PREMIÈRE PARTIE
dcdse avec moi mes mouvements et mes déterminations. Gela est insoutenable pour deux raisons : la première est, que quand Dieu me crée ou me conserve en cet instant, il ne me conserve pas comme un être sans forme, comme une espèce, ou quelqu' autre des universaux de logique. Je suis un individu, il me crée et me conserve comme tel, étant tout ce que je suis dans cet instant avec toutes mes dépendances. La deuxième raison est, que Dieu me créant en cet instant, si Ton dit qu'ensuite il produise avec moi mes actions, il faudra nécessairement concevoir un autre instant pour agir. Or, ce serait deux instants où nous n*en supposons qu'un. Il est donc certain dans celte hypothèse que les créatures n'ont, ni plus de liaison^ ni plus de relation avec leurs actions, qu'elles n'en eurent avec leur production au premier moment de la première création (1). » < En conséquence de cette doctrine, remarque Leibnitz, il semble que la créature n'existe jamais, et qu'elle est toujours naissante et toujours mourante, comme le temps, le mouvement et autres êtres successifs (2). » Ne suit-il pas de là clairement que la création n'est rien et n'a jamais été? Ou Dieu a donné Texistence aux êtres, ou il ne l'a pas fait ; s'il les a créés, il ne reste qu'à les conserver, et la puissance qu'il y emploie fût-elle aussi grande que la puissance créatrice, elle en est pourtant différente, car celle-ci a tiré une chose du néant, au lieu que celle-là tient hors du néant une chose
(i) R^. à un Prov,^ chap. Ul.
(t) Tkéod., art. 683.
64 LE GARTÊSIANISUE.
déjà existante. Si Dieu n'a pas créé les êtres une première fois, les a-t-il créés davantage une seconde, une troisième ? Donc la création continue implique la non création.
A étayer un pareil système, nulle bonne raison ne pouvait concourir. En est-il du moins d'assez spécieuses pour éblouir Pauteur et lui dérober la vue de Tabime au bord duquel il a tourné toute sa vie? Je les cherche et n'en trouve que de bizarres. Cela, dit-il, met les esprits créés dans une dépendance entière de Dieu, et la plus grande qui puisse être (1). C'est incontestable, puisque par là rien ne leur est laissé, et que tout est attribué à Dieu. Mais pour des êtres qui ne sont rien, n'est-il pas singulier de dire qu'il y a dépendance? <c II est assez difficile, selon lui, de comprendre la dépendance que nos esprits ont de Dieu dans toutes leurs actions particulières, supposé qu'ils aient tout ce que nous connaissons distinctement leur être nécessaire pour agir, ou toutes les idées des choses présentes à leur esprit. Et ce mot général et confus de concours par lequel on prétend expliquer la dépendance que les créatures ont de Dieu, ne réveille dans un esprit attentif aucune idée distincte ; et cependant il est bon que les hommes sachent très-distinctement comment ils ne peuvent rien sans Dieu (2). » L'idée que Dieu concourt avec nous, ou plutôt que nous concourons avec lui, car il a plus de part que nous dans nos pensées
(1) Rech. de la Vérité^ liv. UI,part. n, cb. vi. (S) Ibid.