‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 23 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

source de toute existence, de toute puissance. Mais parce que tous les êtres dérivent de lui , ne peut-il rien exister hors de lui? ou parce que toute puissance a son origine en lui, ne peut-il en communiquer quelques parcelles à ses créatures? Ce serait assigner à la puissance divine des bornes bien étroites» et en paraissant chercher à Tétendre, ce serait l'anéantir en effet. • Rien de plus vrai que cette conclusion de Locke. Car n'est-ce pas supposer que la souveraine puissance consiste à être Tunique puissance, et par conséquent condamnée à ne rien produire et à languir dans une étemelle stérilité? Or, qu'est-ce qu*une puissance qui ne peut pas produire? qu'est-ce que la souveraine puissance qui ne peut pas créer? C'est l'être solitaire, exclusif» c'est Vun des métaphysiciens d'Êlée, tellement un, que non-seulement il n'existe point d'autres êtres, mais qu'il n'en saurait exister ; que nonseulement il n'a point créé, mais qu'il lui est impossible de créer quoi que ce soit. Les autres êtres ne sont que des apparences, de vaines illusions. Platon depuis longtemps a fait saillir, dans le Sophiste^ Tabsurdité de cette doctrine.

Que sont les créatures aux yeux de Malebranche ? Les corps, la capacité de recevoir des figures et des mouvements, mais sans figures et sans mouvements propres ; les esprits, la capacité de recevoir des idées et des inclinations, mais sans idées et sans inclinations propres. Gomme de soi une pareille capacité n'est rien, les êtres créés, qu'il réduit à cette capacité, ne sont pas davantage, et la création, impossible en principe, est nulle en fait.

Oh ! qu'il a bien raison de dire qu'il ne conçoit pas que les créatures aient une force I mais comment ose-t-il avancer que ces prétendues créatures augmentent la gloire de Dieu, que Dieu tire plus d'honneur de n'avoir enfanté que des néants, que s'il eût produit des choses réelles! Toute puissance, d'après \m, toute efficace, quelque petite qu^elle soit, enferme quelque chose de divin ou d'infini et ne peut appartenir aux créatures. Je l'avoue, de cette capacité, de cette inertie absolue où il les réduit à un mouvement quelconque» il y a l'infini, et il n'appartient qu'à la puissance divine de faire franchir cet intervalle (1). Vouloir que les créatures se donnassent cette activité, ce serait vouloir qu'elles se créassent, car dans le don de celte activité, partie essentielle de leur être, se rencontre la création, et il le reconnaît lui-même. Je l'avoue encore, en les supposant douées de la force qu'effectivement elles ont, lorsqu'elles agissent ou produisent des actes, elles créent en quelque façon. Eh bien, c'est en cela qu'elles se montrent empreintes de la puissance de Dieu. Hais ces actes, qui ne vont qu'à modifier les créatures, laissent un abîme entre elles et Dieu, qui produit les substances elles-mêmes. Et s'il ne se passait pas en nous une sorte de création, image de la création suprême, comment en aurions-nous l'idée? où Halebranche l'aurait-il trouvée, ainsi que celle de puissance, si nous étions dépourvus d'efficace ? Ce ne peut être qu'en partant de notre propre nature, que nous concevons ce

(i) Reeh. de la VèHU, li?. Vl, part. VL, cfaap. m.^MéàU. thrét., IX.

Page 1