Quel est le lien qui l'unit au principe (2)? Descartes tranche la question avant de Tavoir posée. • Descartes n'avait point là de question à poser. Le moi actuel de la conscience, c'est-à-dire chaque opération de la pensée, emporte le moi absolu^ ou l'àme, substance pensante. Je ne saurais me dire moi dans tel ou tel acte mental, qu'autant que je puis me dire moi indépendamment de tout acte, par l'idée générale de l'être. Elle passe dans les moi successifs, auxquels elle donne naissance, et les enchaîne au moi permanent. Abolisse!
(1) (Euv. de Biran^ préf., p. 32.
(S) nid.y 1. 1, p. 313.