PREMIERE PARTIE. S
ie trouve dans notre perception smtiment et idée pure. Le sentiment est une modification de notre &me^ et c*est Dieu qui la cause en nous; et il la peut causer quoiqu*il ne l'ait pas» parce quMl voit dans Tidée qu'il a de notre àme qu'elle en est capable. Pour l'idée, qui se trouve jointe avec le sentiment, elle est en Dieu et nous l'y voyons (!)• Plusieurs fois j'ai observé que, dans la perception que nous avons des objets matériels, il se trouve deux choses, sentiment confus et idée claire. Par exemple, dans la perception d'une colonne de marbre, il y a l'idée de Téten* due, qui est clairet et le sentiment confus de la blancheur qui s'y rapporte. Supposez que cette colonne soit dépouillée de sa couleur, ou que le sentiment de la couleur qui s'y rapportait ne s'y rapporte plus; certainement je n'y verrai plus son étendue, car il est certain qu'on ne voit l'étendue que par la perception et modification de r&me, qu'on nomme couleur. Cependant» comme je sais que la couleur n'est point essentielle à ce marbre , j'y concevrai toujours son étendue quoiqu'invisible; et alors ridée de mon esprit sera une colonne intelligible. Ainsi on voit la couleur, et par la couleur l'étendue. Mais la couleur est un sentiment confus qu'on sent, sans savoir ce que c'est , et Vidée de l'étendue , une idée claire, par laquelle on peut connaître la matière et les propriétés dont elle est capable (2) . • On voit donc en Dieu Tidée de l'étendue, idée qui est l'étendue m6me, et qui, pour
(1) Rech. de la Vérité, liv. III, part, ii, cbap. vi. (I) Aëp. à Am., 1. 1, p. IM.
M LE CâRTÉSIANISIIE.
nous» forme tel ou tel corps, quand Dieu nous affecte de la couleur qui fait paraître ce corps à nos sens, c Lorsque sur du papier blanc je vois un corps noir, cela me détermine à regarder ce corps noir comme un objet particulier qui, sans sa couleur différente, me paraîtrait être le même. Ainsi, la différence des corps visibles ne vient que de la différence des couleurs. De même la blancheur du papier fait que je le distingue du tapis, la couleur du tapis me le sépare de la table, et celle de la table fait que je ne la confonds pas avec Tair qui Tenvironne et avec le plancher sur lequel elle est appuyée. C'est la même chose de tous les objets visibles (1). » Gomme il ne s'agit ici que d'exposer la manière dont Malebranche entend que nous voyons les corps en Dieu, nous ne nous arrêtons pas à montrer que la couleur ne suffit point pour les distinguer, qu'il faut de plus la figure, la grandeur, et peut-être le mouvement.
Parmi les écrivains diversement issus de Descartes, qui se déclarent contre Malebranche, on remarque surtout Leibnitz, Amauld, Régis, Locke. Ce dernier, entendant tout matériellement, m conçoit rien à la vision en Dieu. Quand son adversaire traite des idées, lui, traite desimages et des sensations. Quand il parle de l'union du corps et de r&mc, lui, parle de l'union et du contactdes corps. Toutefois il a très-bien saisi la conséquence qui sort du principe que Dieu fait tout dans les créatures. < Le créateur infini, étemel , est assurément la cause de toutes choses , la
(i) Rép. à Am., t. I, p. 30.