‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 30 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

car alors il y aurait dans rfttne une perception qui n*aurait point d'objet et le néant serait aperçu. Or» Tâme et toutes ses modalités sont actuellement finies ; donc l'âme ne peut apercevoir Tinfini dans ses modalités (1) ; donc elle ne peut r eprésenter l'infini numérique dans ses perceptions (2). 1

Malebrancbe lui-même n' avoue- 1- il pas quMl y a plu* sieurs sortes d'infinis (3) ? Ne se complatt-il pas à nous les peindre dans chaque être de la nature (&) ? Et il voudrait qu'il n'y en eût point dans l'esprit, qui conçoit tous ces infinis ! Sans doute il n'y a qu'un infini absolu, et cet infini n'appartient qu'à Dieu ; mais il y a une infinité d'infinis relatifs qui appartiennent aux créatures; et qu'est-ce que l'infini relatif, sinon une image, une représentation de l'infini absolu? C'est pourquoi l'esprit créé représente l'esprit incréé, parce qu'il renferme en lui d'une manière relative toutes les idées générales qui sont en Dieu d'une manière absolue. C'est ainsi qu'un cercle d'un pied de diamètre représente, et le nombre infini de cercles qui ont plus d'un pied, et le nombre infini de ceux qui ont moins, et le cercle général, qui contient en soi les infinités de cercles particuliers. Si ce cercle particulier est fini en tant qu'il n'a qu'un pied de diamètre, il est infini en tant qu'il n'y a aucune propriété dans les autres cercles particuliers et dans le cercle gé-

(1) Rép. àAm., t. lV,p. 9i.

{tj R^.àAm.f t. IV, p. 99.

(9 Médit, ekréi., IV, art. il.

(i) Reeh. de la VMti, Ut. I, chap. vi.

n LE CARTÉSIANlSfilE.

néral, qui ne se trouve en lui. De même, dans notre esprit ne manque aucune des idées qui se trouvent en Dieu, et il n*est esprit qu'à celte condition, comme le cercle particulier n*est cercle qu'à condition de renfermer les propriétés du cercle général (1). Il est donc impossible que Pâme ne porte pas dans les perfections de son essence un infini créé, correspondant à Tinfini incréé, qui est dans les perfections de Tessence divine. C'est par là qu'elle est l'image de Dieu, et non point par la seule union avec le Verbe divin, comme le prétend Malebranche (2). Au contraire, cette union repose sur ce que nous retraçons en nous, à un certain degré, ce qui se trouve en Dieu pleinement. Gomment notre esprit s'unirait-il k la raison éternelle, notre amour à Tamour éternel, si par eux-mêmes ils n'étaient réellement quelque chose de semblable? Descartes, Bossuet, Leibnitz n'hésitent point à reconnaître qu'un infini fait le fond de notre âme. Selon Descartes, l'idée de perfection infinie ne difl'ère point de nous-mêmes (3) .• Telle est tout ensemble la grandeur et la faiblesse de l'esprit humain, s'écrie Bossuet, que nous ne pouvons égaler nos propres idées, tant celui qui nous a formés a pris soin de marquer son infinité (4). ■ • Chaque ftme, dit Leibnitz, connaît l'infini, connaît tout, mais confusément. Chacune de ses perceptions distinctes comprend une infinité de perceptions confuses (5) . »

(1) Voir, pour les défeloppemeiits, la Théorie de l'Infini.

<t) Rech. de la Vérité,\ïyr. III, part, u, chap. vi.

(8) T. 1, p. 290. Médii. lll«.

(i) IH9C.de récepi, à l'Acad. iur la fin.

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