‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 27 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

et dans nos volontés, est fort distincte, et un esprit attentif ne concevra jamais qu'il soit sans action, ni qu'é* tant contingent^ il puisse agir sans Dieu. 11 lui est difficile sans doute de déterminer avec précision ce qui, dans ses pensées et dans ses volontés, lui revient, et ce qui revient à Dieu. Mais qu'importe, si le concours est réel 7 On a plus tôt fait de tout jeter sur le compte de Dieu. Qu'y gagne-t-on? On tourne une difficulté; mais on tombe dans l'erreur. Malebranche ne peut concevoir les créatures avec une force quelconque; les conçoit-il mieux sans forces, passives, nulles ?

Il fait surtout valoir la raison (1), qu'en accordant aux créatures une activité, on serait porté à faire d'elles autant de divinités, comme les païens, et à les adorer comme eux. Il ignore donc que les païens ne plaçaient de divinités dans les créatures, que parce qu'ils avaient perdu la notion de la puissance suprême. Mais ne montre-t-il pas lui-même qu'il a perdu aussi la notion de la vraie nature divine, lorsqu'il s'imagine qu'on ne peut admettre de force dans les créatures sans en faire des divinités? En annulant les créatures, on n'écarte point le danger de les adorer, on ne fait que leur ravir le pouvoir d'adorer Dieu. Si Dieu est tout dans les créatures, les créatures, à leur tour, sont Dieu, ou des parties de Dieu, et réclament l'adoration qui lui est due. Or, ceci n'est pas un danger, mais une nécessité. Voilà comme on ôte l'idole de la nature, et comme on augmente la gloire de Dieu,

(1) Rech. de la Vérité^ liv. VI, part, n, chap. m.

dit très-bien Leibnitz (1). Remarquons avec Arnauld, en passant, que c quoique les créatures ne soient que des causes occasionnelles» comme parle l'auteur, comme cependant elles déterminent les volontés générales par lesquelles Dieu gouverne le monde, il s'ensuit qu'elles sont pour nous des causes de bien ou de mal, et que d'elles dépend notre destinée. Pour éviter les maux qu'elles appellent, il faut un miracle de Dieu, c'est-à-dire une volonté particulière, tandis que dans le système ordinaire, l'action des causes secondes est combinée de manière que Dieu ccmduit leur action où il veut (2). » Ainsi, de toutes les manières, l'adoration des créatures natt des causes occasionnelles par lesquelles Malebranche prétend la renverser.

Malebranche se débat violemment contre le panthéisme; mais il a beau faire, le panthéisme l'envahit et le déborde de tous côtés, il sort par tous les points de son système. Du moment que Dieu fait tout dans les êtres, qu'il pense^ qu'il veut dans les esprits, qu'il donne aux corps leurs figures et leurs mouvements, qu'il produit en eux tout ce qu'il y a de réel, de positif, qu'il est leur puissance, il est leur substance commune, et ils ne sont que des modifications. Leibnitz ne se lasse point de le dénoncer. « Cette doctrine, dit-il, qui résout les choses créées en purs accidents de la substance divine, semble faire de Dieu, avec

(1) Tantum abest, ot Dd gloriam augeat, toUendo iddom natura. Op,, t. D^ part, n, p. 58.

(2) BélUx. thiol. et phU. sur le $y$tème de la nature et delà grâce, lit.Ip. cliap. XTm, za et XX.

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