‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 24 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qu'est Dieu ; et Ton peut dire ici ce que disait Bossuetde la grandeur et de la gloire véritables : c que ce n*est ni Terreur ni la vanité, qui ont inventé ces noms magnifiques ; au contraire nous ne les aurions jamais trouvés, si nous n'en avions porté Tidée en nous-mêmes, car où prendre ces nobles idées dans le néant ? )> Malebranche déclare que nous n'avons point Tidée de puissance et d'efficace. Alors pourquoi en raisonne-t-il? Il ne la voit plus même en Dieu« C'est qu'en s' enlevant à lui-même cette puissance et se faisant inerte, il a été forcé, malgré lui, d'aller aussi enlever sa toute-puissance à Dieu, et transporter en lui sa propre inertie. Triomphe, Malebranche, d'avoir contraint les Cartésiens de ravir aux esprits Tactivité, parce qu'ils l'ont déniée aux corps, si à ton tour tu peux t' arrêter devant le redoutable terme où la même induction t'emporte, si tu peux ne pas aller ravir à Dieu l'activité dont tu dépouilles les corps et les esprits, et ne pas engloutir, et les corps, et les esprits, et Dieu même I Tant il est vrai qu'on ne peut rien contre l'insurmontable essence des choses.

tt Les créatures donc, poursuit Locke, ne peuvent ni se mouvoir, ni faire quoi que ce soit d'elles-mêmes. Comment alors tout ce que nous voyons arrive-t-il ? Est-ce que les créatures ne sont rien ? Non, elles ne sont que des causes occasionnelles qui déterminent Dieu à produire en elles certaines pensées, certains mouvements ; en sorte que toutes les fois qu'un homme a une pensée, Dieu la produit, fût-ce une pensée de révolte, de murmure et de blasphème. Notre esprit ne fait rien ; il n'est

qu*un miroir recevant les idées que Dieu lui présente et telles quMl les lui présente. L'homme est entièrement passif dans toutes les opérations de sa pensée. Un homme ne peut mouvoir de lui-même ni son bras ni sa langue ; il n*a aucune puissance. Seulement, à l'occasion de la volonté qu'il a de faire tel mouvement, Dieu l'opère en lui. Mais si l'homme veut, il fait donc quelque chose? Autrement il faudrait que Dieu, à Toccasion de quelque chose que lui-même aurait faite avant, produisît dans l'homme la volonté, puis l'action. Cette hypothèse, qu'il nous donne comme un moyen d'éclaircir nos doutes, conduit en dernier résultat aux doctrines de Hobbes et de Spinosa, en réduisant tout, même la pensée et la volonté de l'homme à une irrésistible et fatale nécessité* Car soit que l'on fasse dériver cette nécessité de la continuité du mouvement de la matière, ou d'un être toutpuissant et immatériel, qui ayant créé la matière et le mouvement, les fait continuer sous la direction d'occasions qu'il a également préparées, l'effet sera le même par rapport à la morale et à la religion (1). >

Cependant Malebranche ne cesse de soutenir que nous sommes libres. Mais en quoi consiste cette liberté ? à détourner vers un objet particulier l'impression que Dieu nous communique vers le bien général, qui est lui-même. Soit; il y a donc une force en nous. Mais lui, il ne conçoit aucune force dans les créatures. Est-il possible de tomber dans une contradiction plus manifeste? Bayle,

(i) Rem, iur quelques ouvrages de M. Norris, art 15.

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