TROISIÈME PARTIE
agissant d'une manière immuable, le conserve dans Vétat où il se trouve, jusqu'à ce qu'une cause seconde ou la rencontre d'un autre corps l'en écarte. Or, remarquons-le, celte loi et les autres déduites du même principe subsistent encore, lorsque, sortant de Terreur de Descartes, on reconnaît aux corps une activité naturelle; car, dans chacun d'eux, Teffet de cette activité physique, qui ne saurait se modifier d'elle-même, comme l'activité spirituelle, dépend toujours des autres corps.
Que de cris à l'occasion de quelques erreurs dans les lois de la communication du mouvement et de l'idée qui en est le principe I Ces erreurs que Wren, Wallis, Huyghens^ ont chacun de leur côté si aisémgnt corrigées, sont tout, tandis que les lois, qu'ils n'auraient point trouvées, et sans lesquelles ils n'auraient pas eu d'erreurs à redresser, ne sont rien. Si ces erreurs viennent en partie de Tidée qu'il y a toujours la même quantité de mouvement dans le monde, les lois en viennent complètement et ne peuvent venir que de là, Otez ce point fixe, et montrez-moi par où Descartes arrivera à concevoir que le mouvement doit passer d'un corps à l'autre, selon certaines proportions constantes. On trouve la conception hardie. Mais est-elle moins lumineuse ? Parce que le mouvement a été créé avec un tout qui ne diminue ni n'augmente, on le voit forcé de se retrouver dans ses innombrables distributions qui dépendent de la grandeur, de la figure et de la direction des parties de l'étendue^ de ne se perdre dans aucune, et de révéler ainsi lui-même ses lois. On doit
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penser que le mouvement ne périt jamais dans le choc, que lorsqu'il parait le faire, il se transforme. La troisième loi de Newton, que la réaction est toujours égale et contraire à l'action, n'a point d'autre base.
Êtes-vous curieux de retrouver dans l'antiquité ce puissant a priori mécanique? Adressez-vous, non à Leucippe, Démocrite et Épicure, mais à Pythagore et à Platon, qui lui doivent plusieurs des vérités fondamentales de l'astronomie et de la physique. On a soutenu qu'ils les avaient prises dans l'Egypte et dans l'Orient. En ce cas, d'où vient qu'ils n'y auraient pas pris les connaissances géométriques dont elles sont inséparables, et qu'on vojt Thaïes créer les plus simples, les communiquer aux prêtres égyptiens, être trani^rté de joie en remarquant que les angles inscrits dans la demi-circonférence sont droits, et, dans son enthousiasme, immoler un bœuf à Jupiter (1) ?
Pour arriver à la loi générale de l'union de l'&me et du corps, il fallait passer à la fois par l'inertie de l'une et de l'autre, seul moyen efficace de détruire l'opinioD des spiritualistes, que Pâme communiquait de la force au corps, et Topinion des matérialistes, que le corps en communiquait à l'àme^ et de comprendre que l'âme se borne à exciter la force du corps, et le corps^ celle de i'àme. Descartes, tout en laissant quelque activité à l'âme, niait qu'elle en donnât au corps ; il la croyait sealement capable de changer la direction du mouvement que celui-ci recevait continuellement de Dieu. Cepen-
(1) Lairce, Uv. .
dant il concluait cette impuissance, moins peut-être de la nature de Tàme que du principe établi par lui, que la même quantité de mouvement se conserve dans le monde. Malebranche, qui supposait Pâme entièrement passive, enseigne qu'elle ne peut rien sur le corps, non plus que le corps sur elle, et que Dieu, à Toccasion des pensées de Tâme, produit les mouvements dans le corps, et, à l'occasion des mouvements du corps, les pensées dans Tâme. Voilà donc l'ancienne erreur de la communication des forces détruite. Il ne s'agit que de parvenir à la doctrine de l'excitation. Leibnitz rend l'activité à l'âme et au corps, mais il les sépare l'un de l'autre, et ne rencontre qu'une partie de la vérité. Le reste peutêtre est l'ouvrage de WolfiF, qui énonce la loi générale de cette union sous le nom d'harmonie de l'âme et du corps, mais qui l'explique assez obscurément. Elle entraîne une loi générale analogue parmi les corps.
Malebranche prétend que Dieu fait tout dans l'âme, parce qu'il la juge passive; qu'on la reconnaisse active, et il suivra, non que c'est elle, à son tour, qui fait tout, car elle n'est point cause première, mais qu'elle concourt en tout avec Dieu, et que si elle voit tout en lui, selon Malebranche, elle voit tout en lui et tout en elle, selon la vérité. Telle est la conséquence que tire Leibnitz ; elle donne la loi générale de l'union de l'âme avec Dieu, loi qui est le fond de la doctrine platonicienne des idées. Leibnitz est loin cependant de l'avoir clairement exposée, plus loin encore d'en avoir saisi les grandes applications dans leur ensemble. C'est pour l'ignorer que
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les fabricateurs do systèmes reUgieux et sodanx, qui depuis cinquante ans ont paru en Europe, sont tombés dans tant d'erreurs et quelquefois d'extravagances.
Aux lois générales dont nous avons parlé jusqa^id et qui appartiennent à Tordre physique et à Tordre idoral de la nature, Malebranche joint les lois générales de Tordre surnaturel de la grâce. Elles président à la réparation de Thomme déchu, et règlent Taction inténeore et immédiate de Jésus-Christ sur lui pour le parifieret le fortifier, et Taction extérieure et médiate qu'il exerce dans le même but, au moyen du sacerdoce. 11 est évi* dent que Malebranche ne devait point les adooettre d'après son principe que Dieu fait tout en nous, priBcipe qui abolit la différence du naturel et du surnaturelf et que c'est une heureuse inconséquence qui le porte à compléter le système des lois générales qui gouvaneot la terre et le ciel, le temps et Tétemité. Il aime à montrer que de leur accomplissement vient toute la perfection, toute la beauté par laquelle la sagesse dmoe s'étale dans la création, et que Tordre universel résalte de la plus admirable combinaison de Tordre physique, avec Tordre moral de la nature, et de l'un et de l'autre avec Tordre surnaturel de la grâce.
A la place d! ordre physique, Leibuitz met : règne i» causes efficientes; à la place d'ordre moral : règne i» causes finales; k la place d'ordre de la grâce : règne A la grâce, et à la place de causes occasionnelles et * combinaisons : harmonie préétablie; en sorte qu'ainte»' sus de l'harmonie préétablie entre Tâme et le corpfi