TROISIÈME PARTIE. W
ne comprend pas que ces exemples» et celui de la fourmi qui les précède, ne sont pour Descartes qu'un moyen d'aider le lecteur à se représenter, dans Tunivers qu'il lui construit sous les yeux, cette force en action, C'est-àdire le mouvement s'y décomposant ainsi par la nature des choses.
L'étendue & trois dimensions est créée ; c'est une masse uniforme et immobile. Dieu lui imprime le mouvement en ligne droite, et elle se divise en une infinité de parties, qui tendent à se mouvoir en droite ligne. Mais comme elles remplissent entièrement l'espace, ou plutôt qu'elles sont l'espace même, et qu'elles ne laissent aucun vide entre elles, elles se trouvent mutuellement empêchées de suivre leur direction rectiligne, et mutuellement contraintes à se mouvoir circulairement. Les parties voisines, et qui sont repoussées du même côté, prennent le même cours. De là naissent d'innombrables tourbillons. D'abord indépendants les uns des autres, mais inégaux à cause de l'inégalité des parties, différentes de figure et de grosseur, les plus grands entraînent successivement les autres, et ainsi se forment les tourbillons des corps célestes. Les parties de l'étendue étant sans cesse froissées, leurs angles s'émoussent. Les débris forment une poussière qui, bien que plus agitée que les parties dont elle vient, a, par son extrême petitesse, moins de puissance qu'elles, pour aller vers les bords des tourbillons ; elle reflue donc au centre, où elle s'accumule et produit les astres lumineux que nous appelons soleil, étoiles. Il est inutile de reproduire ici l'exposition des tourbillons.
m LB CARTÉMAMUIIE.
far cm ff^gûnécmt et 9e eoBsarvent toos 1m êtres inof* ganiaés ou organisés. Par oont équmt^ tout ùnàB TiHiivm résulte à sa manière de la Gomposîtion eu de la déeooH position, comme on voudra, du mouTenent oircalaire, c'est-à-dire de la force cenlrifage et de la forée ceotri» pète, qui sont Tàme, Tessence des tourbillons. On petit facilement d'ailleurs s'en assurer, en suivant eette formation dans ses détails. Par exemple , dans celle do fœtus, qu'ébauche Descaries, le tourbillon parait au pre» mier phénomène.
Quelle inconcevable inadvertance de Baillyl t De»* cartes, dit^il, vit la force centrifuge naître du neuv»* ment circulaire^ sans avmr Tidée de le décomposer et d« chercher les forces qui consfûrent à le produire. Noos apercevons ici les bornes de l'esprit humain. ■ Pas do tout : nous n'y apercevons, nous, que les bornes de Tsttention de celui qui parie, f Desoartes, poursuii*ii, daai la pierre lancée par la fronde, dans la pierre qui cbxofe attachée à une corde, a bien reconnu la force eentrifuge, qui tend à l'éloigner du centre ; mài$ il n'a pmnt va b puissance qui la retient, qui balance et détrint cette fom centrifuge. On peut dire de même que par ces oorp^* cttks, mue de leur propre mouvaoQeBl autour d'un ecotre, il a rafipdé dans la phymque la DMMivements prioî* tivement et naturellement circulaires, ces mouvem^ adoptés si longtemps par l'aotiquîtét que IL^kr avait coiid>attus el détruits (1). >
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Où BttUy ft-t-rH aperçu daM| Deseartes ces coi^puteuleft mus de leur propre mouvement auteur d'un ceittre? lia seconde règle fondi^nentale du mouveamt que Defr^ eiFtes pose n'est-elle pas que f chaque partie de la ma^ tiare, en son particulier, ne tend jamais à contibner de se mouvoir suivant des lignes eourbes, mais suivant des lignes droites^ ïÂen que plusieurs de oe$ parties soient souvent contraintes de se détourner, parce qu'elles en rencontrent d'autres en leur chemin, et que, lorsqu'un corps se meut^ il se fait toujours up c^cle ou anneau de toute la matière qui est mue ensemble (i). Lorsqu'un eorpis se meut, encore que son mouvement se fttsse le plus souvent en ligne courbe, et qu'il ne s'en puisse jarr mais faire aucun qui ne poît en quelque façon cirou^ laire, ainsi qu'il a été djt ci^iessus, toutefois, chacune de ses parties en particulier tend toujùws à continuer le sien en ligne droite (3). § A cause qu'il n'y a point de vide entre les parties de la matière, quoique ténues qu'elles soient, et qu'elles ne peuvent se remuer, sans être forcées mutuellement de se détourner de leur direc* tien, etles vont en ligne courbe; mais leqr tendance essentielle, leur mouvement propre, est le droit» Par là, Deseartes prouve que tout so^savement circulaire vient d'un mouvement droit qui ne peut s'^accomplir, et en tout i) déracine le mouvement circulaire essentiel, que Kepler avait eombe^ttu^ mais non détruit^ si ce n'est
(1) PHwc., part. Il, art. 39,
(2) (Euv.y t. IV. Le Mon'U, ch. ttt, p. 260.
514 LE CÂRT&SIANIiniE.
dans la figure des oii>es planétaires. Cest pour avdr nx)ntré la décomposition da mouvement, s'effectoant ainsi d'elle-même dans les choses, que seul. Descartes a introduit Tidée réelle de la mécanique du monde dans Tesprit humain, renversé Tantique barrière d'ignoraooe et de préjugés, élevée autour de lui, et contre laquelle se brisaient depuis plus de vingt siècles les efforts de la science et du génie.
Ah ! cessons, cessons enfin de crier que le système des tourbillons n'est point le véritable. Les figures de carton avec lesquelles on représente les os, les muscles, les nerfs, les veines^ les artères^ enfin les diverses pa^ ties du corps humain, et leur disposition, offrent-elles le corps vivant ou mort? Cependant elles conduisent à ridée vraie de son organisme, parce qu'elles portent la pensée de Part à la nature. Eh bien ! voyons dans les tourbillons, non pas seulement la figure de notre corps, mais de tous les corps, et le grand automate de Tunivers, dans la constitution duquel il fait pénétrer Pintelligence. Mais ces tourbillons sont pris au sérieux par leur auteur et par plusieurs de ses plus éminents disciples, et ils arrêtent l'esprit humain sur des erreurs I Il faut bien qu'ils soient jugés véritables afm de captiver l'attention et de familiariser avec les idées nouvelles qu'ils excitent. Serait-il possible qu'une conception de cette force sortit, surtout avec ses développements i travaillés, d'unertête non convaincue? A la voix de Descartes, la création semble sortir une seconde fois do chaos, et il se produit un éblouissement et un enthou-