PREMIÈRE PARTIE
adepte provisoire de Malebranche, en est frappé : « Il veut, ditrii y que le mouvement qui nous pousse vienne d'ailleurs, et que nous puissions néanmoins l'arrêter et le fiier sur un tel objet. Cela est contradictoire, puisqu'il ne faut pas moins de force pour arrêter ce qui se meut que pour mouvoir ce qui se repose (1). > Mais il faut entendre Malebranche : c Dieu produit et conserve en nous tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les déterminations particulières du mouvement de notre âme ; car c'est ce qui détermine naturellement vers les biens particuliers notre mouvement pour le bien en général ; mais d'une manière qui n'est point invincible^ puisque nous avons du mouvement pour aller plus loin, de sorte que tout ce que nous faisons quand nous péchons, c'est que nous ne faisons pas tout ce que nous avons néanmoins le pouvoir de faire, à cause de l'impression naturelle que nous avons vers celui qui renferme tous les biens, laquelle impression renferme ce pouvoir (2). ■ Il résulte de ce passage et de beaucoup d'autres, que c'est Dieu, qui nous meut vers le bien général, et que lui seul aussi nous meut vers les biens particuliers ; que par conséquent, lorsque nous nous arrêtons à quelque bien particulier, c'est Dieu qui nous y arrête, comme c'est lui qui nous emporte jusqu'au bien général, lorsque nous y parvenons. Encore un coup, où donc est la liberté ? Que sert à Malebranche de dire que le mouvement vers le bien
(i) Dict. hist.f art, Paulidens^ remarque F., note 39. (S) Reeh. de la Vérité, éclaircissement 1 .
particulier n'est point invincible, parce que nous avons du mouvement pour aller plus loin ? Ce mouvement n*est pas de nous, et il travaille assez pour rétablir, c Que faisons-nous, dit-il, quand nous aimons un faux bien ? nous ne faisons que nous arrêter, que nous reposer. C'est par un acte sans doute, mais par un acte immanent qui ne produit rien «de physique dans notre substance ; par un acte qui dans ce cas n'exige pas même de la vraie cause quelque effet physique en nous, ni idées, ni sensations nouvelles^ c'est-à-dire, en un mot, par un acte qui ne fait rien et ne fait rien faire à la cause générale, en tant que générale, en faisant abstraction de la justice. Car le repos de Tâme comme celui du corps n'a nulle force ou efficace physique (1 ). > Ainsi que nous allions au vrai bien, ou qu'en chemin nous nous arrêtions au faux, ce n*est toujours pas nous qui agissons, nous ne faisons que ce que Dieu fait en nous.
La même conséquence résulte de cette maxime de Descartes admise et entendue à la rigueur par Malebranche , que la conservation est une création continuée, c En ce moment où je parle, dit Bayle, je suis tel que je suis, avec toutes mes circonstances, avec telle pensée, avec telle action, assis ou debout. Que si Dieu me crée en ce moment tel que je suis, comme on doit nécessairement le dire dans ce système, il me crée avec telle action, tel mouvement, telle détermination* On ne peut dire que Dieu me crée premièrement, et qu'étant créé, il pro-
(1) Reeh. de la Vérité, édaircisseiiieDt 1 .