TROISIÈME PARTIE
laire est expliqué d'une manière tout à fait nouvelle et avec une clarté étonnante d'après les lois de la statique : on y trouve à cette occasion des documents si précieux sur le mécanisme des différentes espèces de mouvement, le vol des oiseaux, le nager des poissons, le ramper des vers, etc. , que cette seule raison suffit pour lui acquérir des droits éternels à la reconnaissance de la postérité (1). » Viendraient ensuite les productions de Stahl, d'Hoffmann, de Haller. On peut dire, par exemple, que si Harvey découvre, ou plutôt démontre la circulation du sang, c'est Descartes qui la propage et en répand la conviction, beaucoup moins par l'examen particulier, très-remarquable d'ailleurs, qu'il fait de son cours, que par l'idée qu'il donne de l'organisme où cette circulation est manifestement nécessaire.
On sent l'énorme différence entre ces explications mécaniques a priori et celles de Leucippe, de Démocrite, d'Épicure, qui n'aboutissent qu'à des résultats vagues ou insignifiants, et avec lesquelles Gassendi cependant ne rougit pas de les confondre, comme si elles en étaient presque la simple reproduction (2). Huyghens, malgré son penchant à déprécier Descartes, tout en puisant chez lui et y prenant racine, est plus juste. « Il n'a pas seulement, dit-il, donné du dégoût pour l'ancienne philosophie, il a osé substituer des causes qu'on peut comprendre de tout ce qu'il y a dans la nature. Car Démocrite, Épicure et plusieurs autres des philosophes an-
(1) hu\, de la médecine, t. V, p. 139.
(2} Abrégé de la phU. de Ga$$endin par Bernier, t. IV, p. 396.
cienSy quoiqu'ils fussent persuadés que tout se doit expliquer par la figure et le mouvement du corps et par le fluide, n'expliquaient aucun phénomène, en sorte qu'on restait peu satisfait; comme il paraît par les chimères touchant la vision, où ils voulaient qu'il se détache continuellement des pellicules très-déliées des eorps, lesquelles vont frapper nos yeux. Ils retenaient la pesanteur pour une qualité interne des corps. Ils soutenaient que le soleil n'avait effectivement qu'un pied ou deux de diamètre, et qu'il se refaisait la nuit pour reparaître le lendemain* Enfin ils ne pénétraient rien de ce qu'on désirait de savoir (1). »
C'est que l'a priori des explicateurs matérialistes manque de fondement, au lieu que celui de Descartes repose sur les idées générales, principalement sur celles qui constituent l'entendement divin, d'où il part et où il puise sa force et sa fécondité. Avec les atomes errant à l'aventure au sein du vide, où prendre la notion d'ordre, de loi et d'unité? Chez Descartes, elle éclate dans les idées générales, ou perfections infinies de l'esprit souverain, qui a créé l'étendue, qui loi a imprimé le mouvement, et qui le lui conserve. Nous disons idées, quoique Descartes ne parle que de volonté, vu qu'il faut ainsi interpréter sa pensée, afin qu'dle soit vraie, puisque Dieu ne saurait vouloir aveuglément et qu'il consulte ses idées. Pourquoi un corps reste-t-il de lui-même en repos, s'il est en repos, ou en mouvement, s'il est en mouvement? Parce que Dieu, étant et
<1} Jugement sur Descartes. Frag. phil, de M. CouHny t. Il, p. 159.