‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 29 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mais j'ai peur quMI n'admette en nous ce principe déterminant que pour se tirer de quelques difficultés tbéologiques (!)• > • On voit^ dit madame de Sévigné^ que Malebranche ne dit point ce qu'il pense, et qu'il ne pense point ce qu'il dit (2). » Le soupçon de mauvaise foi qu'élèvent ces trois écrivains, par quoi leur est-il inspiré ? Serait-ce par des renseignements particuliers ? 11 le faudrait pour qu'ils pussent le justifier ; les contradictions d'une doctrine ne suffiraient pas, autrement il n'y aurait peut-être point d*auteur qui fût dans le cas d'être réputé sincère. Il nous semble que la persistance avec laquelle Malebranche a publié son Traité de la grâce^ malgré les représentations de Bossuet et d'Arnauld, et Ta défendu contre leurs attaques sans en lâcher une syllabe, éloigne de lui une semblable imputation.

Amauld combat solennellement son système philosophique et lui soutient que, loin de ne rien voir qu'en Dieu, nous ne voyons rien que dans nos idées ou nos perceptions, car il ne distingue point les idées des perceptions. Tout & l'heure nous examinerons si on peut les confondre, si dans la pensée, outre l'acte, c'est-à-dire la perception, il ne faut pas quelque chose que l'acte saisisse, c'està-dire l'idée. Quoique cette question revienne sans cesse dans leur longue et ardente polémique, elle n'y est ici qu'accessoire. Le point essentiel, auquel ils sont toujours ramenés lorsqu'il se poussent à boqti est de savoir

(i) Op.f t. VI, p. tli.

(î) Lettre t50, édit. 1806, îii-8.

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si, avec quoi que ce soit qui nous appartienne, idée, ou perception, il nous est donné de représenter Tinfini, Amauld montre que nous le faisons par nos perceptions, puisque nous percevons un nombre infini, une étendue infinie, un être infini, et qu'ainsi nous voyons Tinfini dans ces perceptions, a Pouvez-vous nier, dit* il, que je ne conçoive une infinité de nombres cubiques, quand j'ai démontré qu'une certaine propriété convient à tous les nombres cubiques, si grands qu'ils puissent être comme, par exemple, tout nombre cubique impair, moins sa racine^ est divisible par 2&? Vous ne le pouvez pas nier, puisque vous définissez l'infini ce qui n'a point de bornes, et qu'on est très-certain qu'on ne peut donner aucune borne à la quantité des nombres cubiques impairs. Je vous demande en second lieu si c'est ailleurs que dans mon esprit et dans mes perceptions que je vois cette infinité de nombres cubiques (1). > «Je les vois, ces nombres, répond Malebranche, par et non dans mon esprit^ par et non dans mes perceptions^ car ils ne sont et ne se voient qu'en Dieu (2). Par l'axiome^ le néant ne peut être aperçu, il n'y a point de pensée ou de perception qui n'ait son objet. Or, trois réalités quelconques surpassent deux réalités d'une véritable réalité. Donc on ne peut apercevoir trois réalités dans un objet qui n'en a que deux, ni 10,000 dans ce qui n'en a que 9,999, ni,, à plus forte raison, l'infini dans le fini ;

(1) Œuv,, t. XL, p. 80.

(2) Bép. à Am., t. IV, p. Ui,U2.

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