‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 211 sur 230 · TROISIÈME PARTIE. ftSft · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. ftSft

siasme universels. Que sont pour une telle révolution, et après une si longue attente, vingt-deux années, 16&& à 1666, que dure la séduction, avant de laisser discerner les premiers traits de la vérité? Et encore^ à quoi s'en prendre de cet imperceptible retard, qu'au manque d'un honune supérieur dans Tastronomie physique?

Delambre parle de l'opposition de Gassendi, lequel déclare ne voir personne qui ait le courage de lire jus-^ qu'à la fin les Principes de philosophie; que rien n*est plus ennuyeux; qu^ils tuent leur lecteur; qu^on s* étonne que des fadaises aient tant coûté à celui qui les a inventées •y qu^on doit être surpris qu'un aussi eœcellent géomètre que Pauteur ait osé débiter tant de songes et de chimères pour des démonstrations [certaines (1). Delambre se croit obligé de relever l'étrange assertion que les Principes n'avaient pas de lecteurs, et d'avouer que non-seulement on les lisait, mais que' les jeunes professeurs de phitosophie embrassaient avidement les opinions de l'auteur (2). Or Gassendi, qui n'a pas la force de lire les Principes, où il n'aperçoit que des fadaises et des cAtmèresy au lieu d'aller en avant et de chercher mieux , s'accroche à Tàme de Kepler, f à cette àme très-noble et très-puissante qui est dans le soleil et qui le meut de telle manière, que, le faisant tourner à l'entour de son propre essieu, il fait tourner à Tentour de soi toutes les

(i) HUt. de Voitr. moderne, U II» p. 193. (f) IbUU, p. 194.

planètes par les rayons qu'il leur envoie, et doni il ke frappe et les fouette pour ainsi dire continueUement (1) ; » et il .trouve cette théorie des mouvementé cossû^pies très-vraisemblabie. De vrai, une âme postée dans le soleil comme un cocher, et qui fait marcher les planètes comme des chevaux, à coups de fouet^ est we idée infi* niment philosophique, et digne de celui qui vouait son admiration aux œuvres d*Épicure et de Hobb^ Sa critique des Méditations de Desoartes, a juste la Béme portée que son système du monde. Je ne faillis point au respect dû à Kepler, qui ne parle ni de ibueMer, ni de frapper les planètes, mais d'une lutte, c'est-à-dire d'une résistance des planètes, qu'il suppose naturellement portées au repo^, et d'un effort de la puiss^mœ âolaire pour les entraîner, puissance dont l'effet est en raison invene de leur densité (3). Ensuite Kepler, écrivant avant Deseartes, pouvait sans ridicule admettre mie âme mouvante dans le soleil, puisque tel était V^ni ancien, »core régnant. Delambre^ qui^ en haine de l'auteur des toiarbillons, désirerait probaJblement faire de Gaseemi un petit grand homme, est obligé d'avoué c qu'après qu'on a^ lu attentivement ses ouvrages, on tes trouve tdi peu au-d^sous de la réputation qu'il a laiséée (â) ; • à

(t) Ahrégédê la philosophie de Gèssthâi, par Bwniéf, t IV, p. JW.

(2) « Necesse est igHur ut pianetariorum globoriuo ti^râ sit nateriiU, ci aitorente proprieUte, inde a rerum principio prona ad quielem seu ad privationem imtus. Quanim rerum contenlione cum nascatur pugna; superat igitur plus ifle pbneta, qui in virtute imbeciUiore consistit, eaque tardius movetur ; minus ifle oa soU propior. ■ Stella mariis, p. 174.

(3) HiiL de Vastn moderne, U II, p. 365.

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M reKj^qoè^ en dongeant qu'il était hômiâe du Monde at qu'il avait beaucoup de savoir et d'esprit : ce qui re-* vient à dire que par le prestige de qualités brillantes plutôt que solides^ il parvint à usurper une place considérable dans ropinion. Cette foi» nous partageodë ravis 4u nouvel et savant historien de Tastronotnieé

Sur les todrbillons il faut entendre d'Alembert. t âl on 1» juge sans partialité, on eonviendra, j'ose le dire, qu'on ne pouvait alors imaginer mieux : lés observations agronomiques qui ont servi à les détruire, étaient en*' eore imparfaites, ou peu constatées; rien n^était pluiâ naturel que de supposer un flinde qui trsinsportàt les pia« nètes; il n'y avait qu'une longue suite de phénomènes, de raisonnemente et de calculs^ et pkt conséquent une longue suite d'années, qui pût faire renoncer à une théorie si séduiMinte« Elle avait d'ailleurs l'avantage smguliei' de rendre raison de la gravitation des corps par la force eentriioge du tourbillon même : et je ne crains point d^avaneer que cette explication de la pesanteur e^t une des plus belles et des plus ingéuienses hypothèses que. la philosophie ait jamais imaginées. Aussi a-t-if fallu pour l'abandonner, que les physiciens aient été entraînés? comme malgré eux par la théorie des forces centrales, et p9i3t des ^périences faites longtemps après. Recon-^ naissons donc que Descartes, forcé de créer une physique toute nouvelle, n'a pu ta créer meilleure; qu'il a faDu, pour ainsi dire, passer par les tourbillons pour arriver au vrai système du monde; et que s'il s'est trompé sur les lois du mouvement, il a du moins deviné

le premier qu'il dçvait y en avoir (1). • Or, celui qû parle ainsi, a le premier démontré sans retoor rimpossibilité des tourbillons.

Huyghens pouvait anticiper sur Borelli, et même sur Newton. Son goût pour les inventions mécaniques fit, je pense, qu'au lieu de donner Tessor à ses méditations, il s'occupa de Fart de tailler et de polir les verres des grandes lunettes, et qu'ayant réussi à en construire une de 25 pieds, il se contenta d'avoir, par ce moyen, découvert un satellite de Saturne et l'anneau de cette planète. Ce ne fut qu'à l'apparition du livre des Prùmpei mathématiques de Newton, qu'il se livra à l'étude de la physique céleste; et, chose singulière! ni Malebranche, ni Leibnitz non plus, ne s'y étaient point encore livrés, quoique Tun eût déjà quarante-sept ans, et l'autre quarante-un. Ils étaient absorbés par la métaphysique et la théologie, et Leibnitz en outre par les recherches de mathématiques, de droit et d'histoire. Tous deux se trouvaient trop jeunes pour devancer BorellL Malebranche n'aurait point remplacé Newton, n'étàot pas assez versé dans la géométrie. Mais Leibnitz* qui l'était autant que Newton, et qui avait plus de génie, aurait vraisemblablement produit une œuvre supérieure aux Principes mathématiques^ si ses réflexions se fuss^ tournées de ce côté.

Pourquoi est-ce en Italie que nous retrouvons le premier interprète de Descartes? Sprengel, je crois, nous

(i) Disc, piéliflii. de VEneffclop,, p. 41.

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