‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 32 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

chose qui est signifiée par mes paroles (1). » Ici le mot idée semble en effet plutôt se prendre pour la forme d'une perception, que pour une propriété de Tâme servant de base à la perception, et ce passage isolé pourrait favoriser Topinion d'Ârnauld. Mais en voici un autre qui la combat, en levant T équivoque : c Les idées sont innées ou naturelles au même sens, par exemple, que la générosité est naturelle à certaines familles, ou que certaines maladies, comme la goutte, sont naturelles à d'autres ; non pas que les enfants qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de ces maladies au ventre de leurs mères, mais parce qu'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter (2). » Suivant Descartes, les idées sont donc des dispositions de Fâme, comme les maladies héréditaires sont des dispositions du corps, et par conséquent distinguées de la perception que Tâme en a, de même que les dispositions aux maladies le sont des maladies mêmes déclarées. Ailleurs (3), Descartes dit que l'idée de Dieu ou de la perfection infinie est notre âme même, et il ne peut pas entendre qu'elle ne soit qu'une perception, puisque alors Tâme ne serait qu'une perception non plus, ce qui est aussi bizarre qu'absurde. L'idée est ici fort bien distinguée de la perception, d'autant plus que, suivant lui, l'âme existe longtemps sans la perception de cette idée ou d'elle-

même. « Je me persuade que l'âme d'un enfant n'a

(1) /?ete.,t.1, p.4St.

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jamais eu de conception pure, mais seulement des s^isatiens confuses ; dans le sein de sa mère il n*a point Tusage de la réflexion, de T entendement ou de la ménM>ire intellectuelle (1). «Comme cette perception est indispensable pour avoir Tidée de Dieu, il est trop clair qu'il n*a pas cette perception. Cleci frappe d'autant mieux dV plomb sur Arnauld, que c'est une réponse à lui de Descartes. Malgré cela, nous nous rangeons à l'avis de Malebranche^ que Descartes n'a point eu à cet égard de sentiment arrêté, ou qu'il n'a pas voulu le déclarer (2) ; que, loin qu'il soit du sentiment d'Amauld, il ne parait pas même qu'il ait sérieusement examiné en quoi consiste la nature des idées (â).

Au commencement, Arnauld ne niait point qu'on voie les vérités éternelles en Dieu, il soutenait seulement que la représentation que nous en avons dans nos perceptions est sui&sante. Mais comme Malebranche l'accable de passages de saint Augustin, il compose une dissertation, dans laquelle il cherche à réfuter saint Augustin par saint Thomas, qui ne voit les vérités éternelles qu'en nous. Malebranche cependant se réclame vainement de saint Augustin. Celui-ci enseigne bien que ces vérités sont vues en Dieu, mais il enseigne aussi qu'elles sont vues en nous, (( La philosophie, en faisant rentrer l'âme en elle-même, lui montre que la raison lui appartient, ou plutôt qu'ellemême est la raison, et que dans la raison rien n'a plus de

(S) Rq>. à Am., t. I, p. Î89.

(3) R^, à Am,, p. 369.

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